L'Asie en Danseuse

Présentation

Turquie 4 : La Cappadoce, une vraie merveille (du 30 nov. au 12 dec. 2007)

La fin du desert

Depuis Konya, nous roulons a nouveau a 4. Pour feter nos retrouvailles et ameliorer notre quotidien, Amelie et Ivan nous ont offert une jolie pochette a outils cousue main et un magnifique klaxon multicolore.

Apres avoir traverse le desert ensemble, on atteint Aksaray et le Mont Hasan, qui annoncent le debut de la Cappadoce. Au coucher du soleil, les montagnes prennent des teintes orangees. Que le spectacle commence !

Cette premiere soiree au milieu des reliefs est marquee par la famille Guc. Il fait deja nuit lorsqu’on passe devant chez eux. Les femmes, enthousiastes, nous invitent aussitot a entrer. La soiree est animee car les enfants s’accapparent les instruments de musique. Seule la fille n’a pas le droit d’y toucher. Les garcons, ainsi que le grand-pere, s’arrangent toujours pour le lui arracher des mains. Dans la plupart des familles que nous avons rencontrees, les garcons ont tous les droits et le petit dernier est le roi. A plusieurs reprises, le petit Mohamed griffe Armelle et personne ne dit rien. Il tape aussi ses freres, monopolise l’attention, c’est normal, ca les fait rire. On lui donnerait bien un coup de 38 ou de 42 mais ca ne ferait plus rire personne. Son pere a voulu partir en Russie, pour y travailler. Il a donne 1000 dollars pour un visa dont il n’a jamais vu la couleur. Mais cela ne l’a pas decourage ; il nous harcele de questions sur la France. Comme beaucoup il reve d’y trouver du travail, pour avoir un meileur salaire (mais comme beaucoup, il ignore le cout et les conditions de vie en France). Et pourtant il a une famille, une maison, un travail, une situation apparement confortable mais il est pret a les abandonner pour "gagner plus"... On a repondu a ses questions. A lui de choisir.

Au reveil il pleut des cordes. On a fait a peine 10 km et on est deja trempes. du coup on ne va pas bien loin : on s’arrete au premier cafe internet du village voisin. La pluie ne cesse de tomber, on fait 500 m pour aller manger au cayhane. On y rencontre Isa, un francais d’origine turque. Il a donc grandi en France mais il vient en Turquie pour se marier. La fille qu’il va epouser, il ne l’a pas encore rencontree mais il semble qu’elle corresponde deja a ses attentes. En France il n’a pas trouve de fille "a son gout" et s’est parfois heurte au racisme des parents. Pour nous, il est difficile de concevoir que l’on puisse se marier avec quelqu’un que l’on ne connait pas, mais lui, a l’air serein. A la meme table se trouve Arif avec lequel Amelie parle beaucoup. Il nous invite chez lui, on le suit, et finalement on se retrouve dans la maison du maire. On ne sait pas comment ca s’est goupille mais ce n’est pas grave. A notre arrivee, un jeune nous filme. Plus tard il nous explique qu’il veut faire un reportage sur notre voyage, mais de toute la soiree il ne nous pose aucune question. C’est etrange. Comme le maire n’est pas causant non plus, on n’ose pas lui demander si on peut se doucher. Armelle decide de se laver avec un pichet d’eau chaude, dans les toilettes. Gerald en fait de meme, puis Ivan et Amelie et Ivan se laissent convaincre. Apres 4 "douches", les toilettes se sont transformees en pediluve et avec le froid, elles risquent de se transformer en patinoire. On imagine alors le maire, se levant dans la nuit, et glissant dans les toilettes... Au petit dejeuner, tout va bien, il n’a rien de casse. Il va surtout nous faire une belle demonstrations de ses richesses : il nous offre de la viande (immonde) et du helva, puis il nous montre les multiples salles de bains de son immense maison...

Dans ma maison sous te-erre

Aujourd’hui il fait meilleur et nous allons entrer dans la Cappadoce. Alors après le desert monotone, nous sommes prets a faire quelques detours pour profiter des vallees, des paysages et des villages troglodytes propres a cette region. Nos bretons preferent filer tout droit. On les retrouvera plus loin !?... On l’espere en tout cas. Ils manquent Selime, un village ou des cones volcaniques etaient habites il y a 4000 ans. Des maisons, des eglises et des passages sont creuses dans la roche tendre. Cet endroit a des allures de village des Barbapapas. Gerald ne peut s’empecher d’aller fouiner dans ce qui reste de ces habitations. Des pans de murs sont ecroules mais l’etat de conservation est impressionant. Des etageres, des lits, des pigeonniers, des mangeoires, des portes… sont creuses dans la roche. Un long et large boyau naturel permet de monter jusqu’aux "etages" superieurs. Dans la vallee d’Ilhara, quelques kilometres plus loin, se trouvent de nombreuses eglises byzantines, possedant encore des fresques d’origine a l’interieur. Malheureusement, on ne peut que les apercevoir car le site n’est pas accessible a velo.

