L'Asie en Danseuse

Présentation

Iran 4 : Detour par Yazd (du 22 janv. au 3 fev. 2008)

Fini les "montagnes plates", la sortie d’Ispahan annonce la traversee du desert en direction de Yazd. Il y a une grosse route qui nous permettrait de l’eviter mais elle est plus longue, et on veut etre un peu plus tranquilles, s’eloigner des camions et de leur pollution. Ca commence plutot bien car la temperature depasse enfin le 0 degre et on observe pleins d’oiseaux qui vivent au bord du canal qui longe la route. Il y a aussi de vrais panneaux indicateurs, ceux qui vous donnent une direction et meme un kilometrage. On les avait presque oublies ceux-la car la plupart du temps, ils sont remplaces par des inscriptions a la gloire de dieu ou vous indiquent la direction de la Mecque. Ce qui fait rarement notre affaire.

Telecommunications

Avant d’entamer la traversee du Dasht (desert) on passe la nuit chez un agriculteur. Sa femme fait des tapis persans de 2m x 3m. Il lui faudra 10 a 12 mois pour l’achever. Dans sa cour, une parabole pour recevoir plus de 1200 chaines par satellite. C’est interdit en Iran, mais on rencontre plusieurs personnes qui en possedent une. Pour nous faire plaisir, il fait apparaitre Julien Lepers, qui nous accompagne pendant un moment de la soiree. C’est etrange. Mais que peuvent-ils regarder, eux ? Surement pas "questions pour un champion" ! Toutes ces chaines sont en langue etrangere, or ils ne comprennent meme pas l’anglais. On a bien une petite idee de ce qui pourrait les interesser... mais on ne l’a jamais constate par nous-meme. Il possede aussi un telephone portable grace auquel on se fait, encore, enregistrer, filmer et photographier sous toutes les coutures. C’est sympa mais ca commence a devenir agacant.

"Quand t’es dans le desert,..."

La traversee du petit desert qui se situe entre Ispahan et Yazd devrait durer 2 a 3 jours. Nous avons fait le plein d’eau, comme nous l’ont conseille les habitants, et de nourriture. Mais de toute facon, des villages sont indiques sur la carte, donc ca ne devrait pas poser de probleme. Les premiers tours de roue sur la piste nous enchantent. Il fait bon, l’experience est nouvelle, excitante. Mais le vent tourne, le ciel se couvre, la grele se met a tomber et a nous fouetter le visage. Le village annonce a 30 km n’existe pas. Il y a juste un panneau "Wet Land" qui indique la presence d’un lac sale. A 35 km, toujours rien a l’horizon, et pourtant on voit loin dans le desert. La nuit commence a tomber et l’inquietude a monter. C’est alors que Gerald apercoit des petites taches distinctes dans la grisaille du paysage. Alors on continue a avancer. Sur le bord de la piste se trouvent quelques camions, une paykan et un prefabrique. Visiblement, il y a du monde a l’interieur. Les ouvriers du chantier nous invitent immediatement a entrer et a prendre le the. Il fait de plus en plus froid, c’est la fin de journee, ils se sont mis a l’abri, pres des petits rechauds a gaz pour se rechauffer. Une dizaine d’homme est entassee dans ce petit espace. De jeunes baloutches (les hommes a tout faire, venant du Baloutchistan, la region frontaliere avec le Pakistan et l’Afghanistan), des hommes de Yazd, d’Ejieh se retrouvent a travailler ici, pour transformer la piste en route. Mais ou est-on exactement ? Ou se trouve le village qui etait indique sur la carte ? Jasem ecarte le rideau et nous montre une construction en terre a moitie enfouie dans la terre. C’est un reservoir d’eau. Le lieu s’appelle Ab Anbar, c’est ce que l’on avait sur notre carte... Alors ils nous invitent a passer la nuit avec eux. Ils ne seront plus que 5 ce soir, il y aura assez de place pour nous. On hesite un peu car ils nous parlent aussi d’un "chateau" a 7 km, et puis Armelle ne se sent pas forcement tres a l’aise parmi tous ces hommes. Mais on ne comprend pas bien ce qu’est ce "chateau" et puis avec le vent de face, on y arrivera surement de nuit. Ici on est au chaud, il y a a boire, a manger, et apres avoir passe un moment avec les ouvriers, on se sent en securite. On reste. Dans la soiree, 3 hommes fument de l’opium (ils finissent par etre bien attaques), le baloutche fait des aller-retour dans le froid pour faire la cuisine et la vaisselle, le dernier entretien son camion. On mange tous ensemble, Jasem nous fait rire. C’est lui qui installe ensuite le couchage. A 7 dans un container, il faut s’organiser. Armelle s’installe tout au fond, entre la paroi et Gerald, pour s’isoler un peu... Lorsqu’on s’endort, le vent souffle toujours tres fort.

