L'Asie en Danseuse

Présentation

"Welcome to Nepal !" (du 12 au 29 juin 2008)

Chute de tension

Midi. Il n’y a pas foule au poste frontiere de Mahendranagar. En quelques minutes, les formalites sont remplies et on obtient notre visa de 2 mois. Les douaniers sont paisibles et serviables. L’un d’eux s’occupe du change de nos roupies indiennes en roupies nepalaises. Apres quelques tours de roues, on se rend compte qu’on roule toujours a gauche. On ne savait pas qu’il en etait ainsi au Nepal.

Les derniers jours en Inde ont ete epuisants, physiquement et nerveusement. Alors dans le 1er hotel que l’on trouve, a quelques kilometres seulement de la frontiere, la pression tombe et on s’ecroule litteralement pour sombrer dans un profond sommeil. On se reveille pour consulter les mails et gouter aux momos (raviolis nepalais) avant de repartir illico pour une bonne nuit. On en avait besoin et ici c’est possible,... les draps sont propres !!!

Quel calme !

Dans cette region du Nepal, une plaine qui s’etend d’Est en Ouest au pied de la chaine de l’Himalaya, la plupart des habitants se deplacent a velo. Les enfants vont a l’ecole a velo, vetus de leur uniforme, les plus petits sont transportes dans des petites charettes, une sorte de cyclo-rikshaw collectif. Les couples se deplacent ensemble. L’un pedale, l’autre, assis en amazone sur le porte bagage, tient une ombrelle pour se proteger du soleil, ainsi que le "conducteur". Les jeunes aussi vont au lycee a velo et parcourent parfois une dizaine de kilometres pour aller etudier dans la ville voisine. Quelques tracteurs, en plus des bus, assurent les transports en commun. Tout le monde grimpe dans la benne et hop, c’est parti ! D’une maniere generale, il y a tres peu de vehicules motorises et les coups de klaxon sont "utiles" et non pas compulsifs comme en Inde. Ouf !...

La nature reprend ses droits

Le ciel est a nouveau bleu, et les nuages blancs. Fini les nuages de poussiere et le ciel grisatre. Les vaches broutent l’herbe grasse qui borde la route, boivent et se prelassent dans les rivieres. L’eau est boueuse a cause des pluies de plus en plus frequentes, mais les cours d’eau ne ressemblent plus a des decharges publiques. Les gamins se baignent dedans, et on en ferait bien autant. A la tombee de la nuit, les lucioles apparaissent et brillent comme des milliers d’etoiles. Elles viennent parfois s’aventurer sous l’auvent de la tente. Petits moments magiques.

Retour a la vie "normale"

On peut enfin s’arreter quand on veut sur le bord de la route, sans etre aussitot entoure de badauds. On peut discuter tranquillement avec les gens que l’on croise, toutes generations confondues ; repondre aux "tata-bye bye" des enfants, echanger de jolis sourires et regarder les gens dans les yeux. Leur regard petille... pas comme les ind... On peut rouler en securite, profiter des paysages, trouver des chambres propres, camper...

Bref, plus de stress, plus d’agression permanente, plus de bruit, plus de pollution, plus de crasse, plus de foule, plus de circulation et de chauffeurs de bus completement tares. On prend le temps pour tout : manger, rouler, s’arreter, repondre aux gens, leur sourire, discuter (meme avec les cyclistes qui nous suivent !). La plupart des gens s’adressent a nous avec un "Welcome to nepal", accompagne d’un large sourire. Merci !!!

C’est un vrai soulagement. En sortant de l’Inde, notre comportement nous effrayait. On se disait qu’on avait perdu l’envie de rencontrer les gens. Notre voyage n’avait plus vraiment de sens et notre moyen de locomotion non plus. Jusqu’en Iran, il nous permettait d’etre proche des gens. Ils etaient reconnaissants ou admiratifs lorsqu’on leur expliquait qu’on etait venus jusque dans leur pays a velo. En Inde, ca ne leur faisait ni chaud ni froid. On etait juste des blancs (riches) sur des velos (moyen de locomotion du pauvre). Un phenomene absolument incomprehensible pour eux !

