L'Asie en Danseuse

Présentation

Perou 2 : Sierra bonita, Costa horrible, Lima superpoblada (du 07 juil au 12 août 2009)

I . Sierra bonita (jolie montagne)

Après 5 jours d’intense repos, nous voici à nouveau sur les routes montagneuses des Andes. Les région de l’Apurimac et d’Ayacucho nous offrent d’emblée des paysages et des ambiances bien variés.

  • Les montagnes aux alentours de la vallée sacrée (cœur de la civilisation inca) : des petites fermes d’adobe et de paille côtoient les ruines incas et leurs lourdes pierres immuables. Les quelques vaches et cochons sont sur le bord de la route et les champs multicolores à flanc de montagne apportent la nourriture de base : maïs et pommes de terre. Les eucalyptus nous apportent un peu d’ombre et surtout leur odeur agréable.
  • Les eaux bleues de l’Apurimac situées à environ 1800 m d’altitude sont entourées de sommets à plus de 5700 m. Sur les flancs de la montagne poussent des mangues, des citrons, des papayes, des avocats et de la canne à sucre qui sert principalement à la production d’aguardiente (eau de vie), vendue en bidons de 5 litres ! Des petits perroquets verts criards, se déplaçant toujours en couple peuplent la végétation abondante. Il fait 34 degrés…
  • Sur la puna (nom donné aux hautes plaines d’altitude qu’on trouve à plus de 3600 m d’altitude) les vigognes gambadent sur des steppes immenses, sous un ciel d’un bleu éclatant. L’air est si sec, le froid si piquant et le soleil si fort que rien ne pousse.
  • Entre la puna et la vallée, on trouve des parois couvertes de cactus ou de superbes paysages volcaniques chaotiques : amas de rochers, prairies, petites rivières et eucalyptus, comme du côté de Puquio. Une pure invitation au camping sauvage !

Les constantes

  • le temps : le ciel toujours dégagé, l’absence de pluie.
  • le dénivelé : les pentes sont toujours douces. On monte longtemps, parfois durant plusieurs heures mais sans jamais rencontrer de grosses difficultés.
  • l’eau froide : le soir, la toilette est bien souvent un moment difficile mais indispensable si on veut bien dormir.
  • les informations : inexistantes sur la route, erronées sur les cartes (kilométrages et altitudes, bonnes et mauvaises surprises) ou approximatives de la part des péruviens. « Mas aya… falta poco… a la vueltita… » ( un peu plus loin… vous y êtes presque… au virage).
  • La tenue vestimentaire des femmes : le petit gilet en laine, les jupons, la grosse jupe en velours, le chapeau et bien sûr les deux longues tresses brunes.
  • Les coups de klaxon, malheureusement systématiques, sans aucune raison apparente…
  • La musique, toujours aussi insupportable avec la flûte de pan, le chanteur qui chante faux et la « corneta », une sorte de violon, jamais dans le ton. On va essayer de vous en mettre un extrait sur le site pour que vous puissiez vous rendre compte que ce n’est pas seulement une question de goût. Et on a failli oublier « El condor pasa », en boucle dans tous les endroits touristiques. Une vraie torture !

Côté logement, on rencontre assez facilement un endroit pour camper, un abri quand il fait froid (salle communale, chambre à l’église) ou une petite pension pas chère. « « The best », c’est quand même les petits bivouacs au bord d’une rivière, sur une plage de sable fin ou une terrasse datant des incas avec la douche dans la rivière. C’est wiwifiant !

Quelques sites bien « bonitos » :

  • la vue sur les sommets enneigés surplombant la vallée sacrée,
  • les ruines incas de Tarahuasi,
  • la vallée de l’Apurimac,
  • les bains thermaux de Cconoc (malgré la bonne grimpette pour en ressortir !)
  • et la pierre de Sayhuite, une véritable curiosité inca, représentant la philosophie indigène concernant l’eau et la terre. Sur un seul bloc sont taillés plus de 200 représentations : montagnes, fleuves, réservoirs et canaux mais également des représentations d’animaux, principalement des pumas ou des singes.

