L'Asie en Danseuse

Présentation

Turquie 2 : "Misafir" ou le sens du mot "hospitalité" (du 2 au 13 nov. 2007)

Ou est Mustafa ?

Avec notre visa pour l’Iran en main, on quitte Istanbul en bateau. La traversée de la mer de Marmara nous évite un long détour pour aller vers le sud. Et c’est avec Amélie et Ivan que l’on part a la découverte de l’Anatolie occidentale. On imagine qu’il sera difficile de trouver un jardin pour planter la tente ou un garage pour s’abriter en cas de grosse pluie. Quelques kilometres apres la descente du bateau, on fait le plein d’eau pour le repas et la toilette, dans un village. On a a peine demandé avec nos trois mots de turc ou l’on pouvait planter la tente, que Mustafa nous prie de le suivre. İl nous ouvre les portes de son garage. C’est parfait, on est heureux comme des rois. Mais le meilleur est a venir. Toute la famille débarque, nous installe des sommiers, des matelas, une petite table et un copieux repas. La soirée se poursuit dans le salon, a la chaleur du poele. Gérald fait ses premiers essais au yukulele, Amélie demande a Mustafa si il a des cochons dans sa ferme (... !) et Ivan fait une démonstration de ses talents de mime pour expliquer leur voyage. Désormais, on l’appellera Bernardo. Alors qu’on pensait dormir dans le garage (ce qui nous convenait parfaitement), Mustafa insiste pour que l’on passe la nuit au chaud, dans le salon. Il nous semble qu’il serait vexé si l’on refusait. Amélie et Ivan ont droit a un grand lit car a la question "etes-vous mariés ?" ils ont répondu oui. Nous n’avons droit qu’a deux petits lits séparés... L’honneteté ne paye pas toujours.

Un p’tit air de colo’

Deuxieme soirée en Anatolie Occidentale. Alors qu’on est en train de planter les tentes pres d’un village, le maire nous invite a nous installer dans une ancienne école. Il y a des douches, une salle a manger et un grand dortoir avec des lits superposés. Un voisin nous amene un repas pour tous les quatre... et des bougies. Le maire rétablit le courant a l’aide d’une installation sommaire : un tournevis est planté dans la prise et deux fils électriques y sont raccordés de façon tres artisanale. Interdiction de s’en approcher. Pendant qu’on écrit, Ivan joue du violon dans la piece d’a coté. On entend des bruits sourds, plusieurs fois, alors on descend au rez de chaussée, armés de nos batons anti-köpek...rien. Ce n’était que le bruit des pieds d’Ivan qui battaient la mesure ! Pour détendre l’athmosphere, on profite de la profusion d’oreillers pour se faire une petite bataille puis une partie de cartes.

Une nuit a la mosquée

Toute la journée, sous un temps peu clément, Ivan et Amélie ont subit plusieurs crevaisons (le début d’une longue série). Vers 16h, on décide de s’écarter de la grande route pour se diriger vers un village situé a 3km. Facile a priori, mais le dénivelé n’était pas précisé... Les bretons sont fatigués et obligés de regonfler leurs pneus plusieurs fois dans la cote. Amélie zigzague pour atténuer la pente. Alors on part devant a la recherche d’un abri pour ce soir. La premiere personne que l’on rencontre, c’est Halil, l’imam. On le suit dans les rues boueuses du village, jusqu’a la mosquée. On dormira dans une piece attenante a la salle de priere. Elle est recouverte de tapis, entourée de coussins, avec un poele au centre. Apres nous avoir servi du thé, Halil nous offre un bon repas. On se rendra compte plus tard, que c’était un vrai festin. C’est l’une de nos premieres soirées au sein d’un village turc. Apres la priere, les hommes restent un moment a discuter dans cette meme piece, entre-eux et avec nous. La soirée se poursuit dans le bar a thé, juste en face. On y rencontre deux instituteurs de l’école qui nous invitent a prendre le thé le lendemain matin. Et ce n’est pas fini ! Au réveil, le voisin nous invite au petit déjeuner. C’est un vrai repas qui nous attend, dans une ambiance chaleureuse. Ca tombe bien car dehors il fait froid et il pleut. Halil nous raccompagne ensuite jusqu’a la sortie du village. C’est sa mission, nous dit-il. On est tous impressionnés par l’attention qu’il nous a portée.

