L'Asie en Danseuse

Présentation

Bolivie 1 : Lama si j'y suis ( du 28 avr. au 09 mai 2009)

Après la dingue, la grippe cochonne !

On sort de l’Argentine sous la menace de la "dengue", une maladie assez virulente, propagée par les moustiques, qui, sous l’influence des médias, affole la population. Et voila que la "grippe porcine", un virus venu du Mexique, sème la panique, jusqu’en Bolivie. Allez, à vélo sur l’altiplano, on ne s’inquiète pas trop !

Systeme D

La première image que l’on a eu de la Bolivie, c’est le ballet des hommes et des femmes, qui passent à quelques mètres de nous, chargés comme des mulets, pliant sous le poids de leur chargement, et ce à vive allure. Il semble qu’ils empruntent une ancienne voie ferrée, grillagée de part et d’autre pour faire passer des marchandises de l’Argentine vers la Bolivie. A ce moment là, on observe mais on ne sait rien de ce "trafic".

On apprendra un peu plus tard qu’en fait, les camions déchargent leur contenu avant de passer la douane. Les marchandises sont alors transportées à dos d’homme de l’autre côté du poste frontière. Le camion passe ainsi la douane à vide, pour ne pas payer de taxes. Ce trafic n’a donc rien d’illégal. Les boliviens ont juste trouvé un moyen de contourner les lois. Mais ce qui est étrange c’est que cela se passe sous les yeux des douaniers... et que rien ne change... A priori, ce système n’est pas nouveau, mais on laisse ces gens en baver, tous les jours,... pour quelle compensation ?

C’est net, on n’est plus en Argentine. Le changement est saisissant, dépaysant. La ville de Villazon est beaucoup plus animée, colorée, vivante et bordélique que celle de La Quiaca, juste de l’autre côté. Les boutiques débordent de produits bon marché, les petites échoppes de nourriture envahissent les trottoirs et les marchands ambulants crient pour attirer le client. Il semble que chacun s’organise comme il veut, comme il peut, pour gagner sa vie.

Enfin, sur les premiers kilomètres de la route qui mène à Tupiza, on croise un homme, sur le bord de la route. Il essaie d’arrêter un camion qui passe. En fait, il fait du stop pour ses patates. Les sacs sont entassés 100 m plus loin, mais il ne possède pas de moyen de locomotion. Pour aller les vendre en ville, il doit trouver un chauffeur qui a de la place et qui accepte de prendre son chargement.

On plante le décor

Les douaniers, comme d’habitude, font du zèle. Ils nous font garer les vélos 50 cm plus loin, juste pour nous montrer qu’ils ont un petit peu d’autorité. Phénomène universel... Mais quand on passe dans leur bureau, ils ne vérifient même pas notre identité, prennent le passeport à la page où on l’a ouvert et paf, un petit tampon. Voilà, on a trois mois pour découvrir la Bolivie.

Et ce que l’on découvre en premier, c’est que l’image que l’on a de la femme bolivienne de l’altiplano n’est pas un cliché : la plupart portent effectivement deux longues tresses, attachées entre elles dans le dos, un chapeau rond, un tablier et une jupe plissée sur de lourds et nombreux jupons. Ce sont elles qui tiennent la plupart des stands de rue. Elles vendent surtout de la nourriture. Des jus de fruit, des légumes, des biscuits, des chewing-gum et des boissons gazeuses...

Côté infrastructures, le dénuement de la Bolivie n’est pas non plus un cliché. Il y a plus de pistes que de routes asphaltées dans le pays. Et on va en faire les frais ! Quoique... les choses s’améliorent et on profite, au début, d’un tronçon de route en travaux, parfaitement lisse, parfaitement désert, alors que les véhicules empruntent encore la piste défoncée et poussiéreuse. Vive la bicyclette !

Malheureusement, ça ne dure pas. On retrouve vite la circulation "normale" : la tôle ondulée, les cailloux et la poussière soulevée par les bus et les 4x4. On voit quelques hameaux de maisons en adobe (brique de terre séchée) avec un toit de paille. Il y a toujours un four à pain, aux formes arrondies, à l’extérieur. En ce moment, c’est l’époque de la récolte des pommes de terre, toute la famille met la main à la pâte. Et dans cette région, c’est la culture majoritaire. A cette altitude et sous ce climat, il n’y a pas grand chose qui pousse ! L’air est très sec, il y a peu d’eau, le soleil brûle et les variations de température entre le jour et la nuit sont importantes.

