L'Asie en Danseuse

Présentation

Inde 4 : Rajasthan (du 27 avr. au 14 mai 2008)

Sleeper class

Malgre le fait que l’on ait reserve une couchette, il y a plus de personnes que de places. Des jeunes se recroquevillent a deux sur une meme couchette, avec leurs bagages. Un veritable exercice de contorsionnistes ! Nous avons la chance de nous allonger chacun sur une des trois couchettes superposees. Mais ce n’est pas pour ca que l’on va dormir convenablement. Les vendeurs de bouffe et de the passent chacun leur tour en criant et en diffusant des odeurs peu allechantes, des petits groupes discutent fort en plein milieu de la nuit et la lumiere reste allumee. Une bonne nuit...

Tout le monde descend !

A 5h00, le train s’arrete en gare d’Ahmedabad. Pour acceder aux robinets apres une nuit passee sur une banquette collante en skai, il faut jouer des coudes. Le chacun sont tour, c’est comme la politesse, ca n’existe pas. A la sortie, apres avoir traverse les quais et le hall, la foule etalee par terre, mangeant ou dormant a meme le sol avec nos velos charges, un illumine nous aborde. On tente de passer notre chemin mais il ne nous lache pas. Il met un temps infini a defaire les noeuds de son petit baluchon... tout ca pour nous montrer que lui aussi, comme Gerald, il a un joli drapeau triangulaire orange. Super, on est bien contents pour lui ! Armelle, elle, s’en est debarasse a Bombay a cause de sa signification religieuse, source d’ennui avec les plus fermes des hindouistes. Allez, on met les bouts avant que le soleil ne tape trop fort !

Le nord du Gujarat

Encore un nouveau decor. Le paysage est plus sec, la chaleur plus intense. Les vaches du coin arborent une paire de cornes demesurees, les charettes sont parfois tractees par des dromadaires et on croise meme un homme se deplacant a dos d’elephant. Les champs viennent d’etre moissonnes et les cereales sont laissees sur place, en tas. On peut voir des paons picorer les recoltes. Les hommes portent des turbans colores (blanc, jaune, rouge, orange fluo...) et les saris sont egalement de couleurs vives. Les femmes ne les rabattent pas sur l’epaule, comme dans le sud, mais s’en servent pour se couvrir la tete, comme avec un voile. Elles portent de nombreux bijoux, dans le nez, les oreilles avec parfois meme une chainette qui relie les deux. Chacune porte des bracelets de cheville.

Il fait chaud, fais attention au soleil,...

Il fait chaud, et tous les jours c’est pareil ! Le nord du Gujarat et le Rajasthan a la fin du printemps, c’est un peu comme l’Iran en hiver. C’est vraiment pas le bon moment. Le thermometre depasse regulierement les 40 degres, et ce des 10h du matin. Ce qui nous oblige a nous lever tres tot alors qu’on a du mal a s’endormir le soir, toujours a cause de la chaleur. Chaque matin, notre soucis principal est de prendre la route juste avant le lever du soleil, c’est a dire vers 5h45. Pour ceux qui connaissent Gerald, vous pouvez imaginer a quel point c’est rude ! Mais quand on se rate, la sanction est immediate. Le soleil ne nous fait pas de cadeau. A 8h il cogne deja bien fort, a 10h il fait 40 degres et 11h30 c’est l’heure fatidique, l’heure a laquelle il faudrait se mettre a l’ombre pour le reste de la journee. Mais sur notre route, il n’y a pas grand chose a voir et a par la chaleur, rien ne nous motive pour nous arreter. Alors on prolonge, on lutte jusqu’a 13h environ. On cherche un petit resto puis un endroit pour passer l’apres-midi et la nuit. Mais ce n’est pas toujours une reussite.

Dans le sud, l’air etait tellement humide qu’on transpirait en permanence. Ici, la sueur s’evapore immediatement. Notre peau reste seche, ainsi que nos vetements. Seule temoin de notre transpiration : les traces de sel sur nos tee-shirt. Apres plusieurs jours, on a l’impression de porter des vetements en carton !