Nos doutes se sont rapidement dissipes apres quelques jours passes au Nepal. Les contacts ont ete faciles, simples et on a ete invites par des familles a manger et dormir, on a pu camper dans l’enceinte d’un temple, au coeur d’un hameau et meme en plein nature, avec le grand luxe de pouvoir se laver dans une riviere. 4 mois en Inde, ca a au moins l’avantage de faire prendre conscience que ca devient une chance de pouvoir se baigner dans un milieu naturel et de pouvoir boire l’eau qui descend directement de la montagne.

La vie dans le Terai

La plaine du Nepal est principalement consacree a la culture du riz. Les hommes labourent les rizieres a l’aide des boeufs et de charrues en bois. La terre est deja tres humide. Puis les parcelles sont innondees et les femmes prennent le relais. Elle repiquent les pieds de riz, un par un, sur des surfaces immenses ! Les enfants sont parfois de la partie.

La plupart des nepalais de cette region habitent dans de petits villages. Les maisons sont faites de bois et de torchis, avec un toit en paille, que la tole ondulee vient parfois remplacer. L’eau est tiree au puits et la vaisselle, la lessive et la toilette sont faites a l’exterieur, directement au puits. La cuisine se resume a une "cuisiniere" en terre, qui fonctionne au bois ou parfois a un simple rechaud a gaz. L’electricite est utilisee au minimum, et il y a souvent des coupures. Elle sert surtout pour l’eclairage,... et pour recharger les telephones portables !

La vie de la majorite est donc tres simple mais pas "misereuse" et rythmee par les saisons.

Il n’en n’est pas de meme pour les plus demunis qui vivent dans des abris de fortune, faits de branchages et couverts de baches. Ceux-la n’ont pas de terrain, pas de travail, et on tolere leur installation sur des terrains bordant les rivieres. On imagine ce qui advient d’eux en hiver et en periode de mousson...

Le plat principal le plus commun est le dal-bhat (dal= soupe de lentille, bhat= riz) accompagne d’une petite portion de legume. C’est bon mais ca ne change pas beaucoup du thali indien et a la longue, on se lasse. Pour varier un peu, il y a les "chowmein", des nouilles chinoises avec des petits legumes et des epices ou les "momos", des raviolis cuits a la vapeur, avec de la viande et/ou des legumes a l’interieur. C’est pas mal du tout ! La boisson la plus repandue est toujours le the au lait sucre, mais il y a aussi l’alcool qui semble faire quelques ravages.

L’instruction nepalaise

Leves des 6h du matin, les enfants revetent leur uniforme (pantalon, chemise et cravate-jupe pour les filles) et vont a l’ecole vers 9h. Toute la journee, ils apprennent par coeur et repetent en choeur. Aucune reflexion, aucune critique n’a sa place dans l’education. Les enfants savent les tables de multiplication sur le bout des doigts, ont un vocabulaire en anglais tres riche, mais lorsqu’il s’agit de resoudre un probleme, de repondre a une question, ca devient beaucoup plus complique. Pourtant ce modele d’enseignement fait l’unanimite.

Certains professeurs vont enseigner dans la montagne et font pour cela 3h de marche pour atteindre l’ecole. Ils restent sur place toute la semaine dans une petite chambre qu’ils doivent louer. Tout ca pour a peine 10 000 roupies (95 euros) par mois !

Reminicences indiennes

L’ambiance generale du Nepal nous plait. On s’y sent bien. Mais il y a quelques aspects de la culture indienne que l’on retrouve a regrets. Par exemple, les cyclistes-suiveurs. Ils sont beaucoup moins nombreux mais ils ont le meme don pour nous agacer. Les quelques badauds qui viennent nous regarder manger nos pates ou laver nos bols nous exasperent toujours autant. L’avantage c’est qu’ils sont beaucoup moins nombreux et que ceux la - on les excuse plus facilement - n’ont pas l’air d’avoir la lumiere a tous les etages. On evite aussi de trop s’approcher de la frontiere indienne, car on sent tout de suite l’infuence indienne... Un jour, un sadhu a velo, tente de nous coller aux basques. Il est vetu d’un tissu panthere, porte en bandouliere un sac panthere et a meme recouvert sont guidon d’un motif du meme style. Il y a quelques mois, ca nous aurait surement intrigues, voire meme amuses. Mais la, non. Ce genre d’energumene ne nous fait plus rire du tout et notre seule envie est de le semer vite-fait bien-fait.