Des histoires, des histoires !

09.07.09. San Luis. Sortie de Carahuasi, 2660 m. Un col à 3900 m nous attend mais on sait qu’on ne le franchira pas aujourd’hui. L’heure tourne, on grimpe, on grimpe mais on ne trouve pas d’endroit pas pour planter la tente. On a loupé le coche dans un petit village et maintenant les lacets s’enchaînent, le soleil se couche, le vent souffle de plus en plus fort et le froid tombe. Au point où on en est on se dit qu’on va aller jusqu’à Sayhuite. C’est un site touristique alors on aura sûrement des chances de trouver un logement si on ne trouve pas de campement d’ici là. C’est alors qu’apparaît le village de San Luis au détour d’un virage. On descend au centre pour trouver la mairie ou le centre de santé. Malheureusement il est trop tard, tout le monde est parti. Des enfants nous repèrent et sont de plus en plus nombreux à nous escorter en bas du village, où il y a une salle communale où on pourra passer la nuit. Ils ont des vêtements sales, déchirés, les joues brûlées par le soleil et portent des sandales ! Le soleil est couché, nous on tremble déjà de froid et eux sont tout à fait à l’aise. Ils sont drôles, curieux et cherchent à nous aider. Les adultes parlent quechua, on ne comprend rien… à part le fait qu’ils sont à la recherche de la clé. Ça dure un moment ; les enfants nous posent des questions du genre : « Qu’est-ce que vous mangez dans votre pays ?... est-ce que vous mangez des serpents ?... », un petit nous offre un biscuit pour nous faire patienter et nous réchauffer, Un plus grand essaye le vélo de Gérald, enchaîne des zigzag bien serrés et abandonne, ce qui fait rire tous les autres… Qu’est-ce que ça fait du bien de partager des petits moments comme ça. Depuis qu’on est entrés en Bolivie c’est devenu tellement rare !

Finalement, un homme nous ouvre la porte d’une pièce appartenant à l’église, où il y a un lit et quelques couvertures. Excellent. Être à l’abri du vent glacial, c’est le plus important.

Mais alors que Gé a déjà lancé la cuisson de la quinoa, le jeune qui nous a ouvert la porte arrive avec un plat de cuy accompagné de pätes et de patates ! Le cuy c’est le cochon d’inde, consommé régulièrement au Pérou. Bon, la petite patte et ses griffes qui dépassent de l’assiette, ça pourrait décourager mais la viande est très bonne. Deux petits gamins restent avec nous pendant le repas. On leur donne tout juste 8 ans, ils en ont 11 ! Ils reviendront le lendemain matin avec un plat de pommes de terre toutes chaudes. Ce n’est pas habituel comme petit-dejeuner mais ça réchauffe. Mais la soirée n’est pas finie. Ça frappe à la porte : un mec est planté là, devant la porte, avec son cheval et il s’incruste. Les yeux vitreux, les chaussures à bascule, indiscutablement, il est complètement bourré ! Il parle, il parle, car il veut nous emmener demain a Choquequirao (un site inca). On ne sait pas comment il a su qu’on était là,... toujours est-il qu’on n’arrive pas à s’en débarasser ! Ce sont les hommes du village qui nous en débarassent et nous conseillent alors de ne plus ouvrir à personne.

