L'Asie en Danseuse

Présentation

Iran 5 : C'est par ou la sortie ? (du 04 au 18 fev. 2008)

Objectif Bander Abbas

A la sortie de Shiraz, il nous reste maximum 10 jours pour atteindre Bander Abbas. On veut y etre une semaine avant la fin de notre visa pour obtenir celui de l’Inde et trouver une solution pour sortir du territoire iranien. On espere encore trouver un cargo qui accepterait de nous embarquer a son bord en direction de l’Inde. C’est ce qui correspondrait le mieux a notre rythme, a notre facon de voyager. Nous ne pourrons pas vivre la transition via le Pakistan alors le bateau nous permettrait de prendre le temps de laisser l’Iran derriere nous avant d’aborder l’Inde qui nous parait si differente. L’avion, lui, ne nous attire pas du tout. Trop rapide, trop polluant, trop risque pour les velos entasses dans les soutes et trop cher (l’excedent de poids risque d’etre surtaxe). Et il faut dire que l’argent commence a nous preoccuper car nos reserves s’amenuisent. Il est impossible d’en retirer, alors on ne pourra peut-etre meme pas acheter un billet d’avion.

On choisit donc un itineraire court mais par des routes secondaires pour eviter les camions. Les journees de velo vont etre longues alors autant essayer de se faire plaisir. Et puis le froid, le voile, le pain carton, le portrait de Khomeini (qu’on nous presente chaque jour comme si on ne le connaissait pas), les lignes droites, les questions... on sature !

Du coup, c’est en 7 jours et 675 km qu’on arrivera a Bander Abbas. Le paysage passe des montagnes "plissees" aux longs plateaux desertiques. La vegetation se concentre autour des zones irriguees. Des oasis de verdure, au milieu des cailloux, existent grace aux pompes qui rythment nos journees. Peut, peut, peut, peut, peut.... Citronniers, orangers et palmiers puis tomates, courges et piments a l’approche de la cote. La faune n’est pas plus importante qu’auparavant. Il y a toujours ces petits oiseaux dodus (peut-etre les seuls a avoir resiste a l’hiver) et c’est tout. Des panneaux nous avertissent de la presence de dromadaires mais le seul qu’on voit est raide mort au bord de la route. Au moins, scruter l’horizon a la recherche de ces animaux exotiques, ca fait passer le temps.

Voila l’ete, voila l’ete, voila l’ete ohe !

Depuis deux mois nous roulons sous des temperatures hivernales. Mais a partir du moment ou l’on quitte Shiraz, on gagne un mois par jour.

  • Shiraz, 2-5 degres = janvier
  • Firuz Abad, 4-8 degres = fevrier
  • Qir o qarzin, 8-14 degres = mars (1er camping sous les citronniers)
  • Khonj, 11-16 degres = avril (2eme camping sous les palmiers)
  • Lar, 11-18 degres = mai
  • Harmud, 14-20 degres = juin
  • Dargour, 20- 25 degres = juillet (3eme camping )
  • Bander Abbas, 25 degres.

On peut enfin camper ! Aaaaaahhhh, ca fait du bien. On est autonomes, tranquilles, on retrouve notre tente, nos petites affaires, on peut faire notre popotte, on s’endort sous les etoiles et il fait bon. On est si heureux que l’abri d’un petit bosquet a 200 m de la route finit par nous suffir pour etablir notre campement. Les joies du pique-nique refont aussi leur apparition. Au bord d’une riviere, a l’ombre d’un reservoir d’eau ou d’un arbre (meme s’il y en a peu), on prend le temps. Fini les pauses barre chocolatees expediees en 2’ a cause du froid.