Tout se presentait si bien !

Petite deception pour notre premier campement au Nepal. Nous nous installons dans l’enceinte d’un temple, sous un abri. Une pompe a eau a disposition, une petite douche dans les bananiers, un bol de "noddles" et a la tombee de la nuit, l’apparition des lucioles. C’est parfait... Jusqu’a ce qu’un individu etrange apparaisse et veuille s’installer avec nous dans la moustiquaire pour dormir. On l’en dissuade mais il installe son barda tout contre la tente. Pour s’exprimer, il nous la joue "Bernardo" alors qu’il est loin d’etre muet. A peine endormis, il eclaire l’interieur de la tente avec sa lampe torche, puis il se tourne et se retourne, nous bousculant au passage. Enfin, on l’entend pousser des gemissements pendant un bon moment. Intrigues, on regarde a l’exterieur. Il est sur le dos, les jambes repliees et se touche les parties intimes. Mais qu’est-ce que c’est que ca ?! On le sort de sa "transe" en le sommant d’arreter ca tout de suite et de s’ecarter de la moustiquaire. Le cirque recommence une deuxieme fois. La lampe dirigee sur nous, les gemissements,... puis vient l’orage. Il fait tres chaud, tres humide et ce mec nous inquiete. On dort tres peu. Au reveil, il nous semble nous reprocher de ne pas l’avoir accueilli sous la tente. Il nous fait comprendre qu’il a pris la pluie et qu’un serpent est venu pres de lui. Il nous l’a fait a la "Anacunda" et apres coup, on s’est bien marres.( Petit clin d’oeil a Adri).

Les rencontres, le retour

Dans la plaine, les rizieres recouvrent tout le paysage. Il nous est donc difficile de trouver un endroit sec pour planter la tente. Nous trouvons d’abord refuge dans le jardin d’une maison. Mandira, une jeune etudiante, nous accueille pour le repas avec toute sa famille, curieuse et enthousiate. Ils nous offrent aussi un toit, pres de l’etable, pour passer la nuit au sec. Le lendemain, nous nous arretons a l’entree d’un parc naturel. Krishna, un jeune egalement, nous invite a camper pres du bureau des guides ou il y a meme une douche, des toilettes et un petit resto. Nous aurons aussi l’occasion de dormir sous un abri au coeur d’un hameau, avec l’autorisation d’un vieil homme, un modeste agriculteur souriant et bienveillant. Enfin, nous demandons l’hospitalite a l’entree d’une pepiniere et nous finissons parmi la famille et les amis de son proprietaire, a quelques kilometres. On a super mal mange et super mal dormi (a cause des insectes de toute sorte et de toute taille se balladant dans la piece) mais on a ete tres bien recu. On a pu decouvrir les chaines de television nepalaises,... une vrai calamite !

La moyenne montagne

Des la sortie de Butwal, nous attaquons les pentes en direction de Pokhara. La vallee de Palpa avec ses rizieres en terrasse, les femmes qui travaillent dans les champs en chantant puis, plus haut, les pins et leur parfum, nous a seduit.

A la sortie de Pokhara, le paysage et l’ambiance sont tout aussi agreables. Mais plus on avance et plus la vallee est encaissee et sombre. Nous longeons une large riviere au debit impressionnant, et restons a flanc de montagne, recouverte d’une vegetation abondante et humide. L’approche de Kathmandu est encore moins agreable car les bus et les camions se font de plus en plus nombreux. C’est dommage car la montee au col qui mene a la vallee de Kathmandu est tres agreable. Sinueuse, reguliere, comme on aime.

La derniere journee est marquee par des pluies torrentielles a repetition. De veritales douches qui nous stoppent litteralement. Etre mouille, par ces temperatures, ce n’est pas vraiment un probleme. Mais on ne voit plus rien alors nous sommes obliges de nous arreter a plusieurs reprises. Kathmandu se fait desirer...

