L'Asie en Danseuse

Présentation

Inde 1 : Un autre monde (Tamil Nadu, du 19 fév. au 08 mars 2008)

Sans transition

L’arrivée à Chennai se fait d’abord en douceur. Les vélos ont été traités avec soin, ainsi que les sacoches. Tout est là, en bon état. Par contre, dès que l’on met un pied en dehors de l’aéroport, c’est l’explosion de couleurs, de chaleur, de monde, de véhicules, de végétation. Un vrai défilé commence devant nous. Les femmes portent quasiment toutes le sari (longue bande de tissu drapée autour du corps) aux couleurs plus vives les unes que les autres. Sur leur front, un point rouge. Les hommes sont vêtus d’une chemise à manches courtes et d’un lunghi (pièce de tissu enroulée autour de la taille). On a une pensée pour Hossein qui serait outré de voir des hommes en "jupette". Les véhicules défilent, eux-aussi, devant l’aéroport. Voitures, bus énormes, cabossés, bondés, sans vitres aux fenêtres, taxis blancs "ambassador" (ces grosses voitures aux formes arrondies et au style très british), rickshaws jaunes et noirs, motos et vélos. Il y a aussi beaucoup d’arbres, de verdure. Sur la route qui mène au centre de Chennai, on croise un train. Les portes et les fenêtres sont ouvertes ; il déborde de monde.

Et lorsqu’on enfourche les vélos, à la circulation s’ajoutent les piétons, les charrettes tirées par des boeufs, le bruit des klaxons, les vaches plantées au milieu de la chaussée et ... la conduite à gauche ! Il est tôt, on pourrait rouler aujourd’hui pour s’éloigner de la ville mais on est fatigué et on sent qu’on a besoin d’une période d’acclimatation. Tout est si différent de l’Iran. Alors on cherche un hôtel au plus vite pour se laver et se reposer.

La bonne nouvelle du jour, c’est qu’on peut retirer de l’argent, facilement ! Après 10 jours de dépendance financière à Bander Abbas, ça libère !

Chennai (Madras)

7 millions d’habitants. Un mélange de béton et de bâtiments rouges datant de l’époque coloniale britannique. Du monde, de la circulation, du bruit, des ordures, partout. Les caniveaux sont pleins d’un liquide noir et malodorant. Certains indiens marchent pieds nus... A la recherche de pièces de rechange pour les vélos, on découvre plusieurs facettes de la ville. Les centres commerciaux luxueux et climatisés, les quartiers commerçants, très vivants mais aussi les bidonvilles qui s’étalent au bord des rivières polluées et nauséabondes ou encore sur le trottoir, près de la gare. Les habitations sont faites de palmes tressées, de bâches, de tôles, et parfois même de rien. Les gens vivent là, posés dans la crasse avec quelques vêtements et un peu de vaisselle. Les enfants jouent, nus, sur le bord de la route, respirant les gaz d’échappement et supportant le bruit incessant. Même si on s’y attendait un peu, c’est choquant.

Langage, cuisine, paysages

On essaye de s’adapter à cette nouvelle culture mais ce n’est pas si simple qu’auparavant car on a été comme parachutés ici. Nous n’avons pas pu vivre la transition entre l’Iran et l’Inde, entre le moyen-orient et l’asie, via le Pakistan. Il nous faudra une dizaine de jours pour réaliser que nous sommes en Inde. La communication au départ est difficile car l’anglais parlé avec l’accent indien est incompréhensible et la majorité des gens ne parlent que le Tamoul. Le hochement de tête nous laisse tout aussi perplexes. Veut-il dire oui ? non ? peut-être ? je n’sais pas ?... Aussi lorsqu’un indien s’adresse à nous ou nous répond, on se regarde : "T’as compris toi ? euh, non..." Et même le langage des mains, notre dernier recours, est différent. C’est pas gagné !

On découvre aussi la gastronomie du sud de l’Inde. Idli, parotha, masala dosa, paper roast, biriyani, chai, puri, dahl... La liste est longue mais on se familiarise vite avec ces mots car la nourriture est très bonne (même si elle est très épicée) et vraiment pas chère. On ne va pas s’embêter à sortir le réchaud pour cuisiner du riz alors qu’on peut en trouver partout pour quelques roupies seulement. A toute heure, les indiens boivent du "chai", un thé au lait sucré et parfois épicé, servi dans des petites échoppes, sur la rue. Le plat le plus commun est le "meals" ou "thali" : du riz à volonté servi sur une feuille de bananier, accompagné de plusieurs sauces à base de légumes et de lentilles. Economique, consistant et à chaque fois différent. On adopte rapidement. Seul inconvénient : on mange tout ça avec les doigts. Pas de cuillère, pas de fourchette. La savonnette doit toujours rester accessible, avant et après le repas !

