L'Asie en Danseuse

Présentation

Ispahan, la ville des mille et une nuits (du 15 au 21 janv. 2008)

Le centre ville se fait desirer : il faut parcourir 20 km dans l’agglomeration, entre les voitures, les travaux et les camions. Au pays ou le petrole est roi, le velo n’a pas vraiment sa place. Mais quel bonheur quand au detour d’une ruelle s’ouvre la perspective de la place de l’imam (Khomeini) ! Un rectangle de 500 m de long sur environ 150 m de large. A l’extremite sud se trouve la majestueuse mosquee de l’imam avec son enorme coupole bleu turquoise. Au nord, le bazaar et sa porte d’entrée principale. Sur le cote ouest, le palais d’Ali Qapu et ses fines colonnes de bois sculpte. Enfin, a l’est, la mosque de Cheikh Lotfollah a la coupole beige, ornee de fleurs bleues. L’ensemble est harmonieux. Il fait toujours froid mais le soleil est bien present et donne des teintes dorees aux facades. Les coupoles, ainsi que les jardins sont encore saupoudres de neige.

C’est Hossein qui sera le premier a nous accueillir a Ispahan. Nous avons eu son adresse par un joailler d’Istanbul et nous devons receptionner un colis dans son magasin. Mais il ne se contente pas de nous rendre ce service. Il nous offre une petite place pres du poele, du the, l’occasion de consulter nos mails et meme un repas que l’on partage ensemble sur un coin de son bureau. Decidement, les iraniens nous surprennent toujours. Le colis n’est pas encore arrive alors il nous invite a passer prendre un the ensemble, quand bon nous semble. On n’y manquera pas.

Bureau des affaires etrangeres : on vient prolonger nos visas d’un mois supplementaire. Pour cela il faut passer a l’accueil, monter au 2eme pour trouver le formulaire, le remplir, descendre au premier pour le donner. Ah, pour Armelle, les photos ne sont pas conformes : il faut qu’elle porte le voile. Photos d’identite sur le trottoir d’en face. Aller payer la prorogation a la banque Melli a l’autre bout du quartier. Revenir. Faire verifier son dossier au 1er. Payer les frais de dossier dehors, dans une petite cahute. Donner son dossier rempli a l’accueil. Ouf ! Ca a pris la matinee … Decidement, l’administration, c’est partout pareil. Mais on a un mois de plus pour finir notre traversee de l’Iran, c’est le plus important.

C’est dans ce dedale de bureaux que l’on rencontre Christian. Depuis l’Armenie, son pacours en Iran est aussi complique que les formalites administratives. Il faut dire qu’il parcourt le pays dans tous les sens pour obtenir prorogations et visas pour la suite (Turkmenistan, Kazakstan,…). Il nous fait decouvrir une belle maison de the au décor improbable a l’entrée du bazaar, pres de la place de l’imam. Tout en discutant, on se gave de pistaches, de gaz ( le nougat d’Ispahan, moelleux et fourre aux pistaches) et de sucre parfume a la mandarine en degustant le the. Avec le froid et l’effort, on profite de toutes ces petites douceurs sans complexes ! Et puis il faut dire que la gastronomie iranienne n’est franchement pas terrible alors on ameliore un peu le quotidien.

On souhaite rester plusieurs jours a Ispahan pour profiter de la ville et pour attendre le colis. Alors on n’a pas tres envie de rester a l’hotel a cause du prix mais aussi a cause de la froideur des lieux. Il n’y a pas de fenetre et la seule deco est constituee d’une fleche colle au plafond, indiquant la direction de la Mecque… et la deuxieme lessive que l’on fait faire depuis Istanbul a ete etendue sur le toit. Question froideur, c’est pas mal non plus : nos vetements sont geles !!! Grace a Couch Surfing, on rencontre Majid. On ne se fait pas prier pour le suivre chez lui. A notre grande surprise, il nous ouvre les portes …d’un appartement ! Pour nous tous seuls ! On a peine a y croire. Une piece chauffee, une cuisine (on va pouvoir autre chose que du riz), une salle de bain et une chambre immense. Le reve.

