L'Asie en Danseuse

Présentation

Bolivie 3 : Là-bas... au Titicaca (du 15 au 22 juin 2009)

Malgré notre rendez-vous à Cusco le 24 juin avec les Jolly, on décide de contourner le lac Titicaca par le nord, sachant que toute la route n’est pas asphaltée... mais c’est tellement beau, paraît-il... et n’ayant que des informations sommaires quant aux postes frontières de ce côté du lac... mais on arrivera bien à s’arranger... Allez, soyons fous ! Sûr que ça vaut le coup !

Petite parenthèse

Pendant notre séjour à La Paz, nous avons laissé les sacoches pour partir légers sur l’ancienne route La Paz-Coroico. Outre son côté légendairement dangereux, elle présente l’intérêt d’offrir, en une seule journée de route, des paysages et des climats différents, une tranquilité certaine (les véhicules empruntent aujourd’hui la nouvelle route, plus sécurisée) et enfin et surtout une descente d’une soixantaine de kilomètres qui nous amène à seulement 1300 m d’altitude !

Aujourd’hui elle est appelée "la Route de la Mort", ça attire plus les touristes... Les agences vendent de l’aventure en barre aux backpackers en mal de sensations fortes : elles amènent le groupe au sommet, en camionette et leur met à disposition des vélos tous pourris, pour qu’ils puissent dévaler cette route "dangereuse" à tout allure. Quelle chance d’avoir Schmerber et Scorbut avec nous ! On a préparé notre pique nique et on est sortis de La Paz (c’est bien plus dangereux que la route de la mort elle-même !) pour grimper jusqu’au col de La Cumbre a 4600 m (une si longue descente, ça se mérite un peu quand même...). Le lac d’altitude avec ses mouettes (! ?), les montagnes rocailleuses et de la glace par endroit... puis les fougères arborescentes, les bambous, les cascades, les perroquets et même un serpent à sonnette ! Tout cela en une seule journée, en prenant le temps d’en profiter. Qu’est-ce que c’est bon d’etre indépendant !

Salida

Nous sommes pressés. Mes parents (Armelle) arrivent à Cusco, au Pérou, le 22 juin et nous partons de La Paz le 15 juin !!! Malgré ce retard évident, on souhaite passer par le nord du lac titicaca plutôt que par le sud (route plus directe mais moins intéressante, avec plus de trafic). Alors on prévoit de prendre un bus de La Paz à Tiwanaku. Ça nous fera accélérer et ça nous évitera surtout de sortir de La Paz à vélo. Alors comme nous l’a indiqué Alfonso, on va au cimetière pour y trouver un bus... mais aujourd’hui, il n’y a pas de bus... là-haut, à El Alto, les chauffeurs de transports en commun font la grève. Toute la ville est bloquée, pour toute la journée. A bicyclette, ça passe sans problème. Il faut juste faire chauffer un peu les mollets sur les pentes abruptes des rues de La Paz et passer entre les cailloux dispersés par les grévistes sur la route. Pour nous c’est le pied, il n’y a pas une seule voiture !

Tiwanaku manqué

Mais une fois les barrages passés, il n’y a pas beaucoup plus de véhicules et on a du mal à trouver un bus pour Tiwanaku. Seul un minibus se présente mais il attend d’être plein pour partir. On patiente plus de 2 heures... du coup, on arrive à Tiwanaku à l’heure de la fermeture du site archéologique. C’est impressionnant et intéressant, paraît-il,... mais nous manquons de temps. Le lendemain matin, on choisit de reprendre la route. On a passé une nuit glaciale dans des lits trop petits et défoncés, et au petit matin, les canalisations sont gelés. Il faut prendre de l’eau stockée dans un bidon. On a donc plus envie de rouler que de piétiner. Tant pis pour la visite...

Tiwanaku est le nom d’une ville mais surtout celui d’une civilisation pré-inca. Fondée en 1500 av. J-C, elle s’est éteinte au 10ème siècle ap. J-C et fut l’une des civilisations les plus omportantes de l’altiplano. Elle s’etendait du sud du Perou au nord du Chili. Sa capitale, toujours appelée Tiwanaku, située près du lac titicaca a abrité près de 40 000 habitants à son apogée.

Le lac sacré !

Le voici enfin qui apparaît ! Le lac Titicaca... d’un bleu incroyable, serein, immense... Les rives sont agréables, les habitants ont des maisons en adobe, des cultures, des animaux et peuvent aussi pêcher. La vie paraît plus douce que sur le reste de l’altiplano, bien que les nuits soient tout aussi froides. Ce qui nous fait dire cela vient aussi du contact plus aisé que nous avons avec les gens dans cette région. Plus ouverts, plus souriants, plus hospitaliers...