Premiere séparation

Les ennuis techniques d’Ivan et Amélie continuent. On se sépare un peu avant Akhisar,dans une station service, alors qu’ils essaient de réparer un rayon. Ce n’est pas si simple... et les employés de la station font une grosse boulette. Alors on avance. On se retrouvera surement ce soir, ou demain, a Akhisar. En ville, il est difficile de trouver une bonne ame pour nous accueillir. On y croit pourtant lorsque le directeur du lycée nous assure qu’il va nous aider. Il parle anglais mais ce qu’il dit n’est pas tres clair. Il nous parle d’abord d’un de ses amours en France. On a la vague impression qu’il ne va nous demander de la retrouver... Il nous demande ensuite si on est mariés. Et lorsqu’on lui répond, il nous dit que de toute façon, la plupart des gens mariés ne s’aiment pas. Oulala, il a des problemes a régler lui ! Bref, il nous dit qu’on ne peut pas dormir au lycée, puis il nous dit l’inverse. Tout cela en sortant de l’établissement pour nous guider vers la maison des profs (espoir)... qui serait moins chere (? !) que le petit hotel ou il nous emmene. Vous n’avez rien compris ? Nous non plus. Mais il fait déja nuit alors on le suit quand meme. Sur le chemin, la seule question qu’il a a nous poser c’est "combien de kilos avez-vous perdu depuis le départ ?". Il a plusieurs problemes a régler... On accepte l’hotel rudimentaire apres avoir fermement négocié les prix. La soirée est un peu triste sans nos deux potes. On s’est quittés un peu vite, en se disant qu’on se retrouverait a la mosquée, au premier ou au deuxieme appel de la soirée. Le probleme c’est que la ville est bien plus grosse que prévue. Il y a plein de mosquées. Alors on tente d’envoyer des messages sur internet et on fait des aller-retours a l’une des mosquées (soit-disant la principale). Rien...

Le lendemain on traine un peu dans la ville, dans l’espoir de les revoir. On trouve un porte-bonheur a leur offrir pour mettre fin a leur série de crevaisons et autres casses. En fin de matinée, le klaxon d’Amélie retentit. Chouette ! On repasse une nuit dans le meme hotel, tous ensembles apres avoir tenté, quand meme, de trouver Mustafa. Et en demandant de l’aide a quelqu’un c’est la police qui nous a trouvés, nous a demandé nos passeports, tout ça pour nous conduire vers un hotel encore plus miteux, au meme prix. Bien agacés, on a meme tenté de s’inviter dans un magasin de canapés ! Le seul rayon de soleil de cette journée en ville fut Ali Osman, le patron d’un restaurant. Il nous offre un repas alors qu’on passait juste dans le quartier pour acheter du pain. En retour on lui offre ainsi qu’a ses employés tous aussi sympathiques, un morceau de musique. Il danse avec son petit fils dans les bras. Son sourire fait plaisir a voir. Comme on reste le soir a Akhisar, il nous invite a prendre le café le lendemain matin. Non seulement il nous offre un café, mais aussi et surtout un énorme petit-déjeuner ! Depuis Istanbul, c’est le deuxieme vendeur de sandwichs gratuits que l’on rencontre !

Derniere journée a 4

Apres une grosse journée de vélo (environ 75 km), c’est le patron d’un bar a thé qui nous invite chez lui. Pour la premiere fois, nous ne passons pas la soirée ensemble. Ivan et Gérald vont au bar avec les hommes, jusqu’a la fermeture. Ils réussissent a discuter et a apprendre quelques mots de turc grace au dessin. Amélie et Armelle vont chez la voisine, avec les femmes, pour manger des pop-corns devant la télévision. C’est étrange. La télé prend toute la place, les discussions sont restreintes alors elles papotent toutes les deux. Le lendemain, Ivan décide de changer la chaine de son vélo. Est-ce bien raisonnable ? Non ! La chaine n’avait pas la bonne taille ; il enleve des maillons mais fait une boulette et passe alors une heure a la remonter. Des les premiers kilometres, Amélie a du mal a suivre. La journée d’hier l’a fatiguée alors ils décident de ralentir, voire de s’arreter. Cette fois-ci nos chemins se séparent vraiment, mais on a bien l’intention de se revoir. On évoque la ville de Konya comme point de rendez-vous...