Majid est comme l’Iran : calme, cultive, accueillant, ouvert sur le monde et pourtant tres conservateur. Sa femme ne se presente jamais sans son chador (la grande piece de tissu qui couvre tout le corps et ne laisse apparaitre que le visage), meme chez elle. Son fils prend part aux “manifestations” d’Ashura en sortant son petit martinet pour se flageler et Majid ne serre pas la main d’Armelle, meme le jour du depart, apres avoir passe 4 jours ensemble,... “C’est interdit…” On a passé de bon moments ensemble. C’est un joueur de citar hors-pair. Il nous a litteralement emportes avec sa musique. Il nous a lu des poemes de Hafez et nous en a explique le sens. Il nous a fait decouvrir les “festivites” d’Ashura en nous emmenant dans les mosques et les defiles… Mais son respect des conventions et des traditions ne nous a pas permis de nous sentir tout a fait a l’aise, c’est dommage. On en gardera quand meme un tres bon souvenir.

Ashura. Ca fait dix jours que ca se prepare. Dix jours qu’on en entend parler. On est impatients de savoir ce que ca donne… Cette fete est celebree en l’honneur de l’imam Hossein, mort il y a plus de 1300 ans, après avoir ete torture, ainsi que toute sa famille. Depuis quelques jours, on voit a la tele des religieux qui font des sermons dans des mosquees bondees. Ces mollah se mettent a pleurer entre deux phrases et les fideles pleurent a leur tour, se frappent la tete ou la poitrine en versant de grosses larmes…Les hommes defilent dans la rue en se flagellant avec des chaines attachees au bout d’un manche en bois, pour partager la douleur de l’imam. Ce que l’on a vu ressemblait plutot a une danse, mais il parait que certains se frappent jusqu’au sang. Les femmes sont toutes habillees de noir. Elles passent, telles des ombres. Avec les enfants, elles deposent des bougies aux abords des mosquees, en fin de journee. Les hommes vont egalement chanter, dans la rue et dans les mosquees, a la memoire de l’imam Hossein, en se frappant tres fort la poitrine, en rythme. Ce bruit sourd est vraiment impressionant. Et on a l’impression que plus on frappe fort, plus on se flagelle, mieux on est considere. Lorsque des foules entieres se mettent a chanter et a se frapper la poitrine, ca donne des frissons. C’est tres impressionnant et cette ferveur demonstrative nous effraie un peu.

Le culte des morts, des martyrs est au centre de la religion chez les chiites. La plupart des fetes religieuses tournent autour du deuil des differents imams. On demande a Majid si ce n’est pas aussi une facon de se souvenir des membres de la famille qui sont decedes, ou des soldats morts au combat… Mais non, on pleure l’imam Hossein et sa famille ! Mais ca fait 1300 ans qu’il est mort, c’est bon maintenant… On ne comprend vraiment pas… Comment peuvent-ils etre si tristes ? Et pourquoi tant de demonstration ? Ca restera un mystere…

Seule chose plus conviviale : le dernier jour d’Ashura, de la nourriture est distribuee gratuitement. La place de l’imam se transforme alors en une immense aire de pique-nique. Armelle va se procurer un the du cote femmes, mais elle se fait virer. Avec son bonnet, sa veste courte et son pantalon, ses congenaires l’ont prise pour un garcon ! D’ailleurs, depuis un mois, meme les hommes la prennent pour un homme. Ce n’est que lorsqu’ils lui tendent la main qu’ils se ravisent, genes. Pour les iranien(ne)s, une femme est un "truc" couvert de noir de la tete au pied. Ce n’est pas tres flatteur... Il y a quand meme quelques jeunes qui se contentent de porter une veste longue par dessus leur jean et leur voile laisse entrevoir une frange ou quelques meches de cheveux. Les choses evoluent un peu.

Ispahan, c’est aussi les ruelles tortueuses, les allees du bazar, les rossignols dans de petites cages rondes suspendues devant les boutiques, les marchands de tapis persans, la multitude de mosquees, les zurkhaneh, les confiseries, les montagnes de pistaches et autres noix, les mosaiques, le bleu, les palais des shahs (rois), etc ...

On est loin d’en avoir fait le tour, il y a encore de quoi nous faire rever...

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