Une petite cure de jeunesse

A Firuz Abad, il faisait encore bien froid pour camper. Des etudiants a la veille d’un partiel d’informatique nous acueillent. Pour la periode des examens ils disposent (par une connaissance) d’une maison vide dans laquelle ils peuvent reviser tranquillement. Il y a le strict necessaire : une douche, un poele, un rechaud. On a peur de les deranger mais ils semblent heureux de nous offrir l’hospitalite. Cette nuit, ils ne vont quasiment pas dormir pour preparer leur partiel. Demain a 8 heures, c’est le dernier. Apres cela, a 9h, ils seront libres. Ils nous proposent alors de les rejoindre a l’universite. On y va avec les velos charges, prets a prendre la route apres la visite. Gerald entre sans probleme, comme tous les garcons. Armelle doit passer dans une petite piece ou on l’affuble d’un seyant chador noir. C’est la tenue reglementaire. Elle a l’air d’un pingouin avec cette tenue. Sous escorte, nous faisons le tour du campus avec les etudiants. Au gymnase nous faisons la connaissance du prof de sport, un ancien lutteur professionnel (un beau bebe d’ 1.95m). Ca fait a peine 10’ qu’on discute avec lui et il nous offre un guide de francais-farsi sorti d’un fond de tiroir, avec delicatesse, malgre ses mains de bucheron. Les etudiants quant a eux, nous offrent de quoi manger pour la journee : du pain et des oranges (delicieuses). Ils sont dingues ces iraniens ! On quitte la ville, entoures par nos 6 etudiants, sur 2 motos, chantant, criant et gesticulant. C’est genial !

Derniere ligne droite

A l’approche de Bander Abbas, on retrouve les routes bondees, les klaxons et les camions. Ces derniers nous font la plus belle frayeur jamais vecue en Iran. Deux enormes camions, lances a pleine vitesse, nous frolent alors que nous roulons tout contre la rambarde de securite. Au moindre ecart, nous aurions pu etre reduits en bouille. Armelle craque, laisse tomber son velo un peu plus loin et ramasse des pierres pour les balancer sur ces p... de camions. C’en est trop ! Ils nous ont vraiment pourri la vie dans ce pays.

Bander Abbas est une ville portuaire desagreable, moche, polluee et qui veut prendre des airs de Dubai en construisant des malls (enormes centres commerciaux) a proximite de la mer. Ca ne nous donne pas vraiment envie d’y sejourner mais on n’a pas le choix.

Une prison doree...

Tous les hotels bon marche sont complets (demain c’est la fete nationale) et le seul contact qu’on avait par Ivan et Amelie ne veut plus nous heberger. Nous sommes sur le trottoir, il fait nuit et on cherche une solution. C’est a ce moment qu’Hossein nous aborde et nous vient en aide. Il nous conduit la ou travaille son fils, pres d’un parc. On pourra y mettre la tente ou dormir dans un local. Pour ce soir, c’est parfait. Ca nous laisse le temps de trouver une solution pour les jours suivants.

Mais les conditions pour sortir du pays ne sont pas simples.

  • Il n’y a pas de bateau de fret pour l’Inde. En Iran, il est interdit pour des particuliers d’embarquer a bord de ce genre de bateau. Ailleurs, c’est possible...
  • donc il faut acheter un billet d’avion au depart de Dubai (beaucoup plus economique et avec de multiples destinations en Inde)
  • payer le bateau pour aller a Dubai
  • payer le visa indien
  • et payer les depenses de la semaine a Bander Abbas.

Conclusion : il nous est impossible de payer l’hotel... Hossein nous invite chez lui.

Nous serons loges, nourris, blanchis dans une maison confortable. Le personnage est tres serviable mais tres difficile a supporter. Il nous tient par les c... alors il en profite pour faire de la propagande pro-islamique, pro-Khomeini, nous parle de la souverainete et de la force du peuple iranien contre l’"ennemi" americain et l’occident en general. Il va falloir supporter cela pendant une semaine. Ca va etre tres, tres dur...

Et comble du "pas de bol", on s’installe chez lui le jour meme de la celebration des 30 ans de la creation de la republique islamique par Khomeini. A la tele, les images des millions d’iraniens defilant et chantant a l’unisson, le poing leve et scandant des slogans anti-americain le remplissent de joie et de fierte. Brrrrr, nous ca nous fait froid dans le dos.

Et ce n’est que le debut !