9 sur l’echelle des doigts

Un petit campement dans la montagne sur une des rares terrasses non cultivees, une riviere dans laquelle on peut se baigner dans le plus simple appareil, un bon bol de nouilles chinoises et une fin de soiree parmi les lucioles. Les curieux du petit matin nous font perdre un point !

Petits plaisirs a Pokhara

Steacks, chocolat, fromage de yack, patisseries, jus de fruits. On se lache completement ! Un an de pates et de riz, ca suffit ! On a besoin de proteines, de vitamines et de gout ! Par contre nos machoires n’etaient plus habituees. Apres avoir devore nos enormes steacks, on est sortis du restaurant avec des crampes et l’impression que nos dents allaient se dechausser !

A part ca, on aimerait bien voir l’Himalaya ! Mais la mousson commence. Depuis que nous sommes entres au Nepal, nous n’en n’avons pas beaucoup souffert car il a plu essentiellement la nuit, mais les nuages restent bloques en permanence sur la chaine de l’Himalaya. Nous avons eu le privilege de voir surgir des nuages, au coucher du soleil, le sommet du Machapuchhre et de l’Annapurna II. Ces instants ont ete tres furtifs mais tres impressionnants. La proximite de ces sommets a plus de 7000 m d’altitude, alors que nous ne sommes qu’a 800 est surprenante.

Periode de flottement au Nepal

... 1996 voit le lancement de la guerre du peuple népalais d’inspiration maoïste, une insurrection dont le but affiché est l’abolition de la monarchie qualifiée de corrompue et l’instauration d’un régime communiste qui s’exprimera à travers une « démocratie populaire ». Le 1er juin 2001, le prince héritier Dipendra, abat 10 membres de la famille royale au cours d’un dîner. Parmi les victimes se trouvent notamment le roi Birendra. Son frère Gyanendra lui succède et tente un coup de force en 2005. Mais une grève générale en 2006 restaure le Parlement et aboutit à un accord de paix entre les maoïstes et le gouvernement. Une assemblée constituante est élue, proclamant l’abolition de la monarchie et son remplacement par une République démocratique fédérale le 28 mai 2008.

De 2001 a 2006, la revolution maoiste a fait des victimes et instaure la terreur. Certains nepalais de la montagne sont venus se refugier dans la plaine. Des ONG les aident a s’integrer dans leur nouvelle region, encore aujourd’hui, car ils craignent toujours des represailles.

Le Nepal est egalement un pays ou il y a beaucoup de chomage. La plupart sont agriculteurs et peuvent subvenirs a leurs propres besoins alimentaires. Mais les prix de la nourriture en general et du riz en particulier grimpent en fleche, ce qui rend la vie de plus en plus difficile.

Les nepalais que l’on a rencontre esperent un changement grace a ce nouveau regime democratique et esperent etre entendus, mais ils semblent egalement douter d’une reelle evolution. Le pays est constitue de plusieurs dizaines de partis, representant une caste, une ethnie ou bien une orientation politique. Le parti majoritaire est le parti maoiste, qui a fait chuter la monarchie et qui a obtenu la majorite des voix lors des premieres elections en avril 2008. Pour l’instant, le pays n’a pas de president et il connait des problemes d’approvisionnement en petrole en provenance de l’Inde qui en restreint l’exportation. Les transports en commun sont alors paralyses.

Pour nous, c’est une aubaine. Pas de bus, pas de camions, pas de voitures. Mais pour la majorite des nepalais qui ont deja du mal a s’en sortir, ces problemes de petrole sont vraiment mal venus. Le pays est, malgre cette repulique democratique flambant neuve, encore tres instable.

Arrivee a Kathmandu

Nous sommes assez soulages de mettre nos roues a Kathmandu. Car Gerald a encore 2 sacoches qui ne sont plus du tout etanches, or la pluie est de plus en plus forte et de plus en plus frequente chaque jour. Et puis son pneu arriere montre de gros signes de faiblesse. Completement deforme, il pince les chambres a air et menace de deformer la jante. Il faut le changer au plus vite.

Malgre la circulation anarchique et les rues au revetement defonce, la ville nous surprend et nous attire. Nous sommes d’emblee plonges dans les ruelles qui recelent des batiments et une ambiance extraordinaires. Nous entrons dans un autre monde.

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