L'Asie en Danseuse

Présentation

Equateur 2 : "Les Misters de l'ouest" (du 13 au 26 oct. 2009)

Bon allez, on va éclaircir le mystère tout de suite. Si cet article s’appelle « les misters de l’ouest, c’est tout simplement parce que depuis qu’on est entrés en Equateur , le terme « mister » a remplacé celui de « gringo » pour désigner les blanquounets comme nous. Et comme nous sommes des « occidentaux » ça donne « les misters de l’ouest » et ça nous plaît un peu plus que le terme gringo qui désigne en premier lieu les américains !

« Reprise »

Pas facile de quitter les lorrains après 3 semaines passées en leur compagnie. On avait déjà pris nos petites habitudes : l’apéritif, les bons petits plats, les jeux avec les enfants, les ballades du week-end… et puis il faut bien dire qu’on a été accueillis comme des rois ! Merci les gars, c’était « super sympa » (avec l’accent lorrain bien sûr !). Tiens, par curiosité, avant le départ de Cuenca, on a pesé nos sacoches. On ne l’avait encore jamais fait. Résultat : 39 kg pour Gé, 35 kg pour moi (chargée à bloc de nourriture) auxquels il faut ajoute les 16 kg du vélo.

« Objectif descente »

Après 20 jours d’inactivité, on prend l’option pente descendante, direction la forêt amazonienne, histoire de se remettre en jambes progressivement. Cuenca est à 2500 m d’altitude et Mendez, à l’orée de la forêt, à seulement 600 m. Ca devrait aller, mais l’inconnue reste la distance car notre carte n’est pas assez détaillée. Après 45 km de route assez facile, on voit un panneau « Mendez 146 km » Ah,… étant donné la distance à vol d’oiseau, ça va être ni plat, ni en ligne droite… Effectivement, à la fin de la journée, on est plus haut qu’au départ et on en a fait des virages ! Mais il suffit de jeter un bref coup d’œil sur le relief dans le coin, pour vite comprendre que concernant le tracé des routes, ils n’ont pas vraiment le choix. Ici, les lignes droites et le plat, ça ne peut pas exister.

« J’aime quand un plan se déroule sans accroc »

Surtout lors d’une reprise, quand on quitte un certain confort et qu’on doit se jeter à nouveau dans l’inconnu. Après 70 km, largement suffisants, je vais à la mairie du village pour trouver un abri pour la nuit (trouver un terrain plat pour camper, dans le coin, c’est pas évident). Ils sont à la fois étonnés et amusés par ma requête. Je propose les pompiers ? L’église ? Une salle communale ? Les employés se regardent, hésitent, puis décident d’appeler le curé, qui accepte aussitôt. Super. On l’attend un peu, il apparait et nous ouvre les portes d’une chambre avec salle de bain ! On n’en demandait pas tant mais on ne crache jamais dans la soupe. Malheureusement, il a des obligations, il doit s’absenter ; on ne pourra pas bavarder avec lui. Mais si on a besoin de quoi que ce soit, il y a Sonia, « la bonne du curé ». Ce soir pour finir cette belle journée, on déguste le délicieux chocolat que nous a offert Sylvain. Car malgré le fait que l’Equateur soit un gros producteur de cacao il est rare de trouver du chocolat à croquer. On le savoure dans la chambre sous les yeux de la Sainte-Vierge… Gourmandise quand tu nous tiens !

« Manque plus que l’instit ! »

Une bonne dose de montée (6% c’est le tarif minimum), des virages, des détours, quelques chiens pas méchants mais bruyants qui nous courent après, l’état de la route qui se détériore, le temps qui se gâte, les cuisses qui chauffent après ces 3 semaines « off »… heureusement que l’hospitalité équatorienne fait encore et toujours ses preuves. Ce soir c’est au centre de santé que le jeune médecin de garde nous accueille. Il n’est pas si tard mais selon les gens du village, il y a 1h30 de route (en voiture) jusqu’à la prochaine ville, la piste est très encaissée et il faut passer un col assez haut. Alors on passera la nuit ici et on attaquera cette dernière partie difficile avant Mendez demain, frais et dispos. David et tout juste diplômé de médecine. Il a étudié au Texas, son père est chirurgien et a travaillé en France, sa mère travaille dans un laboratoire d’analyses médicales. On ne s’attendait pas à trouver quelqu’un comme lui dans cet endroit isolé. Mais il effectue ici son année de travail social avant de poursuivre ses études pour être lui aussi chirurgien (encore 7 ans !). Ici pas de télévision, pas de radio, pas de connexion internet… il est seul… il dort beaucoup… mais il apprécie le contact avec les gens. Il nous raconte que lorsque quelqu’un se fait mordre par un serpent, qu’il lui demande par quel type de serpent il s’est fait mordre, le patient brandit alors le serpent devant ses yeux ! Impressionnant mais pratique ! Encore une belle rencontre (après le curé, le médecin), enrichissante… et un peu de confort. Une gazinière pour faire bouillir 5 litres d’eau par exemple, ce n’est pas négligeable dans ces contrées où l’eau n’est pas toujours potable.