Le nord du Gujarat (suite)

Himatnagar : on se degote un hotel, le seul, ou le matelas ressemble a une bouillotte geante et le ventilateur a un seche cheveux. Dans l’apres-midi, notre sortie est de courte duree. Entre deux abris ombrages, on marche a vive allure. Le soleil nous crame sur place. Au menu ce midi, des chapatis avec une sauce epicee, des oignons crus pour (soi-disant) lutter contre la chaleur et un jus de mangue. On peut en trouver dans tous les villages : il suffit de reperer une tente rouge avec des fauteuils en plastique rouge, une galciere rouge et une bassine rouge contenant une eau douteuse dans laquelle sont "laves" les verres. C’est un peu frugal mais c’est tout ce qu’on peut trouver dans ce genre de villes sans interet. On ne fait rien de la journee. Il fait trop chaud. On ressemble a de vrais legumes, incapables de lire, d’ecrire, de reflechir. On attend que le temps passe, que la nuit arrive et que l’air se refraichisse... en vain : il fait encore 39 degres a 22h.

Ambaji : on a choisi de prendre la direction du Mont Abu, pour prendre de l’altitude et ainsi trouver des temperatures plus clementes. Pour le moment, on lutte comme on peut contre la chaleur. On boit le plus possible, on se mouille la tete et on se badigeonne de creme solaire. Heureusement, il y a souvent des puits sur le bord de la route. Pas question d’en boire l’eau mais ils sont toujours les bienvenus pour se rafraichir. Une petite "ice cream" de temps en temps... mais pas trop souvent. Que l’on cherche une poubelle ou qu’on les donne au vendeur...les papiers d’emballage finissent toujours par terre. Difficile a accepter, meme si un tas dordure s’exhibe toujours a proximite. Et puis on a vu ces gamins, a Himatnagar, qui arpentent les rues avec un gros sac sur le dos. A mains nues, ils trifouillent dans les detritus pour recuperer les papiers, les plastiques ou le verre. Voici le tri selectif ! On en verra souvent sur notre route dans le Rajasthan, debutant leur travail au petit matin. Faire faire le plus sale des boulots a des petits gamins, c’est vraiment degueulasse ! Personne ne semble gene par cet etat de fait et c’est surement ce qui nous choque le plus en Inde.

Passons. Le paysage est plus sauvage, plus joli et on s’eleve jusqu’a Ambaji. La richesse de la ville : le marbre. Les carrieres sont partout et repandent une fine poussiere blanche aux alentours, ce qui accentue la lumiere du soleil. Vite, de l’ombre ! Le repas est decevant (comme toujours depuis Ahmedabad), l’hotel aussi (une nuit a se battre avec les blattes qui viennent jusque dans notre lit) et un reveil ponctue de bruits divers, dont les incontournables crachats. A part ca, Ambaji est une jolie petite ville avec un marche anime et un elegant temple, en marbre blanc, bien evidemment.

Vive le marie !

Deux jours, deux soirees ponctuees par la cacophonie et les decibels d’une ceremonie de mariage. La musique est insupportable, inecoutable. La future mariee defile dans un char, le visage couvert par un voile tandis que le futur marie parade dans un costume digne d’un maharadjah, sur un cheval blanc. Les invites constituent la majeure partie du cortege, portant les cadeaux ainsi que l’eclairage et dansant sur cette horrible musique. Ce doit etre la saison des mariages car on assistera encore a de telles celebrations a Pushkar, a Udaipur,... C’est joli, c’est "exotique" mais on a beaucoup de mal a apprecier a cause du bruit. Maintenant ca suffit... on veut du calme.

Mont Abou

Une petite ville perchee sur un etroit massif montagneux. Pour y acceder : une cote, une vraie (22 km a 5%), agreable, reguliere, a "la fraiche". Ici, c’est toujours relatif. C’est tout de meme un vrai bonheur. La haut il fait seulement 33 degres au plus chaud de la journee. Alors c’est un endroit tres prise par les indiens qui souhaitent fuir, le temps de quelques jours, la chaleur ecrasante de la plaine. Voici a quoi ressemble la vie dans un lieu de villegiature indien :

Les jeunes lechent des glaces au bord du lac, vetus de leurs jeans customises et tee-shirt au style tout droit sorti de nos annees 80, apres avoir fait un peu d’exercice a bord d’un magnifique pedalo en forme de cygne. Des personnes plus agees exhibent leur embonpoint dans des carioles poussees par des beaucoup plus maigres pour atteindre le "sunset point" situe a une minuscule cote et moins d’un kilometre de la... Au marche, ces derniers, hommes enturbannes, femmes aux saris et tablier colores et bracelets blancs sur les bras, vendent leurs quelques legumes ou portent de lourdes charges. Les membres d’une secte tres etrange, vetus de blanc et chausses de baskets font le tour du lac en marchant a vive allure. Les jeunes, vetus de blanc egalement, jouent au criket au petit matin sur l’immense terrain de polo en plein coeur de la ville.