Il nous accompagne partout pour faire les demarches, parle a notre place, nous donne des conseils (jusqu’a nous demander de remercier nos interlocuteurs !!!), passe des coups de fil, prend des initiatives sans nous en parler et on en passe. Au debut, on se bat pour se debrouiller seuls, mais c’est un combat de chaque minute. Nous sommes vite fatigues et nous ne voulons plus entrer dans son jeu. Accelerer le pas pour etre le premier a entrer dans l’agence, parler plus vite pour pouvoir s’adresser directement a l’hotesse ou au consul (on ne parle pas couramment le farsi mais depuis 2 mois, on a survecu...), refuser sa voiture et vite enfourcher les velos (car il craint qu’on ne retrouve pas notre chemin), ecouter ses affirmations (fausses) sans broncher. E-pui-sant. Etre consideres comme des gamins de 5 ans ou des attardes mentaux, ca use. On veut sortir !

Mais sortir de l’Iran, ce n’est pas une mince affaire ; contrairement a ce que nous affirme Hossein. Ce pays si magnifique, organise, productif.... Il n’empeche que les bateaux pour Dubai sont tous annules, qu’il nous est impossible de retirer de l’argent et que le seul avion (trop cher) est a destination de Delhi, le seul endroit en Inde que l’on aimerait eviter.

Les demarches pour obtenir les visas, trouver un bateau pour Dubai et trouver de l’argent prennent toute la semaine. Tout cela est deja assez stressant car la limite de validite du visa approche. Mais ce n’est rien compare a ce que nous fait subir Hossein a longueur de journee : sa propagande, ses affirmations affligeantes, sa suffisance envers sa femme et ses enfants, sa foi a la limite de l’integrisme religieux. La plupart du temps, on le laisse parler. Mais il y a des choses sur lesquelles on ne peut s’empecher de reagir.

On n’va quand meme pas le laisser dire !

Lors d’un pique-nique en famille, un soir, sur le rond-point de l’aeroport -oui, oui, sur le rond-point de l’aeroport - il ose dire que les femmes sont libres dans son pays. Alors Armelle commence a remonter ses manches et enleve son voile. Nous sommes dans un lieu public ; il devient bleme. Il precise "a certaines conditions"... Par exemple, les femmes n’ont pas le droit de chanter a la tele, et plus generalement en public. Pour ce qui est de l’explication, on attend toujours.

Autre discussion concernant la population iranienne. Il est fier de dire que depuis la revolution islamique, la population iranienne a double (sur qu’en abaissant l’age legal du mariage a 9 ans et en faisant une forte politique nataliste, ca peut avoir des effets). Armelle lui demande alors si c’etait pour avoir plus de gamins de 12 ans a faire sauter sur les mines pendant la guerre Iran-Irak. Il repond qu’ils etaient un peu plus ages... et change de sujet.

Il affirme aussi que la presse et la television sont libres (sur 7 chaines : 4 chaines religieuses, 1 chaine d’info, 1 chaine de sport et 1 chaine de programmes pour enfants, en gros). Mais nous savons de source sure que tout cela est faux. L’Iran est l’un des pays les plus controles par le pouvoir. Meme internet est controle. Alors que nous cherchions des images des femmes qui portent un masque a Bander Abbas (en plus du chador), nous avons constate que la plupart des sites traitant de la condition de la femme en Iran etaient bloques. Nous lui faisons alors part de cette nouvelle et lui demandons pourquoi bon nombre de realisateurs, ecrivains, chanteurs et journalistes ont obtenu l’asile politique en occident... Pas de reponse.

De toute facon, on ne connait pas le coran, alors on ne peut pas comprendre. Et meme si on trouvait une traduction en francais, on ne pourrait pas en saisir toutes les subtilites. Il nous semble pourtant qu’Hossein ne parle pas couramment l’arabe ; il a donc du lire le coran en farsi... Bref. Si on comprenait le coran, on se convertirait. Car Allah est grand, il a tout cree et tout anticipe quant a l’evolution du monde, de l’homme, de la societe,etc.... Pour finir de vous decrire le personnage, il s’est vante plusieurs fois d’avoir converti plusieurs familles a l’islam lorsqu’il vivait a San Antonio, Texas, USA dans les annees 70. Il etait alors militaire dans la marine...