Côté paysage, c’est assez uniforme puisqu’il n’y a quasiment pas de végétation. Heureusement, la route est vallonnée, c’est moins ennuyeux que la puna de l’Argentine. On est toujours aux environs de 3600 m d’altitude, toujours sur de la piste et les raidillons nous laissent parfois le souffle court. Mais on redescend assez rapidement dans la vallée de Tupiza. Dans la pente, un paysage de montagnes se découpe à l’horizon, les cactus font leur réapparition, ainsi que les algarrobos et autres épineux. Au fond de la vallée, le paysage est splendide. Les falaises rouges ont été sculptées par l’eau et le vent, leur donnant des formes particulières. On admire le paysage,... entre deux nuages de poussière soulevés par les véhicules qui nous ignorent totalement.

Plus loin, avant d’arriver à Atocha, les hauts plateaux sont superbes. On a pour toile de fond le ciel bleu et le volcan Chorolque qui culmine a plus de 5500 m et on est entourés de troupeaux de lamas, parés de leurs petits pompons roses ou rouges, sur les oreilles. On voit ensuite d’énormes formations rocheuses très claires, entourées de sable, puis des vallées teintées de jaune qui nous rappellent un peu la région de la Cappadocce, en Turquie. On peut enfin en profiter car le denivelé est raisonnable, malgré notre impatience. C’est quand qu’on descend ?

Décalage horaire

Depuis Tupiza, on retrouve avec joie les marchés, les vrais, avec des produits frais et naturels. Chose qui a complètement disparu en Argentine, au profit des supermarchés aseptisés qui vendent des produits avec des OGM, enrichis en vitamines, conservateurs, édulcorants... Bref. On découvre aussi les comedors. Ce sont des endroits ou l’on peut manger une cuisine simple et économique, dans le marché. Mais le premier soir, on arrive trop tard. Il est 19h pile ! Notre rythme de vie va changer radicalement. Fini les asados qui commencent à 22h. Maintenant, on se met à table à 18h, quand la nuit tombe, et à 20h, on est au lit, comme les poules ! Avec en plus une heure de décalage horaire c’est pire que si on avait pris l’avion.

Mercado y Comedor

Mais bon, on ne va pas se priver d’un repas consistant, pour à peine plus d’un euro, juste parce que c’est un peu tôt. Ça évite de cuisiner et de faire la vaisselle. Alors quand on est dans une ville, on saisit l’occasion. Et puis l’ambiance est agréable. Géneralement, les comedors sont de grandes salles avec des tables et des bancs. Les "mamas" ont chacune leur petite installation : un gaz, deux grosses marmites et une petite table. Elles sont dispersées dans le comedor et nous appellent pour nous vendre leur "guiso" ou leur "picante de pollo". Ce n’est pas très fin, pas très varié, mais ça cale et pour nous c’est le principal !

Dans les petits villages, il est plus difficile de se nourrir. Pas de marché, pas de comedor et les épiceries ne vendent que des biscuits, des crackers, des bonbons et des boissons gazeuses. On ne se fera pas avoir deux fois : on fait des stocks de produits frais et de pain pour la route.

Autre problème à régler : l’eau. Le filtre reprend du service à Tupiza, car il y a des mines dans les montagnes d’où provient l’eau. A court terme, on ne risque rien, mais mieux vaut prévenir. Par la suite, on boira l’eau du robinet, ou des rivières quand on est sur qu’il n’y a pas de village en amont. Depuis le temps, nos estomac sont blindés.

Le cafard des fanfares

Première nuit en Bolivie. On arrive dans un village. Il est 16h. On ne sait pas où est le prochain et les indications des habitants sont très contradictoires. Entre 5 et 15 km, entre 1/2h et 2h de route... et dans cette région, il n’y a de l’eau que dans les villages. On ne va pas faire les malins le premier jour. Les élèves sortent de l’école, alors on demande à un professeur si on peut planter la tente dans la cour. Il accepte rapidement mais nous prévient que ce soir, certains élèves viendront répéter dans l’école. De la musique ? Super ! A la sortie des classes, on en a vu sortir avec des charangos, des flûtes de pan, des guitares... Ça promet de belles choses. Mais il avait oublié de nous préciser que c’était une fanfare et à quel endroit elle allait jouer. Bien sûr, on a mis la tente juste à côté de la salle de répétition. A 20h pile, les grosses caisses, trompettes et tambours nous ont fait sauter au plafond de la tente ! La première fois, c’est rigolo, mais en Bolivie, les fanfares vont nous poursuivre et nous hanter : lors des manifestations du 1er mai à Tupiza, des défilés des écoles à Potosi, du bicentenaire de l’indépendance à Sucre, des enterrements, des bénedictions de voitures, des répétitions quotidiennes... Les airs sont toujours les mêmes et ne sortent plus de notre tête. Pa la papa pa pa pa lala pa pa, pa la papa la pa paaaaaAAAAAAAAAA ! Ça rend dingue !