Tout cela nous laisse toujours aussi perplexe. Leur passion pour le criket, leur fascination pour le coucher de soleil, l’existence de sectes toutes plus etranges les unes que les autres (il y a aussi une universite du rire juste a cote de notre hotel), la facon d’exhiber son statut social et d’en abuser, le fait d’accepter de pousser ces gras du bide pour quelques roupies.

Mais l’endroit est paisible et pour une fois, les temples Delwala, situes a proximite nous attirent vraiment. Ils sont entierement sculptes dans du marbre blanc. Lorsque le soleil decline, c’est une vraie merveille. Les sculptures sont d’une extreme finesse et le blanc apporte une agreable sensation de fraicheur.

Sous le regard bienveillant du Mahatma Ghandi

Sur la route d’Udaipur, nous reperons Dewla, un petit village, pour faire une etape. On y mange d’abord un thali, cuisson au feu de bois, sous un toit de feuilles de palme tressees. L’eau provient directement du puits. Elle n’est pas filtree mais reste au frais dans des jarres en terre entourees d’un linge humides et placees a l’ombre. Notre filtre a eau est casse et les pastilles purifiantes ne nous inspirent pas beaucoup plus confiance (leur usage prolonge est deconseille). On verra bien comment reagiront nos estomacs.

Comme il n’y a aucune structure pour nous accueillir, on nous propose (apres avoir quelque peu insiste- les indiens ont toujours du mal a comprendre que des europeens, donc riches, veuillent dormir dans de telles conditions et pas dans un hotel climatise) de nous installer dans une salle de l’ecole primaire. Trois femmes s’occupent de nous. Elles nous installent un matelas et meme des draps dans la "librairie". Au dessus de nos tetes, le portrait de Ghandi, parmi les petits bouquins poses a cheval sur un fil, qui ne cessent de tomber a cause du vent. On passe un bon moment a discuter avec elles, malgre le fait qu’elles ne parlent pas anglais. C’est ce qui est magique dans ces moments la. On se comprend parfois mieux qu’avec des mots precis. On parle du mariage, des relations entre hommes et femmes. Elles nous demandent alors de quelle nature est notre mariage, arrange ou choisi, par amour. A notre reponse, elles sont toute attendries, miment des caresses, nous prenant le bras ou la main et se mettent ensuite a nous parler de leur vie maritale. Avec le sourire, elles nous expliquent que leur mari (qu’elles n’ont bien sur pas choisi) les bat, frequemment... mais cela semble normal pour elles. Ils les frappent, leur tirent les cheveux,... pour ensuite rendre visite a leur 2eme femme ou a leur maitresse. Sur ces paroles, elles nous laissent faire la sieste, nous quittant avec un petit sourire au coin des levres. Elles nous laissent tranquilles,... en amoureux.

En fin d’apres-midi, les hommes jouent au volley sur le terrain de l’ecole. Pour nous, ca ressemble plutot a un badminton a mains nues a 6 contre 8. Plus de surprises, nous sommes en Inde.

A la nuit tombee, nous retournons sous le petit abri qui sert de restaurant pour reprendre un thali. Deux policiers surpris de notre presence ici nous demandent ce que l’on fait ici et ou on va. Ils nous previennent d’un danger, mais on ne comprend pas lequel. Nous avons ete tres bien accueillis et l’ambiance du village nous rassure. Tout le monde sait que nous sommes la, il n’y a aucun probleme apparent. Lorsqu’ils comprennent qu’on passe la nuit dans l’ecole, ils semblent soulages et reprennent la route.

Ce n’est que beaucoup plus tard qu’on comprendra leur inquietude. En effet, cette route en travaux (une 2x2 voies deserte aujourd’hui et bientot achevee, au prix de travaux colossaux qui mangent la montagne) etait une petite route tres frequentee, entre Jodhpur et Udaipur. Les tribus vivant dans le secteur de Dewla arretent regulierement les bus, en pleine nuit, pour depouiller tous les passagers. Paradoxalement, c’est surement un des endroits perdus dans lesquels on s’est sentis le plus en securite en Inde.

A notre depart, on rend les cles de l’ecole a l’une des trois femmes, qui nous salue avec un petit sourire complice.

La beaute, les pieds dans la merde...