Côté paysages, c’est le vert qui domine : cocotiers, banians, rizières et bassins recouverts de plantes aquatiques, dont la célèbre fleur de lotus. L’eau est omniprésente : la mer du Golfe du Bengale, les lagunes, les rivières, les bassins sacrés, les rizières inondées. Les oiseaux sont nombreux et nous accompagnent sur la route : martin-pêcheur d’un bleu éclatant, perruches vertes, aigrettes blanches, cormorans noirs... Enfin, la chaleur est constante. Nous roulons par 33-34 degrés, ce qui nous oblige à prolonger la pause de midi, à l’ombre.

Mamalapuram : un curieux mélange

Notre voisin de "toit", un yogi finlandais aux longues dread locks faisant du macramé.

Des touristes habilles "à la cool" logeant dans un hôtel à 150 dollars la nuit.

Un marseillais en quête de spiritualité... et de femmes. "Ici, c’est la vraie vie !" nous dit-il.

Des marchands et des mendiants qui se font gentiment pousser...

...par des touristes en énorme 4x4 climatisé et aux vitres teintées.

Des occidentales qui se baignent près du temple, en mini-bikini, et se font mater et photographier par les indiens... qui eux se baignent toujours habillés.

Des sexagénaires à la barbe et aux cheveux longs, restés bloqués dans les années 70, et ici.

Le tout dans un village blotti entre la mer et des rochers énormes dans lesquels ont été sculptés des temples, au 7ème et 8ème siècles. Lieux sacrés de recueillement et de méditation...

...où règnent une cohue et un bruit terrible lors de notre arrivée : sono crachant de la musique assourdissante et feux d’artifice à l’occasion du festival de la pleine lune.

Pour l’instant on observe, on constate, en restant un peu à l’écart de toute cette agitation. On se demande comment et pourquoi tous ces gens, si différents, ont tous atterri ici. Que sont-ils venus chercher en Inde ?

Nous, on se fait juste une petite bière pour fêter les 10 000 km. Après 3 mois à l’eau, elle est bien "rentable" !

Heureuse(s) rencontre(s) à Auroville

A quelques kilomètres de notre but, Pondicherry, nous rencontrons Laure, sur le bord de la route. Elle ne tarde pas à nous convaincre de la suivre dans une petite guest-house d’Auroville, à deux pas. Avec Freddy, ils y ont installé leur petit van, près de la plage. Une tasse de thé dans l’herbe, le courant passe, on plante la tente. On se sent vraiment bien. L’endroit est beau, paisible et on se sent vite à l’aise avec les francophones qui ont élu domicile ici. Il y a Nico, le sourire accroché en permanence, Stéphane, le prof de yoga survolté, Marco, le québécois qui nous distrait avec ses chansons et son accent, enfin Laure et Freddy qui nous font partager leurs compositions musicales et leur don pour profiter de chaque instant. Ils sont sur le chemin du retour vers la France, direction le Pakistan, l’Iran... On passe de bonnes soirées ensemble, à discuter, chanter et jouer de la musique. Et c’est confortable, reposant, après plusieurs mois à l’étranger, de pouvoir parler en français.

La communauté d’Auroville

Créée en 1968 par La Mère et Sri Aurobindo, cette cité a pour vocation d’être « le lieu d’une vie communautaire universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités ».

Charte d’Auroville

1. Auroville n’appartient à personne en particulier. Auroville appartient à toute l’humanité dans son ensemble. Mais pour séjourner à Auroville, il faut être le serviteur volontaire de la Conscience Divine.

2. Auroville sera le lieu de l’éducation perpétuelle, du progrès constant, et d’une jeunesse qui ne vieillit point.

3. Auroville veut être le pont entre le passé et l’avenir. Profitant de toutes les découvertes extérieures et intérieures, elle veut hardiment s’élancer vers les réalisations futures.

4. Auroville sera le lieu des recherches matérielles et spirituelles pour donner un corps vivant à une unité humaine concrète.