Un peu de positif

Sa femme Gila, a ete adorable, a fait d’enormes efforts pour essayer de parler en anglais. Sa fille, Mariam, a pour sa part utilise le guide francais-farsi avec succes. Majid nous a fait partager son amour pour la glace au jus de carottes et le violon. Reza, l’aine, plein de bonne volonte, etait malheureusement sous l’influence ecrasante de son pere.

Gila nous a fait decouvrir la vraie gastronomie iranienne et nous a reconcilies avec celle-ci. Majid nous a joue du violon et s’est procure une guitare pour que Gerald puisse jouer. Enfin, nous avons fait un repas francais qu’ils ont apprecie et une soiree crepe. Reza s’est revele tres competent pour les faire sauter. Il fallait bien essayer de detendre l’atmosphere !

La sortie

Nous etions trop courts au niveau de l’argent, et notre ultime tentative pour trouver des euros a changer aupres d’un francais a Bander Abbas a echoue. Nous avons du accepter l’argent d’Hossein... Nous voici a 6h du matin, le 18 fevrier (la veille de la date limite du visa), sur le bateau qui va nous emmener a Dubai. Un enorme catamaran, vide. Enfin de la tranquilite, enfin du repos, enfin de la liberte. Mais pour l’instant, Armelle doit garder son voile ; nous sommes sur un bateau iranien.

Dubai

A l’approche des cotes des Emirats Arabes Unis apparaissent les plates formes petrolieres. Sur le pont du bateau, un homme vetu de blanc avec le cercle noir sur la tete ne lache pas son portable. Nous voici au pays de l’or noir. Les tours gigantesques, toujours plus hautes les unes que les autres se profilent a l’horizon.

A la douane, on nous demande de regarder dans une machine. Celle-ci va nous scanner les yeux. C’est inacceptable ! Limite humiliant... mais on veut passer cette derniere barriere, on veut entrer dans un autre pays, autre que l’Iran, alors on n’a pas le choix.

Direction l’aeroport pour avoir des informations concernant les vols. Nous sommes dans un autre monde. Tout est clean, taille au carre, luxueux. Les voitures sont enormes mais silencieuses, les conducteurs respectent les feux et les priorites, ne klaxonnent pas. On croise des gens des quatres coins du monde. Les boutiques de luxe de succedent ainsi que les bars et les cafes (ca fait deux mois qu’on n’en a pas vu !). Le revers de la medaille, on peut quand meme l’apercevoir : plusieurs bus remplis de travailleurs pakistanais (?) nous doublent. Nous savons que leurs conditions de travail et de vie sont loin de cette "vitrine".

Au guichet de l’aeroport, on se fait quand meme le luxe de choisir notre destination a la derniere minute. "Alors cherie, quelle destination ?" Colombo ? Trivandrum ? Madurai ? Chennai ?....

Chennai ! Pour faire le tour de l’Inde, passer a Pondichery, au Kerala, a Bombay et si possible continuer notre periple par la terre... par le Nepal ? le Pakistan ? La Chine ?.... On verra. Pour l’instant, ce qui compte c’est qu’on a enfin quitte l’Iran (le noir, les paysages desertiques, le conditionnement, le voile, le pouvoir islamique,etc)

Avec un peu de recul

Nous ecrivons cet article depuis le Rajastan, en Inde. Cela fait plus de 2 mois que nous avons quitte l’Iran, faches. L’hiver a ete tres rude et les derniers jours insupportables. Mais avec un peu de recul, ce sont les choses positives qui nous reviennent. La beaute des villes, l’hospitalite, la gentillesse, l’ouverture des gens. Ils nous ont tellement donnes ! Et si nous pouvons un jour y retourner, ce serait avec un grand plaisir... mais pas en hiver !!!

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