Sur la route, Amelie et Ivan nous ont laisse des messages. On trouve un "coucou", ecrit en relief dans les graviers. Ils sont bien devant nous ! Mais on ne les rattrapera pas dans la journee et on trouve un village ou l’on nous invite encore une fois ! A partir de la, les paysages sont un peu ceux du far-west : des montagnes plates au sommet, surplombees d’une falaise. Dans leurs flancs sont creuses des caves qui servent a entreposer les recoltes de pommes de terre.

A Derinkuyu, dans la matinee, on les retrouve et on reprend la route ensemble. Arret a Kaymakli, ou se trouve une cite souterraine datant de 4000 ans. Le prix de l’entrée est assez exhorbitant. Alors qu’on hesite a faire demi-tour, un groupe d’espagnols nous refilent leurs tickets usages et nous proposent de tenter notre chance. Ca marche. On entre dans un veritable labyrinthe sur plusieurs niveaux. On se croirait dans une fourmiliere a echelle humaine. Des galeries etroites dans lesquelles on avance recroqueville, des pieces, des trous, des cuisines, des etables, des salles de bain… tout etait prevu pour vivre sous terre pendant 6 mois en cas de menace. Comme il y a peu de touristes en cette saison, on peut s’amuser a faire un cache-cache, mais c’est trop facile pour ceux qui se cachent. Il y a vraiment de quoi se perdre et heureusement que la sortie est flechee !.

La magie des maisons de the (Cayhane)

La journee recreative se poursuit : on s’installe dans une maison de the pour se rechauffer et jouer au rami Les clients sont etonnes de nous voir jouer selon les meme regles qu’eux. Et sans que l’on ne fasse aucune demande, l’un des clients (Aydin) vient s’inquieter de notre sort pour la nuit et nous invite chez lui. C’est pas magique ca ? C’est pour ca qu’on les aime les maisons de the. Mais aussi parce que ce sont nos refuges pour manger a midi quand il fait froid, pour boire un the a tout moment de la journee, pour ecrire, pour jouer aux cartes, pour demander des informations … et aussi pour aller aux toilettes. On ne pourrait pas imaginer la Turquie sans ses Cayhane.

Aydin nous ouvre une partie de sa maison ou vit habituellement sa mere. Il n’arrete pas de s’excuser parce que c’est tout petit mais on le rassure tout de suite : c’est parfait. Il y a des toilettes (l’eau de la chasse est gelee), une piece cuisine et une piece avec un poele, des matelas et des couvertures. On est tous les 4, comme chez nous. Amelie cuisine ses fameuses lentilles (1h30 de cuisson) sur le poele, Ivan fait le tri dans ses sacoches (il a du boulot), Armelle laisse un peu de sa peau sur le tuyau de poele et Gerald fait le menestrel. On finit notre partie de carte en mangeant des pop-corn ! Elle est pas belle la vie ? Il nous manque juste une douche ; les cheveux commencent a gratter serieusement.

La Cappadoce : Urgup

Le vrai festival commence ! De nombreuses vallees biscornues se profilent devant nous, ainsi qu’une multitude de rochers aux formes et aux couleurs variees. Certains sont de vrais morceaux de gruyere qui abritent des villes entieres ou bien des eglises. Tout est beau. Les appareils photo chauffent, mais pas les velos. On s’arrete d’abord pour visiter des habitations troglodytes dans un enorme amas rocheux, puis on pique-nique dans une maison creusee dans un cone volcanique. Les autres cones a proximite abritent des eglises qui contiennent encore des fresques.