Udaipur. Des l’entree de la ville, de superbe demeures blanches se dressent. Nous sommes impatients d’en decouvrir plus. La chaleur etouffante et l’agitation nous assaillent. Comme d’habitude... les motos, les rickshaws, les voitures, les velos... Durant nos petites ballades, on decouvre des batiments splendides, ornes de fresques colorees, des ruelles charmantes. Mais la ville a la tete dans les fils electriques et les pieds dans les bouses de vache et les ordures. Les facades sont souvent en mauvais etat. Alors pour apprecier la beaute du lieu, il faut s’imaginer a quoi Udaipur pouvait ressembler... avant la modernite, avant la surpopulation, avant les vehicules motorises et la pollution. De jour, la vue sur le lac et le lake palace est un peu decevante car nous sommes en saison seche. Le niveau de l’eau est tres bas et la pollution est tres visible, mais cela n’empeche pas certain de s’y baigner ou de faire leur lessive. Par contre, de nuit, le decor est magique. Le lake palace, eclaire aux bougies, scintille au milieu du lac, sur lequel il se reflete. Les belles demeures aux facades blanches et travaillees retrouvent leur beaute sous les eclairages tamises.

On pensait se reposer quelques jours dans cette ville mythique, mais notre deception, ainsi que la lutte permanente pour ne pas se faire arnaquer nous en ont dissuade. La goutte d’eau de trop, fut le fait que tous les gens touchent sans cesse aux velos, des qu’on a le dos tourne. Et vas-y que je change les vitesses, que je serre les poignees de freins... et comme nos bequilles sont fragiles, il finissent par terre a plusieurs reprises... et la sacoche de guidon d’Armelle y laisse des morceaux. Les fautifs (enfants ou adultes) prennent le large, mine de rien... c’est pas moi...Grrrrrrr... on va en lapider un !

Pushkar, autre haut lieu touristique et spirituel nous a permis de nous reposer. La route et la traversee d’Ajmer, la ville la plus bordelique qu’on n’ait jamais traversee, on ete eprouvantes. Tant de connerie et de manque de respect sur la route, ca rend completement dingue. D’ailleurs, un camion a perdu sont retroviseur. Il s’est approche un peu trop pres du drapeau que Ge tendait a bout de bras. Quel dommage !... Heureusement, a Pushkar, c’est la basse saison, nous sommes tranquilles. Le lac et ses abords sont sacres et il y regne une atmosphere paisible, de recueillement. Des sadhus vivent sur les ghats, des brahmanes viennent prier, reciter des mantras et des familles entieres descendent les marches pour se purifier dans l’eau sacree du lac. Tous les batiments qui l’entourent sont peints de bleu ciel, ce qui donne a l’ensemble une certaine harmonie. Pour ajouter au charme de la ville, des chameaux traversent les ruelles. On se paye le luxe d’un hotel avec pelouse et piscine ! A 120 roupies (environ 2 euros), on va pas se priver ! Et on se repose, enfin,... Gerald en profite pour laisser s’exprimer une petite diarrhee. Les restaurants ne se lassent pas de nous vanter la fraicheur de leurs nourriture pour touristes (pizza, pates, salades...) et c’est la premiere fois qu’on tombe malade. Vive le riz dans les bouibouis ! Si on va jusqu’au bout de la visite de Pushkar, c’est comme partout. A une rue de l’artere commercante, il faut prendre garde aux bouses de vaches, aux monticules de dechets, aux vaches qui bouffent du plastique et supporter les odeurs des egouts qui se deversent tout simplement dans le caniveau et passent sous les etals de nourriture. On croise plusieurs fois deux japonaises qui se promenent, toujours en se bouchant le nez.

Le Shekawati : situee au nord du Rajasthan, cette region quasi-desertique nous a transportee. Sur les petites routes, les chameaux y sont plus nombreux que les voitures, le sable et les acacias sont omnipresents, le soleil brule, le calme regne. C’est un autre monde. Les villes comme Nawalgar ou Mandawa possedent de nombreuses Havelis. Ces maisons de riches marchands du siecle dernier sont entierement recouvertes de fresques et donnent un charme incomparable au centre ville. Les gens y sont accueillants et par deux fois, nous sommes loges, puis nourris dans ces magnifiques demeures, a un tarif exclusif. Les gamins qui vivent dans ces maisons ont appris a parler francais, anglais, et proposent une visite guidee. Leurs habitations recelent de veritables tresors. Malheureusement, la chaleur, la poussiere, la pollution et l’absence d’entretien de ces batiments ne laissent pas entrevoir un bel avenir pour ce patrimoine architectural.