Désorientation

Mission impossible : trouver une carte routière potable en Bolivie. Notre recherche a commencé dès Villazon. L’office de tourisme était fermé et les librairies n’avaient rien. Dans les librairies de Tupiza, pas mieux. Les agences de tourimsme ? Détention d’information. Si vous ne faites pas un tour en 4x4 qui puE sur le salar d’Uyuni, vous n’obtenez rien. La mairie ? "- Vous n’avez qu’à consulter celle là (la carte affichée au mur fait 3m x 2m) - Oui, c’est gentil, mais on ne veut pas seulement admirer une jolie carte en couleurs, on veut s’en servir !" La police touristique ? "- Ben, on n’a plus de carte... - Mais vous en avez une, là, sur le mur, on peut peut-être la photocopier ? - Ben, non, c’est qu’il faut la détacher, allez demander à une agence de voyage... - Merci !" Et sur internet, vous allez me dire !? Pas mieux, elles ne sont pas actualisées, ou très sommaires. Dernier espoir : l’institut geographique militaire. Si eux n’ont pas de cartes, c’est un comble. Gérald va se renseigner. Première réponse : "- Non, nous n’avons pas de carte." Ben, elle est forte celle là ! Le lendemain, il y retourne. Il paraît qu’il faut insister. Effectivement, il a du rester planté devant le bureau, jusqu’à ce que l’officier daigne se lever pour faire des photocopies de leur carte de Bolivie. Il s’avèrera que certaines informations sont fausses (tracé des routes, kilométrages) mais c’est la meilleure qu’on ait trouvée. Si ils doivent faire la guerre, un jour, c’est pas gagné !!!

Alors on demande aux gens, quand il y en a, sur le bord de la route. Mais les boliviens ne savent pas dire "- Je ne sais pas." Alors ils disent ce qui leur passe par la tête. Que ce soit au niveau de la direction ou de la distance. Mais les distances en kilomètres n’existent pas. Elles s’expriment en heures de bus, ce qui ne nous arrange pas vraiment. Avec une bonne semaine d’expérience, on estime qu’1 heure de bus équivaut à 1 journée de vélo. Il y a aussi ceux qui vous minent le moral, qui vous disent qu’il y seulement une côte et qu’après c’est plat. Et là, on se tape 19 km de montées-descentes entre 3500m et 4100m et le "plat" est à plus de 4000m. Ou bien celui-là, qui, à Atocha (à midi, à 100km de pistes pourrie d’Uyuni) nous dit qu’on y arrivera ce soir... On mettra 2 jours... Parfois, on frise l’absurde : un homme nous indique le prochain village à 4km et là, sa femme le reprend " Mais non, ils sont en vélo !"... et on fera 16 km pour atteindre le village en question, la femme avait-elle raison ?

Et c’est comme ça tous les jours... On ne veut plus rien demander à personne...

On trouve même 2 panneaux indicateurs, placés à 50 m l’un de l’autre. Pour aller à Atocha, ils indiquent la même direction (c’est déjà pas mal), mais l’un annonce 70km, l’autre 85km...

Rude...

Si il n’y avait que l’état de la piste et l’altitude, ça irait encore. Mais le plus difficile, c’est de ne jamais savoir. Combien de kilomètres ? A quelle altitude ? Quel est le relief ? Est-ce qu’il y a des villages ? De l’eau... etc... Les surprises sont rarement bonnes. C’est souvent bien plus difficile, bien plus long, bien plus pentu que ce que l’on imaginait.

Les contacts avec les gens sont rudes, aussi... Il arrive que l’on salue quelqu’un... qui ne nous répond pas. Les gens refusent qu’on les prennent en photo, certains demandent de l’argent en échange... Lorsqu’on cherche quelquechose à acheter, on obtient souvent une réponse assez vague du genre "- Allez voir par là-bas".