« Ca se corse ! »

Gé se régale, il adore le paysage : la végétation qui recouvre tout, les pans abrupts des montagnes, les feuilles gigantesques, les nombreuses cascades qui apparaissent et disparaissent derrière la végétation, le rio Paute blotti au fond de la vallée, le fait de se sentir tout petit dans ce décor grandiose… mais pour moi la difficulté est trop importante pour que je puisse apprécier le décor. La piste, les cailloux, la pente trop forte (même les motos et les camions qui nous doublent en bavent), l’absence d’informations, chaque virage qui dévoile encore de la montée, et la pluie qui se met de la partie. Et pour déjeuner, le seul abri qui existe est le sanctuaire de la « dolorosa », une vierge qui pleure. V’la l’ambiance ! En fait, ça nous fait plutôt marrer. On est à l’abri pour grignoter et maintenant c’est plus que de la descente. Selon l’altimètre, 1400 m de dénivelé négatif nous attendent ! Youpi !

« La forêt équatoriale humide, enfin ! »

Depuis qu’on a basculé de l’autre côté du col sont apparues les orchidées, les fougères arborescentes et autres plantes aux proportions inhabituelles. L’humidité est constante, pénétrante, la chaleur augmente au fur et à mesure que l’on descend et le bruit des oiseaux et des insectes se fait de plus en plus prononcé. A Mendez, les maisons ont des teintes colorées, des balcons en bois, les hommes portent des marcel, les filles un tee-shirt et un (tout) petit short. Rien à voir avec l’ambiance andine de Cuenca ! Dans le centre-ville, alors qu’on discute avec les policiers pour trouver un hébergement, on rencontre Luciano. Poussé par la curiosité il a écouté notre conversation, observé nos vélos et nous a invité chez lui. Une pièce vide, une douche et un évier à l’extérieur, c’est tout ce qu’il a à nous offrir mais il souhaite vraiment nous aider et c’est parfait pour nous. Après la douche il nous emmène chez son frère qui tient un hôtel un peu plus bas. On s’y rend à pied. Il fait nuit mais encore très chaud et très humide. Ambiance équatoriale.

« Luciano »

Autour d’une bière, Luciano raconte. Il y a quelques années, il a tenté de quitter le pays, clandestinement, pour aller trouver du travail aux Etats-Unis. Il est parti en camion, grâce à un passeur. Ils étaient plus de 100 entassés dans une benne, sous une bâche. En chemin il a pensé à sa famille… il s’est dit que c’était trop incertain, trop risqué… il aurait pu y rester. Alors au Mexique il a décidé d’abandonner, de faire demi-tour. Finalement, il a de quoi vivre dignement ici et il a décidé de s’en contenter. Il travaille 10 jours dans une quincaillerie à Mendez puis il passe une semaine de repos à Cuenca avec sa femme et ses enfants. On sent chez lui une certaine résignation. Il semble partagé entre une forte envie de voyager, de partir, de découvrir autre chose et une appréhension, une peur de l’autre notamment. Il nous demande à plusieurs reprises si on a eu des problèmes, si on s’est fait voler, agresser, etc. Et puis son travail lui permet de nourrir sa famille mais pas de voyager. C’est pourquoi il nous pose des tas de questions et écoute attentivement nos récits. C’est un vrai plaisir de partager notre expérience. Le lendemain, au moment de partir, il nous offre des rasoirs, du papier toilette et du savon et une boite de sardine. En voilà un qui a le sens pratique ! Hier soir, il avait même commandé le repas pour nous chez sa voisine qui tient une petite gargotte. Parfait.

Au sujet de l’émigration, nous avons entamé à Quito un livre qui paraissait très intéressant et qui raconte la véritable histoire de 9 rescapés au naufrage d’un bateau qui devait amener une centaine de passagers équatoriens clandestins, auxEtats-Unis. "Fuir l’Equateur, une histoire de clandestins".

En 2005, 15 % des équatoriens vivaient à l’étranger, notamment aux Etats-Unis et en Espagne.

Bientôt la suite...

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