Ça passe ou ça passe pas ? (I)

Nous voici à la frontière du Pérou, à Desaguadero. Jusque là, tout va bien. Nous sommes sur l’axe principal reliant la Bolivie et le Perou. Les formalités d’usage et nous passons de l’autre côté. Le plus difficile est de savoir si les choses seront aussi simple du côté de Puerto Acosta, au nord du Lac. Car d’ici là, nous allons repasser en Bolivie (voir la carte... c’est un peu compliqué). D’après les douaniers, il y a un poste de douane à Puerto Acosta. Nous pourrons donc obtenir notre tampon de sortie de la Bolivie. Mais côté Pérou, rien. Il faudra aller à Puno, au service des migrations, pour obtenir notre tampon d’entrée. Ça nous fera faire un détour... mais de toute façon, on le fera en bus. Alors c’est parti pour Copacabana et le nord du lac !

Desaguadero

La nouveauté du jour : les moto-taxis. Ce sont en fait des tricycles motorisés, avec à l’arrière une petite banquette pouvant accueillir 2 passagers... ou toute sorte de marchandise. On en verra beaucoup au Pérou. Sinon, Desaguadero est une ville frontière bolivienne, comme Villazon, où des hommes et des femmes passent leurs journées à faire transiter des marchandises à quelques centaines de mètres du pont qui relie les 2 pays, pour éviter aux revendeurs de payer les taxes. Ici, les marchandises ne passent pas à dos d’homme mais sur des barques. Elles sont ensuite rechargées sur des tricycles (des vélos) puis dans les camions. C’est un boulot de dingue... dont on ne connait pas la retribution.

Attraction

Le lac Titicaca, même s’il n’offre pas ses vues les plus spectaculaires de ce côté, ... on ne veut plus le lâcher. Il y a bien une route asphaltée, qui mène à Copacabana, mais elle s’en va dans les terres. Alors on choisit la piste, qui longe le lac mineur et qui nous permettra de voir la cordillère royale. Bon, question infos concernant la route, c’est toujours pareil, ça varie toujours en fonction de la personne que l’on questionne, de son optimisme, de son sens de l’orientation, de son imagination... C’est comme ça qu’on arrive de nuit à Yunguyo, épuisés et couverts de poussière... Mais quel spectacle !!! Le lac au coucher du soleil avec en toile de fond la cordillère enneigée... ouaou ! Ça déchire cousin !

Ça passe ou ça passe pas ? (II)

Une seule journée passée au Pérou et nous voilà de retour en Bolivie. Alors on repose la question concernant la prochaine frontière. Réponse identique (mais pas aimable... faut pas sortir du cadre, surtout quand il y a un bus de touristes entier qui se pointe dans le bureau !) : il y a un poste côté bolivien mais pas côté péruvien. Bon, ça se confirme. Il faudra juste aller à Puno pour régulariser notre passeport. Si on a le tampon de sortie de la Bolivie, ça ne devrait pas poser de problème.

Enclave touristique

La ville de Copacabana est une véritable merveille. Isolée, blottie entre deux pics montagneux, au bord du lac d’un bleu profond sous le soleil brûlant de l’altiplano, elle ne peut déplaire... à condition de ne pas tomber dans le quartier "à touristes", où les prix sont doublés, voire triplés et où on ne croise que des blanquounets. Mais il ne faut pas faire beaucoup d’efforts (juste faire 500 mètres de plus) pour trouver un endroit tranquille, ainsi qu’un logement et de la nourriture au prix normal. On se pose alors le temps d’une journée, pour aller découvrir l’île du soleil. Outre sa beauté naturelle, elle représente le coeur du lac, un lieu sacré pour les incas. Une belle journée de randonnée avec 4 autres français sympas sur le chemin de crête offrant une vue sur le lac des deux côtés de l’île, quelques ruines incas et de jolis villages. Seul bémol : sur l’unique chemin, chaque communauté arrête les touristes de passage pour leur faire payer un droit de passage. Quand on n’est pas prévenus, en bons français râleurs, ça agace. Mais bon, ça permet d’entretenir l’île, de nettoyer le chemin après le passage de tous les touristes qui défilent chaque jour... Dommage aussi qu’il faille faire la rando en accéléré pour ne pas râter le bateau... qui se traîne lamentablement. Cerise sur le gateau : au retour, le bateau fait halte près d’une île flottante en totora. Du pur "made for tourists" où il faut payer pour y mettre les pieds. Une seule personne descend du bateau.

Dans le top 5

... la route de Copacabana à Tiquina. Une bonne montée nous permet d’abord d’admirer, d’en haut, la ville de Copacabana et sa baie magnifique au bord du lac Titicaca. Puis on reste en altitude un moment, avant de redescendre vers le détroit de Tiquina, entre le lac majeur et le lac mineur. La route serpente, entre le bleu du ciel et du lac, de part et d’autre, avec les odeurs d’eucalyptus et la vue sur la cordillère, qui réapparaît... Magique. La traversée du détroit dans une coque de noix, sur les eaux agitées du lac, vient ajouter un peu de piquant à cette superbe journée à "diez puntos".