Avant de reprendre la piste, toujours dans le froid et contre le vent, Jasem veut nous montrer les flamands roses qui vivent sur le lac sale. Comme nous ne sommes pas vraiment presses d’en baver sur nos biclous, on accepte. Mais on se demande vite si on ne va pas le regretter. Notre chauffeur fait le malin au volant de sa paykan pourrie. A 100 km/h sur la piste en tole ondulee, il fait la course avec son collegue qui conduit un camion. Ce dernier klaxonne a proximite des flamands... qui s’envolent, forcement. Le retour est identique malgre nos "Yavas, yavas !" (doucement, doucement).

Ce n’est que le debut d’une longue journee. Le "chateau" annonce a 7 km ne pointe toujours pas le bout de son nez apres 18 km de piste, droite, sur laquelle il y a de plus en plus de neige. Le seul abri que l’on ait vu depuis hier se trouve a quelques pas. On en profite pour faire une pause cafe. Ca fait deja 2 heures qu’on roule, face au vent, a 9km/h. Dans la neige qui s’est engoufree dans l’abri, quelques oiseaux morts de froid et des traces de pas de loup. La neige se met a tomber a gros flocons. La piste se separe en trois, sans aucune indication. Comment va-t-on faire pour trouver ce p... de chateau ? Quand est-ce qu’on va retrouver le bitume ? Combien de temps va durer cette plaisanterie ?

Un bruit de moteur s’approche. A part les vehicules du chantier, c’est le premier qui passe sur cette piste depuis hier matin. Armelle sort de l’abri pour leur faire signe. Ils devraient pouvoir nous indiquer la piste a suivre et elucider le mystere du chateau. Ils ne sont pas d’accord sur la distance, mais il se trouve a environ 20 kilometres ! Puis, pour rejoindre le premier village a proximite de la route, il ya encore 30 kilometres de piste... Le trajet parait difficile a realiser dans de telles conditions (neige, vent, froid, intersections sans indications) et Youssouf et Hossein nous proposent de mettre les velos dans le coffre et de nous emmener. On ne tarde pas a donner une reponse positive pour eviter ce qui aurait ete une belle galere. Car la piste se deteriore : de plus en plus d’ornieres, de boue, de neige... et ca grimpe. Les 2 velos tete-beche par dessus les bagages dans le coffre de la paykan, les orteils encore et toujours geles, on se rejouit d’avoir rencontre ce duo.

Il nous mene jusqu’au chateau. C’est la que l’on pensait, initialement, passer notre premiere nuit dans le desert. Mais ce n’est qu’un grand caravanserail en ruines, balaye par le vent et la neige, au milieu de nulle part. Seul un berger y habite. Dans un angle sont entassees toutes ses affaires. On ne sait meme pas si il a une piece fermee pour s’abriter. On est bien contents d’etre restes dans le container la nuit derniere... Notre bonne etoile est toujours la.