Eco-business

Avant d’obtenir les faveurs de gerants de havelis, nous avions tente de planter la tente dans un eco-lodge. Arrivant a velo, nous avions pense que notre moyen de deplacement, ecologique, nous permettrait de camper derriere l’hotel. D’abord, le proprietaire ne nous ecoute pas et nous propose une chambre a 800 roupies. Bon, on repete, on voyage a velo et on voudrait camper. Il accepte... pour 200 roupies, et nous propose un repas a 250 ! Quel enfoire. Utiliser le terme d’ecologie pour s’en mettre plein les poches, c’est vraiment une honte. Ses clients doivent surement arriver en enorme 4x4, avoir la climatisation dans leur chambre et s’extasier devant la bouffe bio. On le renvoie sur ses roses bio et on prend conge.

Rencontre avec des nomades

Dans certains coins du Shekawati, des parcelles de terrain sont destinees a la culture des oignons. Elles sont arrosees en permanence, ce qui cree des carres d’un vert eclatant, entoures de sable et d’acacias. C’est dans ce decor que l’on voit un groupe de nomades, a l’ombre de quelques arbres, non loin de la route. Ils ne possedent que quelques charettes et quelques chameaux, de quoi s’abriter (quelques baches) et cuisiner (quelques gamelles). On s’arrete, esperant passer un petit moment avec eux. Les hommes s’approchent, on entame la discussion. L’un d’entre-eux arrive avec un dromadaire et nous propose de monter dessus. Dans un premier temps, on refuse mais l’homme insiste. Alors Gerald tente l’experience. Ca fait marrer tout le monde. Mais lorsqu’il descend, le proprietaire du dromadaire nous reclame 100 roupies. On rigole moins. Nous sommes un peu decus. Alors on leur explique notre facon de voyager, notre trajet, etc. Ils prennent conscience du fait que nous venons de loin, a velo et que nous essayons de vivre au maximum par nos propre moyens. Ils essayent alors nos montures et on se quitte sur une chaleureuse poignee de main. Malheureusement, les femmes, magnifiques, parees de bijoux et de saris eclatants, sont restees en retrait. On aurait aime echanger, aussi, avec elles.

Circulez y’a rien a voir

Entre deux endroits interessants, la route a ete tres ennuyeuse et nous sommes toujours restes isoles, seuls. L’Inde est tres peuplee mais les contacts sont tres rares... a part "what’s your name", question a laquelle il n’ecoutent meme pas la reponse, l’indifference est reine.

Entre Udaipur et Pushkar, c’est ce qui nous conduira a dormir plusieurs fois dans une cour d’hotel, sous le soleil, dans le vent chaud et la poussiere apres y avoir passe une apres-midi terriblement ennuyeuse. Au petit matin, nous sommes reveilles par les klaxons des bus et on nous montre le chemin de la sortie, sans un mot. Puis on prend la route, ennuyeuse elle aussi, bordee de carrieres de marbres, de chaque cote de la route. Faut rester zen et motive, malgre les klaxons a 5h du mat, les mecs qui s’assoient a 10cm de la tente en pleine nuit pour boire une biere et discuter, le mec qui vient nous demander au petit matin si on voyage a velo (non, en avion, conn...), le mec qui vient garer sa voiture au milieu d’une terrasse de resto et fait pousser nos velos... qui tombent, encore, les bus et les camions qui menacent sans cesse de nous ecraser, etc, etc.

A Pushkar, on a l’ocasion de discuter avec une canadienne, qui voit tout cela d’un autre oeil. Elle oppose la recherche de spiritualite en Inde a notre extreme materialisme, la croyance en la religion a notre croyance aveugle en la science,... C’est interessant mais on n’aura pas l’occasion de developper. On rencontre aussi un couple de jeunes francais, tous frais, qui sont amuses par cette "incredible India"... Nous, ca ne nous amuse plus du tout et on commence a eviter les regards, les questions,...