Dindarli, un petit coin de paradis

Apres avoir quitté Ivan et Amélie, on passe une soirée extraordinaire avec Yahya, le maire de Dindarli, et ses habitants. On se sent tout de suite en confiance dans ce village. Dans le bar a thé, tout le monde (les hommes... il n’y a que des hommes) veut nous inviter. Finalement c’est Yahya qui s’occupe de nous. On laisse les vélos et tout le matériel (sauf les sacoches de guidon dont on ne se sépare jamais) au beau milieu du village, sans les attacher et sans aucune crainte de se les faire voler. Yahya nous emmene en voiture, par les chemins cabossés, dans un lieu surprenant. Apres avoir traversé une tonnelle sous laquelle les femmes s’affairent, on entre dans une petite piece remplie de monde. Certains sont en train de manger par terre, d’autres discutent sur les banquettes. On s’installe parmi eux. Le poele ronronne. Puis c’est notre tour de manger en compagnie de Yahya et de son fils. Encore un vrai festin qui se finit par un énorme plateau de fruits qui proviennent tous des jardins avoisinants. A l’école du village on retrouve la meme atmosphere. Tous les enseignants sont souriants, enthousiastes et nous assaillent de questions. Nous sommes invités a revenir dans le village, chez Yahya, a l’école et dans la petite communauté d’agriculteurs...

Pamukkale ou pas Pamukkale ?

Pamukkale (« château de coton » en turc) est un site naturel, une curiosité géologique. Ce site doit son nom aux couches blanches qui couvrent la montagne. Les eaux chaudes qui s’écoulent, en s’évaporant, laissent du calcium sur les flancs de la colline et créent des bassins naturels.

Lorsqu’on arrive pres du site, il est déja tard et le vent souffle si fort qu’on a du mal a avancer. Le prix du billet finit par nous dissuader d’y entrer. Et puis payer pour voir un site naturel, ça ne nous plait vraiment pas. On en fait alors seulement le tour, car meme de loin, c’est impressionnant. On n’exclut pas la possibilité d’y retourner le lendemain. Mais il faut d’abord s’en éloigner car ce lieu est tres touristique et les hoteliers ne cessent de nous appeler du bord de la route. Merci, si on veut vraiment un hotel, on sera assez grands pour en trouver un ! Dans le petit village voisin, plus d’hotels, plus de commerçants et de boutiques de souvenirs. On respire. On s’arrete, sous la pluie, pres a se diriger vers un endroit ou il y a de la musique. C’est peut-etre un mariage et on aimerait bien assister, au moins une fois, a une fete familiale. On pourrait peut-etre y voir des danses. Mais Youssouf nous dit de nous mettre a l’abri, nous offre le thé, puis nous ouvre son atelier de menuiserie pour y passer la nuit. Finalement, comme chez Mustafa, on mange avec sa famille et on dort au chaud dans le salon !

On repart sous le soleil en hésitant a faire demi-tour pour visiter pamukkale. C’est toujours difficile de revenir sur ses pas, a vélo, et puis il parait que le site naturel a été tres endommagé ce dernieres années par le développement abusif des infrastructures touristiques (les piscines notamment). Il est dommage d’etre venu jusqu’ici seulement pour l’apercevoir, mais le choix est fait : on avance !

Le soleil et la mer, ça se mérite !