Un petit feu allume dans un coin du chateau pour se rechauffer et nous voila repartis pour la suite de la traversee du desert. Nous sommes de plus en plus inquiets car la piste est de plus en plus chaotique et encaissee, la neige frotte sur le bas de caisse et Hossein a tendance a accelerer. On garde un oeil sur les velos. Tout se passe bien jusqu’au village qui annonce la fin du desert et la proximite de la route. C’est ici qu’on pensait descendre. Mais l’endroit est glauque, dans le brouillard, d’ou apparaissent d’etranges batiments aux toits arrondis et aux multiples cheminees. Ce sont des elevages de poulets nous disent nos chauffeurs. Etrange. Que font-ils ici ? Bref, on est pas tres motives pour descendre ici et de toute facon, Youssouf et Hossein vont dans la meme direction que nous. Finalement, on descend a Nodushan, une petite ville, chez des amis a eux qui tiennent une grande epicerie, et qui nous proposent, comme tout iranien qui se respecte, le gite et le couvert. Nous sommes soulages d’avoir echappe a une , voire deux tres dures journees. Seule petite deception, Youssouf et Hossein refusent de serrer la main d’Armelle. Ils nous ont sortis d’une situation tres inconfortable et on tient a les remercier. Alors au diable les conventions, elle saisit leur main qu’ils tiennent fermee(...) dans les siennes. C’est quand meme dingue de vouloir respecter a ce point ces regles debiles !

Droit a l’image

Le soir, apres la fermeture du magasin, les hommes allument un narguile que l’on partage ensemble. C’est la premiere fois qu’on voit ca en iran car depuis quelques semaines seulement, c’est interdit dans les lieux publics. On n’en connait pas la raison, c’est comme ca... Puis Hadi, le plus jeune (24 ans), nous invite dans sa chambre car il veut recuperer les photos qu’on a pris ce soir sur son ordinateur. Mais il faut batailler un peu car il veut prendre toutes nos photos (il les regarde toutes, d’abord). Ce n’est pas la premiere fois qu’on nous fait le coup. Il ne s’imagine meme pas qu’il puisse y avoir des photos qui ne le regardent pas... Meme si ce n’est pas le cas. Mais dans ses documents, on voit de nombreuses images de femmes inconnues, au large decollete et au sourire evocateur, sans chador ni voile, bien sur. La plupart des jeunes que l’on a rencontres possedent ce genre de photos (et parfois meme des videos) sur leur ordinateur ou leur telephone portable. Qu’en disent les lois religieuses ? Allah qui est si malin, avait-il prevu l’apparition des "mobayles", des ordinateurs et d’internet ?

Apres cet episode, on partage un moment plus intime. Il nous montre les photos de sa petite amie. Sa famille ne sait rien de leur relation, bien sur, et il n’est meme pas sur de pouvoir la faire durer car la grande majorite des mariages en Iran sont arranges par les familles. L’amour n’est pas leur preoccupation premiere.

Derniere epreuve avant Yazd

Une derniere journee de route difficile car on a choisi, encore une fois, un raccourci. La lecon des deux derniers jours ne nous a pas suffit. Ce raccourci, ideal au depart (ligne droite, lisse, en faux-plat descendant et sans circulation) se transforme en cauchemar. Le bitume s’arrete brutalement puis se transforme en piste sur laquelle sont disposees des petites barrieres de cailloux tous les 50 a 100 metres. Imposible au depart, de les contourner. Il faut s’arreter a chaque fois pour pousser quelques pierres et s’ouvrir un passage. Au debut, on fait attention pour ne pas saccager le travail des ouvriers. Mais on ne se doute pas que ca va durer une bonne dizaine de kilometres. Fini les precautions, on balance des gros coups de pieds dans ces p... de barrieres, sans meme descendre du velo. C’est usant.