La Mère, le 28 février 1968.

(Pour en savoir plus : www.auroville-international.org)

L’idée de base nous parait très intéressante. Un lieu spirituel, alternatif à la société du 20ème siècle. Un lieu de recherche, d’éducation, qui respecte la nature de chacun. Un lieu développé en matière d’écologie (2 millions d’arbres ont été plantés, l’eau potable est accessible pour tous, une cuisine solaire fournit plusieurs centaines de repas par jour,...). Enfin, une société qui se veut solidaire (échange de services entre les aurovilliens et aide dans les villages voisins), limitant ainsi les échanges d’argent. Reste le problème de l’intégration à cette société. En effet, pour devenir aurovillien, il faut passer une année de "test" pendant laquelle on doit prouver que l’on est prêt à respecter les règles de fonctionnement et que l’on peut s’intégrer en apportant quelque chose à la communauté. Pendant cette année, les futurs aurovilliens n’ont ni revenu, ni logement. Ce qui laisse supposer qu’il faut avoir de quoi subvenir à ses besoins mais aussi avoir de quoi investir dans la création d’une entreprise et la construction d’une maison. Car toutes les constructions sur le territoire d’Auroville appartiennent à la communauté, non aux particuliers qui les ont bâties.

Il y a aujourd’hui 1800 membres de cette communauté, venus d’une trentaine de pays différents. Parmi eux, nous avons rencontré un français qui vit ici depuis la création et gère une société de filtres pour purifier l’eau. Celle-ci permet l’accès gratuit à l’eau potable pour les Aurovilliens mais exporte aussi ses produits à l’étranger. Ce n’est donc pas un repère pour hippies venus trouver refuge en Inde pour fumer des pétards à l’ombre des cocotiers ! C’est un vrai projet utopique de société.

Pondicherry, ancien comptoir français des Indes... et ville indienne, aussi.

L’atmosphère y est vraiment particulière. On y trouve une promenade de bord de mer animée et interdite aux voitures, un quartier paisible aux larges rues bordées de murs colorés et de bougainvilliers d’un rose éclatant, des plaques écrites en tamoul et en français et des policiers en habit kaki et portant un képi rouge.

Dans un quartier plus populaire, des enfants jouent à la pétanque. Autour d’eux, les petites maisons aux toits de tuiles devant lesquelles sont dessinés des kolams (formes géométriques dessinées à la poudre de riz, sur le seuil, pour porter bonheur).

L’ashram de Sri Aurobindo (co-fondateur d’Auroville, avec La Mère) est implanté au coeur de la ville. Un ashram est un lieu d’éducation spirituelle, retiré de l’agitation du monde. Les adeptes y suivent les enseignements d’un gourou, pour se détacher du monde matériel et atteindre... (quelque chose qui nous échappe encore)

Non loin de là, devant un temple hindou, un éléphant récupère des pièces de monnaie en l’échange desquelles il pose sa trompe sur la tête du généreux donateur, pour lui porter bonheur. Gérald a tenté l’expérience ; c’est impressionnant. Devant le temple se suivent des boutiques d’offrandes. Fruits (bananes et noix de coco), colliers de fleurs de jasmin (à l’odeur envoutante), encens, bougies...

De l’autre côté du canal, on retrouve l’Inde. La cohue des gens, des motos, des klaxons, des voitures et des vélos, les vaches qui se nourrissent dans les poubelles, la crasse par terre, des bâtiments en béton, des dizaines de personnes qui dorment dehors, à même le sol, sur le trottoir...

Il y a donc plusieurs mondes qui se côtoient ici. Mais l’ambiance générale est vraiment agréable. On se sent bien dans cette ville. Et grâce à Monique, rencontrée à la librairie française, on passe une nuit sur le toit de son immeuble, avec vue sur la mer.

Yoga, méditation, hindouisme et touti quanti

Toutes ces notions sont encore floues pour nous mais éveillent notre curiosité. Le yoga, la méditation, les ashrams, les gourous, le nirvana, la réincarnation, l’hindouisme... on ne sait pas encore tout à fait ce que c’est. Mais ce qui nous interpelle, c’est que la vie quotidienne actuelle des indiens semble à mille lieues de ces principes et pratiques spirituels que l’on associe au calme, à la sérénité. Autour de nous, ce n’est que bruit, mauvaises odeurs, saleté et agitation perpétuels. Qui médite ? Qui pratique le yoga ? Est-ce réservé aux adeptes des ashrams et aux occidentaux venus en Inde ?

