L'Asie en Danseuse

Présentation

Turquie 5 : C'est l'hiver qui frappe a notre porte (du 13 au 20 dec. 2007)

Un petit coup d’accelerateur

C’est parti pour 12h de trajet. Heureusement, le confort du train est surprenant. Les fauteuils sont larges (seulement 3 par rangee) et on s’installe dans un carre, ce qui nous permet d’etre a l’aise. Au programme : sieste et tricot. Gerald en profite pour apprendre et s’attaque a la deuxieme moufle. Maille a l’endroit, maille a l’envers, cotes, jersey, point mousse…le tricot n’a plus de secret pour lui et le resultat est parfait ! Le train traverse un paysage tres mineral et austere. On regrette moins de ne pas avoir fait ce trajet a velo, d’autant plus qu’il pleut.

Changement de decor

On nous avait annonce "Erzurum, cok soguk !", et c’est vrai. On est a 1850 m d’altitude et la neige recouvre les rues.. A Erzurum, la misafirhane (maison des invites) prend une toute autre signification que dans le reste du pays. Car lorsqu’on demande si il y a une misafirhane, soit on nous envoie vers des lieux payants, soit on nous refuse. Un passant nous dirige vers la "maison des professeurs". On se dit que meme si c’est payant, on aura peut-etre un tarif interessant. Mais après avoir pris nos passeport et demande trois fois si on etait maries, le receptionniste nous annonce un prix exhorbitant. Lorsqu’on lui dit qu’on n’en payerait meme pas la moitie, il froisse son papier et nous regarde avec dedain. Ivan et Amelie ont dormi a l’universite mais la procedure n’avait pas l’air simple. Alors on abandonne l’idee, meme si ils nous ont demande de recuperer leur "Saint-Nicolas", un porte bonheur qu’on leur avait offert en Serbie. Ca fait un moment qu’on tourne pour trouver un hotel pas cher et des enfants nous reclament "money, money". C’est la premiere fois depuis notre depart, que l’on observe cela. ! On s’installe dans l’hotel le moins cher et on s’ecroule.

Au reveil, il neige a gros flocons, ce qui nous permet de prolonger un peu la nuit. Lorsqu’on sort en ville pour faire quelques courses, un gamin nous reclame encore de l’argent et tape dans nos sacoches. On est vendredi, une foule d’hommes en habits sombres sort de la grande mosquee. Certaines femmes sont couvertes (y compris le visage) d’une sorte de grande toile de jute marron. L’ambiance est vraiment differente…La route, quant a elle, passe dans des paysages de montagnes completement recouvertes de neige. On n’etait pas vraiment presses de la voir, mais on est contents de changer de décor.

Les stations-service, une alternative a l’hospitalite.

Dans cette region, pour nous, elles remplacent les maisons de the. On s’y abrite pour grignoter, se rechauffer, aller aux toilettes et se reposer un peu. Il y a toujours quelqu’un a l’interieur mais jamais de voitures. Il y en a tellement en Turquie et l’essence est si chere (1.70 euros le litre) que les stations-service sont desertes.

Nous sommes partis tard d’Erzurum. Une petite montee, puis 35 km de faux-plat descendant. C’est tranquille mais il se met a neiger et la nuit tombe bien tot a cette époque de l’annee (a environ 15h30). A Pasinler, on s’arrête dans une station-service pour un arret-pipi et pour pouvoir retourner la carte a l’abri. Le gerant nous souhaite la bienvenue et nous invite a boire un the. On s’attarde un peu. Il est encore assez tot pour rouler un peu mais on sait que dans le village suivant, Amelie et Ivan se sont fait refouler gentiment. Alors on demande un local pour y passer la nuit. Un employe nous emmene dans la salle de priere, un peu a l’ecart. Elle n’est pas chauffee mais elle est propre et on sera a l’abri. On y range les sacoches et on place les velos dans un garage. Puis on passe la fin d’apres-midi et la soiree dans la salle a manger des employes. On peut ecrire au chaud, se servir de la cuisine et manger. L’un des employes s’occupe de nous, nous offre du pain, de la confiture, des olives…On fini la soiree dans nos duvets dans la salle de priere. On essaye de tricoter mais il fait 5 degres alors nos doigts s’engourdissent. D’ailleurs la nuit a ete fraiche : au reveil, les vitres ont completement givrees.