Pour finir, sur une route mysterieuse, qui n’apparait pas sur la carte, on met au point un theoreme dont on constate les effets depuis notre entree en Iran : "Considerons une portion de route assez vaste (d’environ 20 km). Considerons que sur cette route se trouvent 2 camions circulant en sens opposes, l’un au point A, l’autre au point B, a une vitesse moyenne de 90km/h ainsi que deux cyclos roulant ensemble a une vitesse moyenne de 17km/h se trouvant au point C. Les deux camions, se trouvant initialement aux points A et B, vont se croiser systematiquement au niveau du point C, c’est a dire a l’endroit exact ou se trouvent les deux cyclos"

Yazd, belle et paisible

La vieille ville et ses ruelles labyrinthiques se frayant un passage entre de hauts murs de terre ocre sont une invitation a la ballade. Les tours du vent se dressent au dessus de nos tetes et prennent une couleur orangees au coucher du soleil. C’est un vrai regal, c’est calme, reposant. L’hotel dans lequel on s’installe pour quelques nuits est un repaire de voyageurs (coreens, australiens, italiens, autrichiens...). Il est tres agreable mais on ne se sent pas vraiment a l’aise dans cet univers. Chacun raconte ses fabuleuses aventures dans des endroits touristiques, avec d’autres voyageurs etrangers. Notre approche est differente puisqu’on passe la plupart de notre temps avec des habitants et notamment en Iran. Alors on profite du soleil pour se promener dans la ville, meme s’il fait encore froid.

Le dernier soir, dans un coin de l’hotel, Armelle degote un coran traduit en francais. Une page est cornee, c’est la suivante :

Petit extrait du coran, traduit en francais... :

"Les hommes ont autorite pour s’occuper et assumer la charge et la direction des femmes en vertu de surcroit d’avantages que Dieu a confere a ceux-la par rapport a celles-ci, et en vertu aussi des depenses qu’ils font de leurs biens en faveur de leurs femmes. Les femmes vertueuses et obeissantes aux enseignements divins et humbles, et en l’absence de leur mari gardent, par la protection de Dieu, le secret et le droit de leur mari. Quant a celles dont vous redoutez la rebellion, faites-leur la morale, si ce n’est pas efficace eloignez-vous d’elles dans leurs lits, si ce n’est pas efficace corrigez-les, mais si elles vous obeissent (conformement aux prescriptions divines), ne leur cherchez pas querelle. Remarquez que Dieu est sublime et grand."

Pas etonnant qu’elle soit cornee... Ca donne envie d’en savoir plus, mais il est tard et on reprend la route demain.

Monts du Zagros, montagnes et hauts-plateaux

Pour rejoindre Shiraz, on choisit de prendre la petite route de montagne pour eviter l’intense circulation de l’axe Ispahan-Shiraz. C’est un bonheur. Le temps s’ameliore, ce qui nous permet de pique-niquer a nouveau. Et ce ne sont plus des montagnes plates : on enchaine plusieurs cols a plus de 2700m d’altitude, entre lesquels s’etendent d’immenses plateaux a environ 2000m. Sur notre chemin, des familles nous offrent encore leur hospitalite. C’est vraiment incroyable a quel point on est bien recus.

Le seul mauvais moment s’est passe dans un village isole dans la montagne. On l’a senti tout de suite. Lorsqu’on est apparu dans la rue principale, on se serait cru dans le far west. Des etrangers entrent dans la ville... De nombreux habitants etaient dehors, au soleil et nous regardaient passer. Les enfants se sont mis a nous courir apres, certains frappant nos sacoches avec des batons. Aie, aie, aie... c’est pas gagne. Mais on n’a plus le choix. Les autres zones habitees sont a des dizaines de kilometres et a cette altitude, la neige et la glace recouvrent totalement le paysage. Malgre notre demande insistante pour dormir dans la mosquee, et ainsi echapper a l’observation, a l’agglutinement et aux sollicitations des habitants, un homme nous invite expressement a le suivre chez lui. Bon. On y va a reculons. L’homme se revele etre tres limite, ainsi que sa famille, dont il invite tous les membres a venir nous "voir". Pas de questions, ou toujours les memes. On se demande si il n’y a pas un peu de consanguinite dans ce lieu isole... On nous regarde, donc, comme des betes curieuses, puis on nous prend pour des betes de cirque : "montrez-nous votre rechaud !", " faites-nous un repas francais !", "sortez vos matelas et vos duvets !", etc... jusqu’a l’apotheose... Le maitre de maison veut que l’on installe la tente dans le salon. On a beau expliquer que ca s’installe seulement a l’exterieur, il insiste. On est obliges de hausser le ton pour refuser et meme de se coucher avant qu’on nous y invite. On a fait des efforts demesures pour garder notre calme car la plaisanterie a dure plusieurs heures. Le lendemain, on part tot, sans meme prendre une photo souvenir.