Padre Lucio

Ce jeune prêtre nous accueille dans sa paroisse. Il a été hésitant quand on lui a demandé l’hospitalité. Mais une petite dame qui passait par là l’a convaincu. Au départ, on compte planter la tente dans le jardin mais après avoir discuté un peu avec lui autour d’une tasse de verveine, il nous ouvre un dortoir immense, avec toilettes et cuisine. Génial ! Bon, les douches ne fonctionnent pas (on se lave à l’eau froide au lavabo) et il n’y a pas de gaz (on fait chauffer Marcel) mais on sera à l’abri du froid cette nuit. Le lendemain matin, le petit déjeuner qu’il nous offre est l’occasion d’en savoir un peu plus sur la religion. Il nous explique qu’ici la religion catholique est toujours mêlée aux croyances anciennes des aymaras. Chaque cérémonie associe les rites aymaras et catholique. Lors d’un mariage par exemple, les futurs époux recoivent une double bénédiction. On n’est jamais trop prudent ! A ce propos, il nous offre une version de la bible en langage aymara,... chouette cadeau !

Que le spectacle continue !

Les vues sur le lac, ce bleu incomparable du ciel et de l’eau, le "dragon endormi" (un rocher de forme particulière) qui veille sur le lac, l’église rouge de Carabuco, les marchés colorés où se pratique encore le troc, les costumes traditionnels portés aussi par les hommes (poncho rayé, bonnet coloré et chapeau) - c’est une exception -, tout nous enchante. Et même si après Escoma l’état de la route se gâte sérieusement, rien ne peut nous faire regretter d’avoir choisi cet itinéraire.

Et l’hospitalité aussi, continue. Ce n’était pas une constante en Bolivie, loin de là. Mais près du lac, c’est différent. Cette nuit, ce sont les médecins d’un centre de santé public qui nous ouvrent les portes d’une pièce vide ou l’on pourra passer la nuit. Douche chaude (électrique, qui fait sauter les plombs), gazinière, discussions intéressantes, partage du repas... Que demander de plus ?

Prévisible...

Encore une ville frontière. C’est pas celles qu’on préfère... On bataille un peu pour trouver une chambre salubre... Et le policier dans son bureau dépouillé nous annonce qu’il n’y a pas de poste de frontière ici. Il est seulement habilité à tamponner les papiers des véhicules qui passent la frontière, mais pas les passeports ! Mais comment on va faire pour entrer au Pérou sans avoir le tampon de sortie de Bolivie ? On a posé la question 2 fois aux autres frontières ! On nous avait assuré qu’il y avait un poste de contrôle ici, à Puerto Acosta !? "Sigue no mas !" nous dit le policier. C’est à dire allez-y, pas de problème ! Ben si y’a un problème ! Mais bon, on n’a plus le choix. On ne va pas faire 1/2 tour... Et elle est par où la frontière ? "Aca no mas"... oulala, c’est pas bon comme réponse... C’est comme "ahicito" ou "a la vueltita". Ça signifie que c’est tout près, mais en réalité c’est toujours bien plus loin que ce que l’on peut penser. "Il suffit de suivre cette route là, à droite"... et le collègue reprend "Mais non, c’est par là" (indiquant la route de gauche). Décidément, c’est pas gagné !! Allez, on va manger notre poulet "à la broaster", prendre une douche, dormir, et on verra ça demain. Ah la Bolivie, ses cartes routières, ses systèmes d’information, de communication... Une vraie légende !

Imprévisible...

Au petit matin, après y avoir un peu réfléchi, on demande au policier d’appeler le poste péruvien de Tilali (du coup, il y en a peut-être un... ?!?!?) ou le bureau des migrations de Puno pour prévenir qu’on va débarquer. Mais fallait pas rêver, ils n’ont aucun numéro ou pas même le téléphone ou pas même l’envie de faire la démarche. "Sigue no mas !"... Grrrrrr...

Imprévisible donc, le temps qu’on va passer pour rejoindre le village de Tilali, l’état de la route et bien sûr l’itinéraire... Prévisible le détour (on a du faire le double de distance) sur des pistes pourries, sur des pentes terribles, sans personne et sans aucune indication. Je n’avais jamais autant poussé mon vélo... ça fait bien râler

Ça passe ou ça passe pas ? (III)

Enfin, un village, c’est bon signe. Fausse joie. Il est désert. Certaines maisons sont murées, il n’y a pas âme qui vive, seulement quelques chiens qui errent. Et à la sortie du village, une sorte d’obélisque avec 2 inscritptions : Bolivie d’un côté, Perou de l’autre... et une chaîne au sol... mais toujours personne... Une frontière fantôme...

La suite au prochain épisode...

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