Tèm-pel, tèm-pel

Les indiens que l’on croise n’ont que ce mot à la bouche. Ils sont très fiers de leurs temples. Mais on va vite s’en lasser. D’abord, on ne comprend rien. On nous impose d’enlever nos chaussures alors qu’à l’intérieur, c’est dégueulasse. Les vaches y déposent leurs bouses, le sol est crasseux, collant et il y a parfois même des eaux usées qui circulent.

Il y a aussi de la musique assourdissante, parfois très tôt le matin ; des gens qui vont et viennent d’une divinité à l’autre (il en existe 330 millions !!!), qui tournent autour des piliers ou parfois même se roulent par terre, joignent leurs mains au dessus-de la tête, déposent des pigments sur les divinités sculptées dans les piliers, habillent celles qui sont placées dans des niches, font brûler des bougies.... des cérémonies ambulantes étranges se déroulent à toute vitesse. Bref, c’est un vrai bazar. Autour de nous les gens s’agitent et à la sortie, on nous réclame de l’argent avant de nous rendre nos chaussures.

On en visitera plusieurs et ce sera toujours le même cirque. Chaque indien vient vénérer son "pokémon" préféré, à sa façon, à toute vitesse, et s’en retourne aussi sec dans la rue.

Alors au bout d’un moment, quand on nous interpelle, " tèm-pel, tèm-pel !" on passe vite notre chemin. C’est bon, on a vu.

Hindouisme et société indienne

L’hindouisme est-il basé sur une vrai croyance, sur des valeurs morale ou est-ce seulement une pratique dogmatique, de simples superstitions ? Car on ne distingue pas les valeurs de la société indienne. Tout le monde va au temple, appose son petit rond de pigment rouge entre les yeux, fait des offrandes à son pokemon préféré, mais en dehors, sur la route, dans les villes, les villages, le chacun pour soi semble régner en maître. Et parfois même la loi du plus fort. Le système des castes, encore bien ancré, engendre un état de fait quant à la condition de chacun, que personne ne remet en cause. Il plane une impression de mépris des castes élevées envers les basses castes. On ne se mélange pas, on ne se regarde pas, on s’ignore. Les travaux les plus ingrats sont réservés aux intouchables et parfois même à des enfants et cela ne semble choquer personne.

Brahma, Vishnu, Shiva, Krishna, Ganesh et compagnies sont sans cesse invoqués pour les protéger. A partir de là, tout va. Chacun accepte sa condition (bonne ou mauvaise), le monde tel qu’il est... mais ne fait rien pour changer les choses. Pour nous, c’est difficile à concevoir. Dans ces conditions, comment la société indienne peut-elle évoluer ?

Le SCAD

Dernière étape avant la pointe sud de l’Inde. Nous sommes accueillis au S.C.A.D. (Social Change And Development). Ce centre a été créé par un prêtre, il y a 23 ans. Celui-ci a laissé tomber sa vie confortable d’ecclésiastique pour se mettre réellement à l’écoute des villageois, connaitre leurs réels besoins et ainsi les aider, concrètement. Au fil des ans, il a réussi à mettre sur pied un centre qui agit aujourd’hui dans tout l’état du Tamil Nadu et dans de nombreux domaines : hébergement et éducation des enfants présentant des déficiences physiques ou mentales, des orphelins du tsunami de 2004, des enfants de parents lépreux. Il aide aussi les agriculteurs et les pêcheurs à faire face aux catastrophes naturelles, les femmes (dont la vie est extrêmement difficile dans le monde rural), il replante des arbres,etc,etc. Son champ d’action est très large et il parait très efficace.

Nous avons été très bien reçu et nous avons pu rencontrer les enfants qui y vivent, ainsi que les éducateurs. Dans le village voisin, l’ambiance était tout aussi sereine qu’à l’intérieur du centre. Il semble qu’ils aient une grande influence sur les villageois et on sent bien les répercussions positives. Moins de pollution, moins d’agitation, plus de respect entre les gens. Si seulement cela pouvait se généraliser. On déplore le fait que ce genre d’action provienne toujours d’initiatives personnelles. Car il ne faut pas compter sur le gouvernement pour s’occuper de ces problèmes là. Le social, c’est vraiment pas leur truc... En revanche, en Inde, chacun est libre de créer de nouvelles structures d’aide, ou de développer de nouvelles idées, de nouvelles communautés comme Auroville, qu’elles soient utiles, utopiques, farfelues...