La journee suivante est similaire. On s’arrete tot, dans une station-essence, avant un village ou Ivan et Amelie ont ete, encore une fois, obliges de faire demi-tour. Mais cette fois-ci, c’est le patron de la station qui est completement givre. Il nous offre une douche chaude, du the a volonte (servi par ses employes), mais il fait les 100 pas dans la salle de restaurant, chantonne d’une petite voix fluette, pousse les chaises qui grincent sur le carrelage et lorsqu’une chanson lui plait a la tele, il monte le son a fond et leve les bras. Ca sature, c’est insupportable. Il faut dire qu’il y a de quoi peter les plombs. Il sont trois a "travailler" ici et il n’y a jamais personne. Seul le plus jeune s’active un peu. C’est lui qui entretien le feu, sert le the, nettoie les toilettes et sert les 2 ou 3 clients de la journee. On se fait a manger dans leur cuisine en faisant attention de ne pas utiliser le plan de travail. Il ne doit pas y avoir de service d’hygiene en Turquie…Puis on apprend a jouer au Okey (sorte de rami avec des dominos). Armelle gagne 4 parties… sur quatre ! Ce qui a le don d’agacer le patron, qui met alors un terme a la partie. Jusqu’a 23h, il est devant la tele et monte le son au fur et a mesure.

Avant d’atteindre Dogubayazit (derniere etape avant l’Iran), on passe une troisieme nuit dans une station. La piece ou l’on va dormir est un peu sale et pas chauffee, mais ca va aller. Le gerant n’est pas tres causant et ses amis kurdes sont un peu etranges. Leur facon de parler est un peu agressive et il n’y en a qu’un qui a la bonne idée de faire un feu dans le poele. Ca commencait a cailler serieusement. L’un d’entre-eux a la moins bonne idée de mettre une bonne dose d’essence pour faire partir le feu. Lorsqu’il met une allumette, le second est litteralement soufflé et se retrouve au sol !... Il rigolent…Le lendemain matin, nous sommes reveilles par un camion de militaires qui vient se garer juste devant la vitre. Pas facile de trouver l’ouverture pour s’habiller…Les soldats tournent autour du camion pour se rechauffer. Qu’est-ce qu’on doit se marrer a l’armee !

Les stations-service, c’est bien pratique, mais c’est pas tres douillet…

Sur la route

Cette semaine est placee sous le signe du froid et de la neige. On passe deux cols a plus de 2000 m d’altitude, sans meme s’en rendre compte tellement le denivele est faible. On n’a meme pas l’impression de monter. Par contre, les descentes sont plus rudes. Le froid nous pique le nez, les doigts et les orteils. On est obliges de faire plusieurs arrets pour se rechauffer : on marche, on trottine et on fait des moulinets avec les bras.

L’environnement est moins chaleureux que dans le reste de la Turquie. Les chiens ressemblent a des loups et sont agressifs : on multiplie les sprints et les levers de baton. Les villages sont beaucoup plus pauvres : les maisons ont des toits en terre et parfois les baches font office de fenetre. Des gamins nous courent après, crient "money, money" ou bien nous jettent des boules de neige.

Dans quelques jours, c’est la fete de "kurban bayram", celle ou l’on tue le mouton. Alors on essaye de prevenir tous leurs congenaires. On leur dit de se sauver, d’echapper a l’attention du berger, mais ils n’ont pas l’air de comprendre. Ceci-dit, c’est vraiment con un mouton. Alors, les jours passant, on se contente de leur donner le decompte des jours qu’il leur reste a vivre…

On suit les traces d’Ivan et Amelie, qui sement leurs affaires un peu partout et nous demandent au fur et a mesure, de les recuperer. Le Saint-Nicolas a Erzurum, un cable dans un cyber-café a Agri. Malheureusement, on echoue dans nos missions. Et on se depeche tellement pour les retrouver avant la frontiere de l’Iran qu’on fini par les doubler sans meme le savoir !