Retour en pays musulman

Des l’arrivee a Kuchaman, on cherche un hotel. Nous sommes fatigues, il fait chaud et il n’y a personne a la reception. Des nomades tendent la main, les gens nous encerclent en moins de deux... on etouffe ! Alors on sort de la ville. On s’arrete un instant pour discuter de ce que l’on va chercher quand un jeune a moto nous aborde. Derriere lui, un vieil homme en djellaba, portant la barbe et la calotte. Il nous demande ce que l’on cherche et nous amene alors jusque chez lui. Il nous propose un terrain, a cote de sa maison, puis un autre, plus loin mais clos, puis le toit. A chaque fois, on etait prets a s’installer mais ils semblaient embetes de nous proposer que ca. Une fois installes sur le toit, on passe un long moment avec les femmes et les enfants (on n’a pas compris tous les liens de parente des membres de cette famille). On nous assoit, on nous offre du the et une fille fait un joli tatouage au henne sur le bras d’Armelle. On nous propose meme une douche. Apres le repas, prepare au rechaud sur le toit, la pluie se met a tomber. On finit alors par s’installer dans une chambre sur un lit specialement prepare pour nous. Ca nous rapelle de bons souvenirs. Au sein de cette famille musulmane souriante et attentionnee, on se croirait de retour en Iran ou en Turquie. On oublie l’Inde, totalement, l’espace d’une soiree. Et cet agreable moment se prolonge le lendemain matin, autour d’un the au lait, lorsque le chef de famille et son fils aine nous presentent leur travail. Ils tavaillent l’acier pour en faire des couteaux et aussi des eperons, qu’ils exportent aux Etats-Unis. Ils nous offrent meme chacun un petit cadeau souvenir... En Inde ! C’est extraordinaire ! Nous sommes extremement touches.

Celui qui nous a guides hier soir etait en fait un cousin. Nous passons le voir dans sa petite bijouterie a une vingtaine de kilometres. C’est tres interessant mais nous sommes totalement encercles par les badauds. Idem dans la boutique qui est ouverte sur la rue. Les gens s’amassent pour nous voir. C’est tres desagreable alors on ne s’eternise pas.

En 3 briques, tou-tou-tou-tou-tou-tou !

Depuis notre descente du train, a Ahmedabad, les moments passes sur la route sont relativement durs. Ainsi pour abreger nos souffrances, on se lance des defis pour atteindre la prochaine ville ou region interessante. Ahmedabad-Mont Abou : 3 briques, 236 km. Pause. Mont Abou-Udaipur : 2 briques, 171 km. Pause. Udaipur-Pushkar : 3 briques, 292 km. Pause. Pushkar-Nawalgar : 2 briques, 205 km. Nawalgar-Delhi : 3 briques, 274 km. Le Rajasthan, ca a ete 90 km de moyenne journaliere, malgre les plus de 40 degres permanents. Fatiguant.

Les 3 dernieres "briques" ont ete particulierement ennuyeuses. Du plat, du vent de face, le ciel gris, une tempete, des attroupements, de la circulation, des petites villes surpeuplees, identiques et ininteressantes. La seule petite oasis fut la famille de Monoo et Teena a Charki Dadri. Teena, cette jeune fille de 18 ans, nous a aborde depuis sa moto, alors qu’on roulait. Grace a son air sympathique, on lui a repondu (ca fait un moment deja qu’on ignore les "hello-what’s-your-name-where-are-you-going"). Elle se demande ou on va passer la nuit car il n’y a pas d’hotel dans la ville. Alors on lui repond franco : "In your house !?". Elle est un peu surprise et ne sait que repondre. Elle nous propose un parc public. On a beau lui dire que ce sera imposible, elle nous y mene. Ok, elle va vite comprendre. A peine arretes, 50 personnes nous entourent. Alors, tu voudrais camper dans ces conditions ? Euh... Alors son frere nous guide vers un lieu etrange. Un ashram ? Une secte ? Un temple ? On ne sait pas bien. Mais c’est pas grave. On a une chambre avec un lit et une douche, ca suffit. Et on peut fermer la porte pour etre seuls, c’est le principal.

Monoo est etudiant en medecine ayurvedique, Teena finit le lycee. Ils sont ouverts et surtout curieux, alors ils nous invitent a manger chez eux. Leurs parents sont medecins et ont un petit "hopital". La grand-mere de plus de 80 ans nous dorlote, on en apprend un peu plus sur la religion, l’ayurvedie, le mariage... Lorsque la mere entre dans la piece, elle nous fait une enorme impression. C’est une femme forte, sereine, souriante qui nous pose la main, doucement, sur la tete, en nous souhaitant la bienvenue. Le repas est delicieux, la soiree aussi.

Pour se rendre chez eux, Monoo nous a conduits dans sa petite voiture. Nous avons traverse le marche, tres anime bien sur, dans ce petit cocon, ou l’air est frais et la musique douce. Trop facile. Ce petit trajet a velo aurait ete un calvaire, epuisant. L’Inde a velo, c’est pas rigolo.

Merci Lolo

New Delhi : arrivĂ©e le 14 mai apres 113km, accueillis avec le sourire, le pastis et le saucisson. La perfection.

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