L'Asie en Danseuse

Présentation

Perou 1 : Inca isolé. (du 23 juin au 5 juil. 2009)

Au détour du lac Titicaca

Nous en étions à la frontière fantôme… Encore une côte, un petit pique-nique et voici enfin le lac qui réapparaît, c’est bon signe. Mais ce sera dur jusqu’au bout ! L’état de la piste dans la descente nous permet à peine de dépasser les 10km/h et lorsqu’on arrive sur la piste qui longe le lac, un panneau « buen viaje » (bon voyage) de la ville frontière de Tilali nous met le doute. Il faut donc quasiment rebrousser chemin, demander plusieurs fois notre route (la règle du 2 sur 3 tient toujours) pour enfin trouver Tilali. Au total, on a fait 25 km au lieu de la dizaine annoncée.

Querelles de voisinage

Et on en fait encore 2 ou 3 de plus pour rejoindre le poste « frontière ». En fait c’est seulement un poste de police du côté bolivien, qui enregistre le passages des véhicules et côté péruvien, il y a bien un douanier, mais il a le même rôle que le policier. On a à peine passé 2 heures au Pérou que ce dernier nous met déjà en garde : « faites attention, les équatoriens, on ne peut pas leur faire confiance ; j’ai travaillé à la frontière là-bas, un jour ils te disent oui, l’autre jour non… et puis il y a eu la guerre, ils ont voulu nous voler une partie de notre territoire en 1995 ». Quand on a quitté l’Argentine pour la Bolivie, les boliviens étaient des voleurs et quand on a quitté la Bolivie, ce sont les péruviens qui étaient qualifiés de voleurs !!!

Souvenir

Ils paraissent pourtant bien serviables, au premier abord, ces péruviens ! Sur la place centrale de Tilali, les hommes nous serrent la main et cherchent une solution à notre problème de visa. L’un d’eux court chercher le « gouverneur » de la ville. Celui-ci arrive vêtu de son plus beau poncho et de son chapeau, portant également le … symbole de l’autorité. Fièrement, il appose le tampon de la ville, ainsi que la date et sa signature, sur chacun de nos passeports. On sait pertinemment qu’il n’a aucune valeur, mais il indiquera au moins de façon officielle, la date de notre entrée au Pérou. Et puis ça nous fera un souvenir !

Laissés pour compte

Maintenant, il faut se décider pour la suite. Mes parents arrivent demain à Cusco et à vélo, il nous faudrait au moins 10 jours pour les rejoindre, sachant qu’on doit passer à Puno, de l’autre côté du lac pour régulariser notre situation. Pour l’instant on est un peu clandestins… Un bus part à 22 heures pour Juliaca, d’où on pourra trouver une correspondance pour Puno. Il est 16h, le bus est déjà là et pourtant, il ne partira qu’a 22h. On a donc 6 heures à attendre… Dans ce patelin isolé, au nord du lac, il n’y a que des pistes en piteux état, seulement 3 bus par semaine pour Juliaca (aussi délabrés que les pistes), aucune liaison par le lac, pas de poste frontière, et le soir, pas d’électricité. On prend donc le repas dans un petit resto à la lueur de la bougie en compagnie des hommes qui travaillent sur la route. Petite amélioration des voies de communication en perspective…

Spéciale organisation

Nous voici donc dans le bus. Il y en avait deux au départ, mais un ne part pas ( ?). Les vélos sont sur le toit, bien harnachés. Mais le bus semble ne plus avoir d’amortisseur. Sur le toit, ça claque en permanence. Impossible de fermer l’œil en sachant que Schmerber et Scorbut risquent de ne pas arriver entiers à bon port. Et c’est sans compter le froid (les joints des vitres sont morts), les odeurs de bouffe et celles de nos voisins, ainsi que les fauteuils tordus… Plus de 6 heures plus tard, nous voici à Juliaca. Le bus s’arrête mais personne ne descend. Etrange. On est à un coin de rue, rien qui ressemble à une gare routière. Certains vont se soulager sur les roues du bus, femmes comprises. Les lourdes jupes c’est pratique ! Les autres restent à l’intérieur, blottis sous une couverture poussiéreuse. Rien ne se passe. On demande si on est bien arrivés. Oui, on est bien à Juliaca. Alors on demande aux gens pourquoi ils restent dans le bus. « On attend le lever du soleil » ( !?) . Ben elle est forte celle-là ! Allez hop, on descend tout le matos, on enfourche nos bicyclettes et on part à la recherche d’un bus pour Puno. Il faut traverser cette ville horrible, de nuit. Les bâtiments ne sont pas finis, on dirait qu’ils ont été détruits, il y a des tas de gravas, d’ordures, disséminés un peu partout … c’est Beyrouth ? Pendant que Gé charge les vélos sur un minibus, moi aussi je m’adonne au système D, dans la pénombre, entre 2 stands du marché encore endormi…Pour finir, le conducteur se la joue à la Fangio. Qu’est-ce que c’est confortable de voyager à vélo ! Quelle horreur de laisser sa vie entre les mains de ces tarés de chauffeurs !