Arrivee a Dogubayazit

Il neige. De plus en plus. Il fait froid.

Si on nous avait dit qu’un jour on ferait du velo dans l’est de la Turquie, par -3, sous la neige, avec des chiens qui nous courent apres, on n’aurait jamais signe. Pourtant, on est heureux d’etre ici, d’avoir deja vecu 5 mois intenses et de decouvrir, bientot, un nouveau pays.

La route est blanche et le silence regne lorsqu’on entre dans la ville. Le contraste est saisissant quand on atteint le centre : la fete de kurban bayram se prepare. Des hommes passent avec des moutons (J-2), le marche bat son plein, les vendeurs crient et les femmes s’affairent autour des etalages. Ce sont pour la plupart des charettes sur lesquelles sont posees les marchandises (bonbons, cigarettes, fruits secs, tissus, vetements). Des enfants nous crient encore "money, money" . Les passants se bousculent et pestent parce qu’on bouche le passage avec nos velos.

On va se trouver un petit hotel dans lequel on apprend, par mail, qu’on a double Ivan et Amelie. Ils devraient etre la demain, le temps qu’Ivan recupere de sa gastro. On est super contents !

Kurban Bayram J-1

La question du jour : est-ce qu’on tente le passage en Iran demain ? Tout le monde nous dit que tout sera ferme, en Turquie comme en Iran. Or on a besoin de trouver un endroit a la frontiere, pour changer nos livres turques en rials. Sachant qu’a Dogubayazit, il n’y a personne qui fait le change et qu’il est impossible de retirer de l’argent en Iran. On doit donc prevoir de la monnaie pour environ deux mois. Autre element a prevoir : le foulard ! Armelle fait les boutiques pour trouver ce merveilleux accessoire. Elle jette son devolu sur un noir magnifique ! Ca va etre un grand moment de plaisir de le porter tous les jours.

Finalement, on ne prend pas de risque. On restera une nuit de plus a l’hotel. Ce sera aussi l’occasion de voir la fete de kurban.

Kurban Bayram

Effectivement, tout est desert ce matin. Alors que d’habitude tous les magasins sont ouverts jusqu’a minuit, aujourd’hui on peine a trouver un bout de pain. On se ballade en ville pour voir en quoi consiste ces festivites. Mais on arrive peut-etre un peu tard. On ne trouve qu’une famille (les hommes) de retardataires qui tuent le mouton dans une petite cour couverte de dechets. Quelques couteaux, une ou deux bassines, trois moutons qui broutent les detritus. Ils ne sont meme pas attaches et ils ne voient rien venir. C’est vraiment con un mouton. Tout se passe calmement, le mouton se laisse faire. L’homme l’egorge puis lui coupe la tete. Lorsque l’animal ne bouge plus, ils commencent par le depecer. Pour cela, ils font des entailles aux pattes et soufflent sous la peau. Le mouton est rond comme un ballon.

On va les laisser la, on en a assez vu. Le reste semble se passer en famille. On est un peu decus car on pensait qu’il y aurait plus d’agitation dans la rue. Alors on va faire une petite ballade jusqu’a la sortie de la ville. On a une belle vue sur le mont Ararat et les montagnes alentours. On apercoit aussi le palais d’Ishak Pasa, adosse a la montagne. Ca a l’air chouette mais malheureusement, on n’aura pas le temps d’y faire un tour. Au retour, les quelques enfants que l’on croise nous offrent des bonbons.

Rami, poker et chaise qui roule

Comme Amelie et Ivan stressent un peu pour le passage de la frontiere, on passe une bonne soiree-jeux. Au programme : rami, poker-bonbon sur le lit et record de distance parcourue sur chaise-roulante (euh non, chaise a roulette). Demain c’est le grand jour !

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