Le site internet du SCAD est en anglais mais il est très bien fait. Avec un petit traducteur, vous pourrez avoir des infos plus précises sur leurs actions et sur les problèmes à résoudre en Inde, ainsi que leur origine.

Kaniyakumari, le bout de "l’autre monde"

Tout un poème... cette fameuse pointe, à l’extrême sud de l’Inde, ou se rencontrent l’Océan Indien, la Mer d’Arabie et le Golfe du Bengale... cet endroit d’où l’on peut voir à la fois le lever et le coucher du soleil...

On s’attendait à quelque chose de reposant, de serein, d’apaisant. Au coucher du soleil, ça va. Il y a du monde mais c’est tranquille. Mais nous avons eu le malheur de choisir un hôtel situé à quelques mètres seulement du temple. A 4h30 du matin, une musique religieuse poussée au maximum nous tire de notre sommeil. Et ça dure... alors Gérald se dit que c’est l’occasion de voir le lever du soleil. Il ne s’attendait pas à voir des dizaines, des centaines d’indiens s’activer aux abords du temple et de la côte. Toutes les boutiques sont ouvertes et la foule s’amasse déjà face à l’Est. On se bouscule pour avoir une meilleure vue, on s’entasse sur les rochers. Pourtant, il va falloir encore attendre une bonne heure et demi avant de voir apparaitre le soleil. Alors il va chercher Armelle. Il faut qu’elle voit ça. C’est pas croyable, pas imaginable ! On se croirait à un concert de rock ! Vers 5h30, ils sont des milliers à attendre, à guetter son apparition. On hallucine et on se demande surtout si c’est comme ça tous les jours où si il y a quelque chose de particulier aujourd’hui. Les vendeurs de thé, cartes postales, coquillage et autres babioles sillonnent la foule. Lorsqu’il apparait, enfin, tout le monde s’extasie "Ohhhh, Ahhhh, Ouais !" ou applaudit... et s’en retourne aussitôt à ses occupations. En 5’, l’endroit est déserté !

Mais qu’est-ce qu’est qu’ce truc ? C’est des malades !?

Bon, allez, on va s’recoucher.

Et nous dans tout ça ?

Nos vélos sont l’attraction. Les "gear cycle" ça court pas les rues en Inde. Tous les vélos n’ont qu’une vitesse, ce qui fait qu’on n’en trouve que dans les régions plates. Pas moyen de grimper, surtout quand le vélo est chargé à bloc (bidons, gamelles, noix de coco,...). Même les cyclo-rickshaws en ville n’ont pas de vitesse. Les conducteurs sont obligés de monter sur les pédales, d’y mettre tout leur poids (50 kg en moyenne, c’est pas lourd) pour tracter les grosses feignasses qui ne veulent pas marcher. Mais pourquoi n’y-a-t il pas de vélos à vitesses ? Juste 5, ils en baveraient moins... Ça nous dépasse. Ça doit pas être si cher !

Les gens nous observent, mais plutôt de loin. On nous laisse tranquille mais on ne s’intéresse pas vraiment à nous. Les questions se limitent à "What’s your name ?" (très important) et "Where from you ? (leur anglais est souvent approximatif). Mais après, rien. On peut circuler. On nous tolère, mais on ne nous respecte pas vraiment. Sur la route, il faut laisser le passage au plus gros et au plus bruyant. Descendre dans le fossé pour ne pas finir en bouillie. Et les rencontres, les vraies, on les attend toujours.

1er campement

Malgré les mises en garde concernant le camping sauvage en Inde, on a voulu tenter l’expérience. Car ça fait plus de 15 nuits que l’on passe dans des hôtels miteux et bruyants, tous les deux, sans jamais rencontrer personne. On savait qu’il y aurait du monde autour de la tente, qu’on nous observerait sans mot dire. Mais ça n’a pas été si terrible. Les femmes du voisinage nous ont aidé à choisir un endroit sûr (éviter la proximité d’un cocotier) et se sont intéressées à notre équipement. Le filtre à eau, le réchaud, la popote, etc. Une bonne dizaine de personne nous a observés toute la soirée. On a eu la patience parce que c’était la première fois, mais on ne sait pas si on renouvellera souvent l’expérience...

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