A suivre,...

  • 12 heures à Puno pour la régularisation de nos papiers et la recherche d’un bus pour Cusco,
  • 28 heures de bus épiques sur les pistes de montagnes entre Puno et Cusco,
  • 10 jours de tourisme et de repos dans la vallée sacrée

    Migration

Nous voici donc a Puno. 7 heures du mat. Il est trop tôt pour les bureaux de l’immigration alors on file direct au marché pour avaler des beignets accompagnés d’un grand chocolat chaud. 9 heures, ouverture des bureaux,... il faut attendre la chef, qui arrive 3/4 d’heure plus tard... Elle met du temps à nous délivrer le permis de séjour de 3 mois au Perou... et nous demande pourquoi on n’a pas demandé à sa collègue de le faire, ça nous aurait évité d’attendre.... Grrrrr....

Y’a pas photo

Heureusement, devant les bureaux, il y a de l’animation : des centaines de femmes font la queue, tout autour du pâté de maison, jusqu’à l’entrée de la banque nationale. Une nouvelle aide est distribuée à toutes les mères de famille. Elles portent toutes, sans exception, la tenue traditionnelle : les longues tresses, un chapeau rond noir, un gilet blanc et une jupe rouge en velours sur de lourds jupons et avancent doucement. Seules les vendeuses de gélatine viennent rompre cet alignement de blanc et de rouge. Les touristes-photographes s’en donnent à coeur joie, ce qui a le don d’énerver les "patientes", qui tournent le dos, se cachent le visage ou demandent une "propina". Les uns rigolent et mitraillent de plus belle, les autres, un peu gênés, achètent des bonbons qu’ils distribuent aux enfants... Deux comportements qui nous dissuadent de prendre toute photo...

Bloqueos

Direction la gare routière. Mes parents arrivent aujourd’hui à Cusco alors on doit trouver un bus pour les rejoindre au plus vite. Malheureusement, des mouvements de protestation bloquent la route entre Puno et Cusco. Pas fous les "alti-planiens" : demain (24 juin) c’est l’Inti Raymi, la plus grande fête inca de l’année, célébrant le solstice d’éte à Cusco et attirant des touristes du monde entier. La tension monte depuis quelques jours car les indigènes ne trouvent pas d’accord avec le gouvernement. Et comme par hasard, la grève est la plus forte aujourd’hui, 23 juin. Tout a commencé par le massacre de 33 indigènes d’Amazonie le 5 juin dans le nord du Pérou par l’armée péruvienne. Depuis, la situation stagne car le gouvernement ne reconnaît pas cet acte et petit à petit, toutes les communautés indigènes se soulèvent pour montrer leur mécontentement. Le problème c’est que leurs attentes sont floues et les manières de manifester assez anarchiques.

Bref. Le résultat est que le dernier bus qui est parti hier n’est toujours pas arrivé... Toutes les compagnies ont annulé les départs à destination de Cusco, sauf une ! Elle prend le risque de faire partir un bus, qui passera par des pistes, dans la montagne, afin d´éviter le plus gros bloquage situé à Sicuani. Mais le risque, ça se paye : le billet valant normalement 25 soles se vend aujourd’hui à 100 !

Embarquement

Malgré les risques et les 22 heures de bus annoncées (au lieu de 6 ou 7), nous voici sur le quai, le billet en main et des provisions pour le voyage dans les sacoches. 16h30, embarquement. Sur le quai, c’est un peu "gringoland" : un groupe d’israliens, deux brésiliens, un français, un anglais,... aïe. On se met tout au fond, juste au desus des vélos qui sont dans la soute arrière. Ce n’était peut-être pas la meilleure idée : dès qu’on attaque les pistes, les vélos sont secoués, ça claque sans arrêt dans la soute. On se demande dans quel état on va les retrouver. Pas facile de fermer l’oeil.

On est couinçéés !

7 heures du matin, premier bloquage. On devait les éviter, soi-disant... Un groupe de paysans, vêtus de ponchos et chapeaux blancs ont placé d’énormes blocs de pierre en travers de la route. Devant nous, il y a déja 3 ou 4 bus arrêtés. Certains sont là depuis hier !!! Restons optimistes... Les négociations sont un peu étranges. Les chauffeurs de bus inscrivent "Viva el paro" (vive la grève) sur les pare-brise, entament un demi-tour pour "soutenir" la grève dans le vilage précédent, et finalement un péruvien à casquette, passager de notre bus, passe dans les rangs pour récolter de l’argent. Nous sommes les seuls à refuser. L’argent n’a rien à voir avec les revendications des indigènes et ce n’est pas quelques Sols qui vont les faire ouvrir le barrage. On préfère déplacer nous même les pierres pour ouvrir la voie. Cet abruti en est pourtant persuadé, fait le mariol et se fait ami avec les israéliens qui ne sont même pas sortis du bus pour voir ce qui se tramait. Le lecteur mp3 dans les oreilles, le lonely planet dans les mains et un snickers dans la bouche, les évènements locaux ne les intéressent en rien. Ils balancent leur argent pour être tranquille et arriver à Cusco au plus vite. Mais au point ou on en est, une ou deux heures de plus n’y changeront rien. L’Inti Raymi sera passé et Cusco n’aura pas bougé ! Finalement, les bus passent en force et les passagers qui étaient encore dehors, courent arès les bus qui ont vite redémarré. C’est assez comique.