Pour une nuit, on trouve une mine : le seul lieu habité à des kilomètres à la ronde, avec de l’eau. On est à 4100 m d’altitude. On demande un toit, mais on fait l’erreur de préciser qu’on a aussi une tente, qu’on peut camper. Le seul homme qui nous adresse la parole nous montre alors un endroit pour camper, alors qu’il y plein de bâtiments vides. Cette nuit là, il gèle, bien sur. Pour l’eau il nous a d’abord indiqué la rivière, assez loin, puis a parlé, tout bas, du robinet qui était juste à côté. Pendant la soirée, on a aperçu plusieurs personnes, qui sont restées cachées, mais qui nous observaient... pas très discrètement. Le matin, deux femmes sont passées près de la tente, sans même nous jeter un regard.

Sûr que les conditions de vie sont difficiles, qu’on est deux étrangers, deux touristes, deux privilégiés. Ils doivent vraiment se demander ce qu’on vient faire là. Bonne question d’ailleurs...

Appel au secours

Sortie de Tupiza. On pense avoir pris la mauvaise direction. Pour en avoir le coeur net, on cherche quelqu’un. Il y a une maison. On appelle mais personne ne sort. Une vieille dame apparaît, mais elle est sourde. Elle va appeler sa petite fille, qui dort. La jeune fille sort. On peut voir l’intérieur de la maison. Il y a deux lits cassés, des vêtements sales par terre, des déchets, le tout sur le sol en terre. Elle vient répondre à nos questions, mais elle a la tête ailleurs. Elle nous demande plusieurs fois notre nom, nous explique qu’elle aimerait étudier les langues étrangères, mais qu’elle n’en a pas les moyens. Plusieurs fois, également, elle nous demande si on reviendra...

Croyances et superstitions

Sur les marchés, on voit plusieurs fois des étals de potions, herbes et objets étranges en tous genres. Il y a aussi des foetus de lama séchés. Tout cela sert aux rituels dédiés à la pachamama, qui sont censé attirer la chance. La majorité des boliviens sont catholiques, mais les rituels ancestraux sont encore très présents. Un appel à une double protection, ce n’est sûrement pas de trop pour garder espoir.

Service minimum

Sans transition. Les pensions bon marché que l’on peut trouver en Bolivie sont assez surprenantes. Les lits sont très petits, les draps et les couvertures aussi, si bien qu’on se gèle les pieds toute la nuit puisqu’il n’y a pas de chauffage. Et surtout, surtout, il n’y a pas d’endroit pour se laver. La première fois, on a demandé si il y avait de l’eau chaude. La dame nous a répondu non, seulement de l’eau froide. Bon, c’est pas grave, on se douchera à l’eau froide. On s’installe dans la chambre et on sort pour lui demander où se trouve la douche. Mais il n’y a pas de douche. Seulement un lavabo et des toilettes. Alors on s’est bricolé un coin toilette avec une couverture (merci Air Malaysia). C’est pas qu’on est des maniaques de l’hygiène, mais chaque jour, on est couverts de poussière. Alors avant de dormir, une toilette minimum s’impose. On retrouvera le même problème dans toutes les petites pensions, le coin toilette se résumant parfois à un robinet au milieu de la cour. Mais ils se lavent où les clients ? Et les propriétaires ?...

Déjà marre de la piste

Ça fait 8 jours qu’on mange de la poussière, que notre moyenne s’élève à seulement 10km/h, qu’on est obligés de s’arrêter tous les 2 km quand ça grimpe fort tellement on est essoufflés, qu’on pousse le vélo lorsqu’il y a du sable, qu’on se fait couvrir de poussière par ces c... de chauffeurs de bus qui nous frôlent à toute allure, qu’on est incertains quant à la direction qu’on a prise et surtout, qu’on a l’impression d’être assis sur un marteau piqueur la plus grande partie de la journée. La tôle ondulée, ça rend dingue. Impossible d’y échapper. Quand on arrive à Uyuni, après 80 km épuisants, chiants, on ne rêve que d’une chose : une douche chaude !!! Alors on paye un peu plus cher, mais à ce moment là, ce n’est pas un luxe.

Et après Uyuni ?