Urgup n’est plus tres loin. Mais on y va un peu a reculons car c’est une ville tres touristique, les hotels y sont chers et donc l’hospitalite doit se faire plus rare. Effectivement, on bataille un peu pour trouver de quoi se loger. Un jeune propose de nous aider mais il nous prepare seulement un programme touristique pour le lendemain. Mais ce n’est pas de cela dont on a besoin. Il essaye alors de se rattraper en nous accompagnant dans des hotels trop chers, puis a la mosquee, mais sans aucun resultat. Du coup, on le remercie. On va se debrouiller tous seuls. La maison de the est encore notre refuge. On y mange un bout avant de repartir a la recherche d’un abri pour la nuit. Finalement, le patron nous indique une pension dans la rue voisine. Ivan va jeter un coup d’oeil et negocie comme un chef. Les chambres ne sont pas chauffees mais c’est tres beau, confortable, et on va pouvoir enfin prendre une douche !

La Cappadoce : Uchisar

La route qui part d’Urgup, en direction d’Uchisar, grimpe et passe entre deux parois rocheuses truffees d’habitations troglodytes. Puis on retrouve un plateau qui offre une belle vue sur les vallees environnantes. On s’y attarde moins car il y a beaucoup de vent. Sur la droite de la route est indiquee la fameuse "vallee de l’amour". Par un sentier, on peut la longer et arriver ainsi a Goreme. Gerald tente de nous convaincre pour quitter la route et emprunter le sentier. Mais avec les velos charges, on a trop peur de la galere qui nous attend. On est joueur, mais quand meme…

Alors on suit la route jusqu’a Uchisar. Le village entoure le "kale", un piton de tuf, perce de cavites et de galeries. On va jeter un coup d’oeil a l’interieur pendant que les bretons fouinent dans les autres morceaux de gruyere du village. L’entrée est payante. Mais l’interieur est vraiment decevant et on se rendra compte plus tard qu’on pouvait y acceder sans payer ! Par contre, la vue depuis le sommet du kale est impressionnante. On voit l’ensemble des vallees qui entourent Goreme et les differentes formations rocheuses, biscornues et colorees.

La Cappadoce : Goreme

L’endroit est insolite, surrealiste : le village est situe au croisement de plusieurs vallees, au milieu d’une multitude de cones volcaniques. Les ruelles forment un veritable labyrinthe ou l’on se perd plusieurs fois, dans la nuit, a la recherche d’une pension. Les habitations qui entourent le village ont une partie creusee dans la roche. C’est le cas de la petite pension ou l’on s’installe. Le dortoir est creuse dans le cone rocheux. Il y fait bon. Nous ne sommes que tous les quatre. C’est comme a la maison : lessive, etendage, repas, jeux, ecriture. On est pepouses.

La vallee de l’amour nous appelle. On laisse les velos et on part a pied pour une petite randonnee, a la decouverte de ces fameux rochers aux formes evocatrices. "Kopek" (chien en turc) nous suit depuis le village. A part l’entrée de la vallee, rien n’est indique. On avance aux hasard des sentiers, sans voir l’ombre d’une b… Mais a l’autre bout de la vallee se situent des eglises, avec des restes de fresques a l’interieur. Et puis le paysage est toujours aussi etonnant. Pour ne pas faire un simple demi-tour, on essaie de rejoindre une autre vallee. Les passages sont escarpes mais kopek nous aide a choisir notre itineraire. Le retour est beaucoup plus amusant. Il n’y a pas de sentier alors il faut parfois emprunter des passages creuses par l’eau dans la roche, desescalader, se frayer un chemin dans les epineux ou entre les rochers. Mais kopek est toujours la pour nous guider, quand il ne court pas après un renard. On revient bredouille…on n’a rate l’essentiel de la vallee de l’amour, mais on a fait une bonne ballade.

La soiree est placee sous le signe du japon. Deux japonais se sont installes a nos cotes dans le dortoir. On decouvre les dernieres technologies miniatures, un livre illustre anglais-japonais et on boit du the. C’est quand qu’on y va au Japon ?

La Cappadoce : la vallee rose

Troisieme separation : Amelie et Ivan nous quittent. Leur visa indien court depuis Istanbul et leurs economies ne leur permettent pas de payer une nuit de plus a Goreme. Nous, on a encore envie de trainer un peu dans ce décor fantastique. En les voyant disparaitre a Cavusin, on a un petit pincement au coeur. Ils vont nous manquer…