A partir de la, on devient exigeant. Lorsqu’une famille nous invite, on precise aussitot qu’on est heureux de partager un moment avec eux, mais que nous ne sommes absolument pas prets a faire l’attraction pour toute la famille et le voisinage. C’est a la limite de la politesse mais notre patience en a pris un serieux coup. Loins d’etre vexes, ils prennent ca en rigolant, nous invitent et respectent notre volonte !

On passe ainsi des moments plus decontractes, avec des discussions plus riches et plus intimes. Armelle se retrouve un soir, habillee et coiffee par les femmes de la famille. Elles lui font revetir un habit traditionnel de la Perse, utilise pour les grandes occasions, comme les mariages. On sent chez les deux filles, qui se sont occupees d’elles, un desir d’independance et d’ouverture. La plus jeune semble tres cultivee. Elle s’interesse a la litterature, la poesie, le dessin et veut devenir professeur de farsi (et pas femme au foyer...). La plus grande qui a 25 ans a les meme centres d’interets mais aimerait se marier. On lui demande alors si elle peut choisir son mari. En presence de ses freres et de ses parents, elle rougit et nous dit que c’est impossible. Que si elle choisissait, son frere la tuerait (en passant son doigt sous la gorge). Elle dit ca en rigolant mais on sent bien que ce manque de liberte l’affecte et elle nous regarde avec des yeux envieurs.

Persepolis

Vestiges d’une civilisation qui paraissait puissante et en avance sur son temps. Il ne reste que quelques colonnes sculptees qui composaient la structure des temples et des palais, ainsi que des escaliers monumentaux ornes de bas-reliefs extrement fins. Il est difficile de se representer le lieu tel qu’il etait a son apogee. Mais ce site est impressionnant. Il fut fonde sous le regne des achemenides, par Darius 1er a partir de -520 av J.C. La religion a l’epoque etait le zoroastrisme, avant la conquete des arabes et la conversion a l’islam. C’est pourquoi on peut voir de nombreuses representations d’Ahura Mazda, le dieu aile zoroastrien.

Difficile a decrire... regardez plutot les images !

Une famille extra-ordinaire

Vendeur a la librairie de Perspolis, Farzad nous invite chez lui, ce soir. On pensait camper non loin du site (avec envie car ca fait longtemps qu’on n’a pas dormi dans notre petit cocon) mais la facon dont il nous aborde nous met tout de suite en confiance. Et il s’avere qu’il y a 10 jours, il a accueilli Amelie et Ivan, qui ont passe deux jours chez lui !

Lorsque la porte s’ouvre, oh surprise !, sa soeur et sa tante ne portent pas le voile et son en manches courtes dans le salon. C’est la premiere fois qu’Armelle se "devoile" sans demander l’autorisation. Rien que ca, c’est trop bon ! Le grand frere de Farzad porte une tunique et une longue barbe, a la mode achemenide (voir les bas-reliefs de Persepolis) et le plus jeune a les cheveux en petard, compose des chansons de rap et fait du hip-hop. Farzad quant a lui est plus classique, mais tres ouvert. Le pere est retraite de l’armee de l’air ou il etait pilote (mais il n’a rien d’un militaire) et la mere s’occupe avec tendresse de ses enfants et petits-enfants (et de nous aussi). Mais d’ou sortent-ils ceux-la ? Enfin des iraniens non-formates, non-conditionnes et qui denoncent l’absurdite de certaines lois religieuses ainsi que le regime en place ! Dans quelques jours, tout le pays va feter les 30 ans de la creation de la republique islamique d’iran par l’Imam Khomeini. Ils sont affliges par l’ampleur des manifestations qui commencent deja pour cette occasion.