On met trois jours a traverser la chaine de montagnes qui nous sépare alors de la mediterrannée. On a voulu prendre la route la plus courte et la plus tranquille, mais ce n’est vraiment pas la plus rapide. Les pentes nous surprennent par leur longueur et leur inclinaison. Le temps devient maussade et parfois carrement pluvieux. On passe 2 cols aux environs de 1500m d’altitude, sous la grisaille et la pluie. Heureusement, chaque soir on rencontre notre "Mustafa", qui nous invite a manger et a dormir au chaud.

Chez Hasan, on passe encore la soirée séparés. Gérald va au Market pour rester avec les hommes. Armelle reste a la maison avec sa femme et grace a un petit dico Anglais-Turc, elle arrive a bien discuter avec elle, malgré ses trois garçons increvables sur lesquels elle n’a aucune autorité. Il en va ainsi d’ailleurs pour la plupart des garçons. Tout leur est permis et il ne s’endorment que lorsqu’ils sont épuisés, c’est a dire tres tard. Le petit de 3 ans s’agite autour de nous jusqu’a 11h du soir !

Chez Ekrem, on passe la soirée avec toute la famille (freres, soeurs, enfants, neveus, nieces, grand-parents). Tout ce petit monde se retrouve dans la piece commune apres le repas. La petite derniere, de un an, se tremousse sur les airs de yukulele de Gérald. Les filles nous montrent comment faire des "sandwichs au loukoum". Prendre 2 biscuits secs, placer le joli loukoum rose au milieu, bien écraser... et croquer !

Chez Huseyin, qui est célibataire (c’est extremement rare !) on est plus autonomes. On tente la préparation du repas sur le poele. Cela s’avere rapide et efficace. A refaire. Son copain Seyfi parle tres bien anglais, il travaille l’été sur la cote dans un hotel. On lui demande de quoi peuvent bien vivre les gens dans cette région : il y a peu d’agriculture et aucune usine. C’est a la mine que les hommes vont travailler... jusqu’a la retraite a 32 ans ! Les conditions doivent vraiment etre tres difficiles et dangereuses. Ensuite, ils s’occupent de leur jardin, vont jouer au bar a thé, et fument comme des pompiers.

Plus qu’un col avant de basculer sur la cote. D’en haut on aperçoit la mer, enfin !

Pendant ces 12 jours, d’Istanbul a la cote mediterranéenne, il n’y a qu’un seul jour ou l’on ne nous a pas offert un toit et un repas. Chaque soir on se demandait ou était Mustafa et on n’a jamais eu de mal a le trouver, bien au contraire !

Signes particuliers

  • les robinets trop courts qui coulent sur le rebord et non pas dans le lavabo. La plomberie qui se casse la figure en général
  • le papier journal étalé sur la table ,qui fait office de nappe
  • le poele qui trone au centre de la piece principale
  • les énormes "pichets" d’eau qui chauffe en permanence pour le thé
  • LE thé ("çay"), que l’on boit sans arret, partout, absolument partout.
  • le pekmez, sorte de mélasse a base de raisin. Comme ils ne font pas de vin...
  • la télévision, toujours allumée, (émissions affligeantes, infos catastrophes en boucle, clips ringards, séries sans paroles et publicités toutes les 2 minutes)
  • les graviers mal collés sur la route
  • le "okey" = Rami joué avec des dominos (comme le rumikub) dans les bars a thé
  • une certaine marque d’affection : les coups remplacent les caresses et les embrassadent au sein de la famille.
  • la multitude de stations essences. Le record : 3 de la meme société sur 200m !
  • le portrait d’Atatürk. Impossible de le rater.
  • les chiottes turques (meme dans le train, j’vous jure !) avec le petit pichet en plastique en guise de chasse d’eau et les sandales en plastique que l’on chausse avant d’y entrer
  • le nombre d’habitants sur les panneaux a l’entrée des villes
  • l’odeur nauséabonde et le nuage gris au dessus des villes du au chauffage au charbon
  • les bidons d’huile (de cuisine) de 18 L !
  • le chauffage a la bouse séchée
  • les pantalons bouffants des femmes. Pas tres sexy, mais pratique
  • l’eau de cologne que l’on nous verse sur les mains a la fin du repas

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