Gerald avait parle d’une petite ballade a velo dans la vallee rose, a partir de Cavusin. Tres bien, Armelle est un peu fatigue. Au debut, ca roule bien mais le chemin se retrecit. L’homme qui est a l’entree d’une eglise troglodyte nous dit qu’il est impossible de continuer a velo, qu’il va falloir le pousser ou le porter. On hesite a continuer mais on a deja fait un bon bout de chemin et on n’aime pas faire demi-tour. Et ce n’est pas la premiere fois qu’on nous deconseille de prendre les velos, parce que c’est trop dur ou pas pratiquable… et a chaque fois, ca passe ! Mais effectivement, le sentier devient de plus en plus etroit, jusqu’a ce qu’on se retrouve coinces entre les parois rocheuses. Il faut alors porter les velos, ce qui n’est plus du tout du gout d’Armelle qui n’avait pas l’intention, au depart, de s’eterniser ici. Gerald part en eclaireur, au sommet des rochers. Il s’extasie devant la vue qui s’offre a lui… alors on continue a grimper en portant les velos. Effectivement, le paysage est terrible ! Ca vallait le coup d’en baver un peu. Seul le retroviseur d’Armelle n’a pas tenu le coup. Il a pris un choc ; il est mort.

On revient par une vallee blanche, moins impressionnante mais avec plus d’eglises et d’habitations. La ballade nous ramene a notre point de depart, a Cavusin. Gerald veut encore reprendre les chemins pour revenir a Goreme mais Armelle choisit le chemin le plus court et le plus sur : une large piste qui nous y mene directement.

Au retour, on se fait une omelette sur le rechaud, dans la cour de la pension (c’est pas tous les jours qu’on peut cuisiner des oeufs !) et on s’offre une petite biere, propice a la recuperation (on n’en avait quasiment jamais trouve depuis Istanbul).

La Cappadoce : la vallee de l’amour, enfin !

On ne lache pas le morceau. Avant de partir, on va les trouver ces fameux rochers en forme de phallus ! Il ne fallait que 5 minutes a velo depuis le village pour les trouver…le passage qui mene a cet endroit etait cache derriere un hotel… Alors voila, on est contents, on les a vus. Maintenant on peut reprendre la route. A la sortie du site, on croise un des japonais de la pension. Il nous souhaite bon voyage et bon courage, en souriant et en serrant ses petits coudes et ses petits poings contre lui. Un vrai personnage de manga !

Kayseri-Sivas : paysages mornes mais rencontres enrichissantes

La Cappadoce, c’est fini. Apres seulement quelques kilometres, le paysage exhuberant laisse la place a des reliefs plus doux, aux couleurs fades. En toile de fond, le mont Erciyes qui culmine a 3900 m est couvert de neige. A ses pieds, la ville de Kayseri. On y fait le marche pour trouver de quoi se proteger pour l’hiver : une paire de gants, une paire de chaussettes, de la laine et des aiguilles pour se tricoter des moufles (ca, c’est a cause des bretons…). A partir d’ici, la route n’est vraiment pas exhaltante et le temps est gris. On reste sur un plateau a 1500 m d’altitude, borde de part et d’autre par des chaines de montagnes, sans aucune vegetation.

Par contre, l’hospitalite turque s’exprime toujours autant. C’est d’abord un imam qui nous accueille dans sa maison et qui nous fait beaucoup rire. Pourtant, au premier abord, son air serieux nous avait un peu impressionnes. Il prend le yukulele et improvise des chansons anglo-turques. Sa femme nous montre comment faire le pain, la grand-mere qui fait peur soigne la brulure d’Armelle et joue avec les enfants, et ces derniers sont tres souriants et vifs d’esprit. La soiree est riche et inoubliable ! Puis c’est un marchand de boeufs qui met a notre disposition une piece chauffee (ainsi que son employe… qui n’a pas l’electricite a tous les etages), juste a cote de l’etable. Ensuite c’est Fatih qui nous propose un local a cote de la maison de the mais on fini par dormir chez un de ses amis. Il est drole, attentionne, et sa femme nous propose une douche et meme une lessive. Enfin, a Sivas, on atterrit dans des dortoirs universitaires. Les velos sont dans la mosquee du village voisin, Gerald est avec les garcons a l’entrée de la ville et Armelle est avec les filles en centre-ville. C’est une bonne occasion pour nous de discuter avec des jeunes.