16.07.09. Entre les hauts-plateaux et Puquio. Aujourd’hui, en 82 km, on a traversé seulement 2 villages. Il faut dire que l’environnement est assez hostile : on est entre 4100 et 4400 mètres d’altitude, il fait froid, il y a du vent et il n’y a pas grand chose qui pousse ! D’immenses lagunes abritent quelques flamants. Si il n’y avait pas ce vent, on pourrait planter la tente à proximité de l’eau... mais là ça s’annonce vraiment trop galère. Alors on file au plus vite pour traverser la puna et redescendre un peu. On trouve d’abord le campement des ouvriers qui travaillent sur la route. Optimistes, on demande à passer la nuit sous un de leurs abris. Il paraissait évident qu’ils allaient nous donner un coup de main, vu les conditions météo et le fait que le prochain village est à 45 km. Mais il n’en sera rien ! On est malheureusement tombés sur l’agent de sécurité de base qui ne connaît qu’une seule réponse : "il est interdit d’entrer". Il nous sort aussi deux reflexions très pertinentes. D’abord il nous propose de planter la tente au bord de la route... ensuite il suppose qu’on est partis de Cusco ce matin (c’est a plus de 400 km... on a mis 8 jours...) ! Vraiment, on a tiré le gros lot ! Alors on change d’interlocuteurs... on essaie de discuter avec ses collègues, d’entrer pour voir le responsable du chantier. Certains nous laissent entrevoir une possibilité de dormir dans une petite cabane en bois... mais après plus d’une demi-heure de tergiversation, on nous laisse dehors. Interdit d’entrer, propriété privée ! Il est tard, ça caille sec et la seule autre option est à 7 km, dans un restaurant (paraît-il..), après une petite côte et une descente. Au détour du premier virage, déjà bien agassés par tant d’incompréhension, on voit apparaître la "petite" côte. P.... ! Quelle bande de c.... ! Ils ne sont jamais montés sur un vélo ! Bien énervés, on avale cette pente plus vite que jamais pour arriver au fameux restaurant juste avant la tombée de la nuit.

Effectivement, on va pouvoir y dormir. C’est ce que nous dit la personne qui nous accueille. On entre, on se fait un petit thé, on mange, on écrit, mais vers 22h30, au moment de se coucher, quand les derniers clients sont partis, cette personne n’est plus là. On demande donc au couple qui est présent, à quel endroit on peut s’installer pour passer la nuit. Ils se regardent avec de grands yeux, du genre, "ils vont dormir ici ?" Ben oui, il est 22h30, il fait nuit, on est à vélo, le prochain bled est a 40 km... qu’est-ce que vous croyez qu’on fait là depuis 17h30 ? Décidément, c’est la journée des neuneus ! Mais pour dormir ce sera par terre, sur la dalle en béton dans le seul endroit à l’abri des courants d’air, là où dort le chien d’habitude. Pas fou lui... alors que ses maîtres laissent les portes ouvertes, installent des portes arrondies dans un encadrement triangulaire, restent en plein courant d’air et répètent toutes les 5 minutes qu’il fait froid. Les routiers qui viennent manger ont aussi la fâcheuse tendance à laisser la porte grande ouverte. Le soir il fait 9 degrés, au réveil,... 4 degrés !

Heureusement la suite est plus jolie, plus agréable et plus simple, de la descente sur Puquio, parsemée de beaux rochers volcaniques, d’eucalyptus, de prairies et de petits ruisseaux jusqu’à la réserve Pampa Galeras où l’on roule en compagnie des vigognes. C’est là que commence la descente vers Nazca... 80 km !

II. Costa horrible (côte horrible)

A peu près au milieu de la descente, on retrouve des températures agréables qui nous permettent de passer une bonne nuit sous le préau d’une école. Qu’est-ce que c’est reposant de ne pas avoir à lutter contre le froid et le vent ! Puis c’est le désert qui nous attend... pour longtemps... Quand ça descend, sous le soleil, c’est plaisant, mais ensuite de Nazca à Lima, sur du plat et sous la grisaille c’est franchement pesant. D’autant plus que la seule route que l’on puisse emprunter n’est autre que la panaméricaine, où les bus et camions se succèdent sans arrête et semblent faire la course, sans même nous apercevoir. Déçus par ce paysage, par cette ambiance et par Nazca (une ville agitée, pas très rassurante et entourées d’abris en paille où les gens vivent dans des conditions terribles, sans eau...) on ne traîne pas sur la côte. Un petit arrêt au mirador situé sur la panamericaine pour voir quelques unes des fameuses lignes de Nazca et on avance jusqu’à Palpa pour passer une nuit agréable, dans le jardin d’une hacienda, sous les orangers.

(la suite... patience... s’il vous plaît)

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