Pas question de re-signer pour la même galère jusqu’à Potosi. On ne voyage pas à vélo pour l’exploit. C’est comme le Sud du Lipez. On aurait pu le traverser pour passer de l’Argentine à la Bolivie. Les paysages sont extraordinaires, paraît-il, mais les conditions sont extrêmes (vent, sable, absence d’eau, altitude, pistes défoncées) et dans ce cas là, on n’est pas certains que pour nous, le plaisir l’emporterait sur la difficulté.

D’après nos renseignements, ce sont 5 jours de piste du même style qui nous attendent. Alors on envisage le train. Mais il n’y a qu’une ligne qui passe par Uyuni, et ne passe pas par Potosi. Quand on se dirige vers le salar, on pense aller sur Inca Huasi (une petite île au centre du salar) et revenir à Uyuni avant d’envisager la suite. Il y a encore la solution du bus...

Pleine lune sur le salar d’Uyuni

Nous passons la première nuit au beau milieu de l’étendue de sel. On a fait le plein d’eau à l’entrée du salar et récupéré 2 pierres pour pouvoir planter la tente. Petite anecdote au passage. Alors qu’on choisit nos cailloux, un 4x4 rempli de touristes klaxonne de façon insistante et s’arrête à notre niveau. Le chauffeur nous engueule et nous ordonne de nous pousser de la route (nos vélos sont sur un côté et il a largement la place de passer). "- Comment ? - Vous êtes dangereux nous dit-il. - Répète un peu pour voir ? NOUS sommes dangereux ? Réfléchi 2 secondes et essaie de répéter, abruti ! C’est toi qui es dangereux. T’as qu’à rouler moins vite et ralentir quand tu croise un cycliste !" Sur ce il s’en va... Le véhicule motorisé est roi, et lorsqu’il est rempli de touristes, il a tous les droits.

Nous voilà tranquilles, libres d’aller où on veut sur le salar. C’est incroyable, c’est comme sur l’eau. Chacun peut choisir son cap. Une fois sortis de la zone exploitée où sont alignés les tas de sel, on ne sait plus vraiment où on est. Sur de la neige ? Sur de la glace ? C’est une sensation étrange. Le seul bruit que l’on entend est celui du sel qui craque sous les roues... et des quelques bus qui passent. C’est la 4ème dimension ! Ils surgissent de nulle part, passent et disparaissent...

Vers 16h30, il est l’heure, on s’arrête. On s’éloigne un peu de la "piste" qui mène à Inca Huasi et on plante la tente, là. C’est excellent ! On s’installe rapidement, je prépare le repas pendant que Gé court partout avec l’appareil photo et on mange à la tombée de la nuit. Il faut vite se couvrir car la température tombe en flèche. On s’émerveille à chaque instant de la lumière, du paysage, de la taille de nos ombres, de cet endroit unique situé à 3600 m d’altitude, couvert de sel... On a de la chance. Il fait beau, il n’y a pas de vent et la pleine lune apparaît dès le coucher du soleil. Avec le blanc du sel, pas besoin de lumière. C’est magique.

Voyageur indépendant

Le jour suivant, on atteint l’île d’Inca Huasi en fin de matinée. Côté ouest, elle est envahie de 4x4 et de touristes. Chacun y va de sa petite photo jouant avec la perspective, grimpe au milieu des cactus puis redescend pour manger le pic-nic préparé par l’agence de voyage. Ils sont 100, 200 (?) arrivés en même temps. Ils auront eu quelques minutes pour prendre des photos et repartiront tous en même temps. Ils n’ont aucune liberté mais c’est la seule et unique façon de découvrir le salar. Sans avoir de véhicule propre, impossible de faire autrement. On croisera plusieurs français, belges et suisses qui ont presque regretté d’avoir fait le tour dans le salar et dans le sud du Lipez. C’est un véritable contre la montre, des heures à se faire secouer dans une voiture,avoir seulement 10´ pour voir la laguna verde ou les flamants roses et au final, rater le coucher de soleil sur la laguna colorada.

Quelle chance d’être à vélo ! On va pouvoir passer une deuxième nuit sur le salar et prendre notre temps sur l’île en fin d’après-midi, quand elle sera désertée par les visiteurs. On va ensuite planter la tente à l’extrémité de l’île. Comme des bleus. C’est là qu’il y a de plus de vent. Alors on déménage, de nuit, finissant par suivre les conseils de Alfredo, qui vit ici depuis 22 Ans (!). Il nous a indiqué une grotte, de l’autre côté. L’endroit est idéal car abrité du vent et du froid, avec vue sur le salar.

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