َArmelle est invitee a passer la soiree dans une chambree. Les 4 filles ont autour de 20 ans. Elle viennent de differentes villes de Turquie et etudie des matieres differentes (informatique, chimie, mathematiques et secretariat medical). Mais elles ont toutes un petit-ami, avec lequel elles souhaitent ou prevoient, deja, de se marier. Lorsqu’Armelle leur demande ce qu’elles veulent faire après leurs etudes, elles lui repondent qu’elles veulent se marier, avoir des enfants et etre femmes au foyer. Les etudes ne sont qu’une securite pour trouver un travail, au cas ou elles ne trouveraient pas de mari. Elles sont toutes les quatre de religion musulmane et portent le voile. Seule la 5eme "colocataire" qui arrive plus tard, ne porte pas le voile et semble plus extravertie. Mais Armelle n’a pas l’occasion de connaitre ses projets pour l’avenir…L’une des filles lui fait une demonstration de danse orientale. Elle porte alors un debardeur, un foulard rose sur les hanches et a les cheveux detaches. Mais lorsqu’elle veut la prendre en photo, elle remet un gilet a manches longues et le voile sur sa tete. Elle en offre d’ailleurs un a Armelle ; ca lui sera utile en Iran.

De son cote, Gerald recontre des garcons du meme age. Ils se disent casaniers et n’auraient jamais l’idee d’entreprendre un voyage comme le notre. Ils disent qu’ils n’ont pas vraiment le choix a cause du travail, de la famille et du manque de temps libre. Mais il semble qu’ils n’aient tout simplement pas envie de partir , ne serait-ce que pour visiter la Turquie, pour voir autre chose. Seul l’un d’eux semble attire par les voyages. Il travaille l’ete a Izmir et rencontre beaucoup d’etrangers. Et meme s’il est ne a Sivas, il ne souhaite pas y rester.

Dure decision…

Nous sommes a Sivas, a 1300 m d’altitude, il fait 6 degres. Depuis hier, il pleut des cordes et la meteo n’annonce pas de changement pour les jours a venir. Sur l’itineraire qui nous attend, en direction du nord-est de la Turquie, il y a deux cols a plus de 2000 m d’altitude a franchir. Il est donc certain que l’on va se retrouver sous la neige, et pour un bon moment, car l’hiver est la et on se dirige vers des regions situees entre 1600 et 2000 m, en Turquie comme en Iran. Alors on va se renseigner a la gare. Le choix du train nous parait d’abord evident. Mais une fois devant le guichet, on se dit qu’est venu jusqu’ici a velo et qu’ on aimerait continuer. Ca nous chagrine un peu de choisir la facilite. On s’asseoit dans le hall et on retourne la question dans tous les sens. On sort le pain et le fromage pour caler notre estomac et reflechir dans de meilleures conditions. On va meme jusqu’a tirer a pile ou face. Les faux-depart en direction du guichet, le billet de 50 Ytl en main, se succedent. Le coeur nous pousserait a poursuivre a velo, mais la raison nous oriente vers le train. Apres 2h30 de tergiversation, on se dirige tous les deux vers le guichet. De toute facon, il est maintenant trop tard pour rouler aujourd’hui. Le prix du billet fini de nous convaincre : 10 Ytl chacun, soit environ 6 euros, pour 500km de trajet ! Le train partira a 5h du matin…

On va alors patienter dans un café internet, puis dans un cayhane jusqu’a la fermeture, vers 22h. Il pleut toujours. La salle d’attente de la gare est pleine. Armelle peut commencer a tricoter des moufles, c’est l’occasion, car on ne peut pas esperer dormir beaucoup. Mais peu après notre arrivee, les agents de securite viennent nous voir. On ne peut pas laisser les velos dans la salle d’attente et on comprend qu’il veulent fouiller nos sacoches. Ca ne nous plait pas du tout. A contre-coeur, on les suit. Mais ils veulent seulement mettre nos velos a l’abri et ils nous invitent a les rejoindre un peu plus tard, pour prendre le the. Decidement, leur accueil nous surprend toujours autant. Un peu plus tard, donc, le chef vient nous chercher. Il nous amene dans les bureau de la securite. On casse la croute et on prend le the avec ses collegues. Ils sont souriants et ne cessent de plaisanter. Visiblement, ils ont fait quelques courses pour l’occasion. On a droit a un vrai traitement de faveur alors que l’on se considere comme des voyageurs comme les autres… On redescend dans la salle d’attente pour essayer de dormir un peu en attendant l’arrivee du train. C’est l’annonce qui nous reveille : une voix feminine sur un fond de musique pop-turque de daube, qui nous a deja reveillee a chaque passage de train. On n’a pas les yeux en face des trous mais il faut s’activer pour mettre les velos dans le train nous-meme. On n’aime pas vraiment quand quelqu’un les manipule a notre place. Un dernier signe de la main pour saluer nos amis de la securite et le train demarre, direction Erzurum…

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