C’est aussi la premiere fois que l’on peut etre honnetes et affirmer que l’on n’est pas maries et meme que l’on n’est pas croyants sans craindre les foudres d’un jugement negatif. On en discute, sereinement, chacun donnant son avis. Ils sont musulmans et respectent les lois religieuses mais de facon reflechie. Ils avouent aussi avoir un penchant pour la philosophie des zoroastriens, plus proches de la nature (Allah n’a pas non plus anticipe les problemes d’ecologie et de pollution... ). A notre depart, la mere offre un foulard a Armelle et nous demande d’embrasser le coran avant de le passer deux fois au dessus de notre tete pour nous proteger pendant le voyage. Nous sommes extremement touches et nous mourrons d’envie de passer plus de temps avec cette famille, mais comme toujours le temps passe et le visa prend fin dans trop peu de temps.

Interviews sur deux roues

Depuis quelques jours, nous sommes souvent sollicites par des motards, qui ralentissent pour rouler a notre hauteur et poser les meme questions. "Where are you from ?", "Where are you going ?", "What is your name ?" et autres questions tres interessantes. Pour couper court, a la premiere question on repond "Portugal", car Portogal veut dire orange en farsi. Le doute coupe court a l’interview. Et puis il faut aussi supporter les personnes qui s’arretent sur le bord de la route pour nous prendre en photo sans nous demander notre avis, et nous demandent de nous arreter pour encore nous poser les meme questions. Ca devient tres enervant ! Le pire c’est quand on demande notre chemin et que notre interlocuteur repond par ces memes questions. Nous on veut juste savoir quelle est la route a emprunter, on n’a plus envie de rabacher les memes choses.

A Shiraz, une jeune fille nous demande si on est croyant... Non ! Si on est maries... Non ! Si on a des enfants... Non ! Mais pourquoi, nous demande-t-elle ? Alors on lui retourne les questions. Elle est musulmane, bien sur, et celibataire. On se retient de lui demander pourquoi...

Survol de Shiraz

A Shiraz on visite tres peu. C’est pourtant une belle ville, avec son joli bazar, son chateau, les petites cages rondes suspendues au dessus des boutiques dans lesquelles chantent les rossignols. L’ambiance est agreable mais nous sommes fatigues par le froid, par les multiples sollicitations, le conformisme, le poids de la religion, le manque de libertes et le port du voile pour Armelle(*). On commence vraiment a saturer et nous sommes presses d’atteindre Bander-Abbas et de sortir du pays, malgre les belles rencontres. On ne peut pas dire de meme du paysage car on a traverse le pays a la mauvaise saison. On a vu que le blanc de la neige et tres peu de vegetation. Au printemps on aurait pu emprunter des petites routes et decouvrir, surement, des endroits plus plaisants, plus varies et plus colores.

(*) En quittant Yazd, sur une route de montagne peu frequentee, Armelle veut profiter de la temperature plus clemente et enlever enfin le bonnet qui ne la quitte pas depuis plus d’un mois. Elle prend soin de le porter lors de la traversee d’un village. Mais cet instant de repit ne dure pas. Au bout de 20 minutes, de la fenetre d’un camion qui nous depasse, un homme verse son soda sur sa tete. C’est extremement vexant, humiliant, degradant... Surtout lorsqu’on imagine ce qu’il a pu penser en faisant ce geste.

Les hommes,... les femmes.

  • A l’arret de bus, les hommes d’un cote, les femmes de l’autre.
  • Dans le bus, les hommes devant, les femmes derriere.
  • A la boulangerie, une file d’attente pour les hommes, une file d’attente pour les femmes, parfois separes par une cloison installee sur le trottoir.
  • Du primaire au secondaire, une ecole de filles, une ecole de garcons.
  • Dans certaines universites, un cote de l’amphitheatre pour les hommes, un cote pour les femmes.
  • A l’universite, 60% de filles, 40 % de garcons.
  • Sur le marche du travail, 11% de femmes...

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