A peine plus loin, deuxième bloquage. Cette fois-ci, c’est plus compliqué. Des poteaux électriques ont été placés en travers de la route, les manifestants sont asis dessus et des femmes et des enfants sont postés sur la colline avec d´énormes pierres sous les bras. Ça s’éternise, ça s’agace dans les deux camps... quelques chauffeurs et passagers tentent de mettre le chef du village dans la soute. Ça aussi c’est comique. Mais c’est alors que quelques pierres commencent à fuser depuis le haut de la colline. Des petites... Mais les femmes nous menacent plus sérieusement. Elles ont des bras les mamas de l’alti-plano... Notre "négociateur" à casquette recommence son cirque en faisant une collecte dans le bus. Il croit avoir réglé le problème, mais c’est un guide péruvien qui fait preuve de diplomatie pour obtenir la levée du barrage. Il est déja 14 heures.

Il faut être patients, Cusco est encore loin. Heureusement, on avait prévu de la nourriture car ça fait déjà 22 heures qu’on est sur la route et les cantoches sur les pistes de l’altiplano, y’en n’a pas des masses ! Le bus se lance à toute allure dans une descente vertigineuse. Une seule voie, pas de barres de sécurité sur la route, bien sûr... des lacets à n’en plus finir... On lui demanderait bien de se calmer un peu, on n’est pas à 15’ près, mais on sait déjà que pour seule réponse il nous rigolerait au nez. Alors on s’accroche et on croise les doigts pour arriver entier. Le paysage est spectaculaire, ça compense un peu. Le "négociateur" continue son show avec ses potes gringos en descendant une bouteille de rhum. Affligeant.

18h30. Arrivée à la gare routière de Cusco. On se retrouve tous les deux. Nos touristes de "compagnons" de voyage on vite détalé avec leur sac à dos, nous ont découvre nos vélos et nos sacoches couverts de poussière. Aucune casse, c’est un miracle !!!! On tente de faire un minimum de nettoyage avant de remettre les sacoches sur les vélos, le tout dans les odeurs d’urine propres aux gares routière. Quel bonheur !

La loose pour tous

En arrivant à l’hôtel, on apprend que mes parents sont arrivés eux aussi avec un jour de retard (un vol annulé, une nuit à l’hôtel à Madrid). Ils sont arrivés à temps pour assister à l’Inti Raymi mais ils se sont fait voler leur porte-feuille pendant les festivités ! C’est qu’il faut être motivés pour arriver au pays des incas. Heureusement, ce n’est pas toujours comme ça. Le solstice d’été n’a pas envoyé de bonnes ondes cette année !

Quel accueil !

Jean-Patrick sort de l’hôtel en courant. Faut dire qu’il nous guettait depuis déjà plusieurs heures ! Et puis il ne sort pas de n’importe quel hôtel... l’agence leur a réservé ce qui restait : un trois étoiles !!! On arrive tout pouilleux, avec nos bicyclettes, on est un peu exotiques dans ce décor, c’est marrant. Michèle nous accueille avec des tablettes de chocolat fin et des livres de poche. Ouaou !!! Le grand luxe.

C’est chouette de se retrouver tous les 4, surtout après les galères qu’on a vécues pour arriver là. Le décor est splendide. Le centre de Cusco illuminé, ça fait vite tout oublier.

Culture Inca

La suite c’est un petit séjour en famille, à la découverte du coeur de la civilisation inca. La ville de Cusco, une pure merveille coloniale espagnole, batie sur les bases des bâtiments incas. Un mélange magique. On passe une journée sur les sites de Tambo Machay, Qenko et Sacsayhuaman, aux alentours de Cusco, une journée à Pisac et deux jours au Machu Pichu. Nous ne sommes pas des guides touristiques alors on vous laisse regarder les photos, c’est beaucoup plus parlant. D’ailleurs, notre guide au Machu Pichu était très approximatif,... on n’a pas appris grand chose.

Après seulement 6 jours passés ensemble, Jean-Pat et Mimi doivent déjà nous quitter. Ils vont passer 2 jours à Lima avant de s’envoler pour la France.

Repos à Cuzco

On va alors se chercher une petite pension pour se reposer. On y reste 5 jours ! Grasses-matinées, ballades en ville, siestes, ballades au marché, nettoyage des vélosrencontre de Diego (un argentin qu’on avait connu à La Paz) avec qui on partage notre chambre d’hôtel, soirée concert dans un bar, soirée mojito avec des italiens et des allemands... de vraies vacances avant de reprendre la route... en espérant que la suite soit moins mouvementée !

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