L'Asie en Danseuse

Présentation

Byzance,... Constantinople,... Istanbul !!! (du 15 oct. au 2 nov. 2007)

Ces noms ne désignent qu’une seule et meme ville mais a eux seuls, deja, ils font rever. Et lorsqu’on évoque le sultan Soliman le magnifique, le grand bazar ou la mosquée bleue, la magie commence...

Premiers pas vers l’Orient

15 octobre 2007. Un petit tampon rouge sur le passeport nous ouvre les portes de la Turquie pour trois mois. Une petite photo devant le drapeau du pays que l’on trouve plutot joli (pour l’instant). Un militaire nous interdit de prendre cette photo, mais grace a un large sourire, il nous y autorise, a condition de faire vite. On ne comprend pas bien la raison de cette interdiction. Mais on s’en fiche car on fait nos premiers tours de pédale en Turquie, direction Istanbul !

Les premiers changements se font en douceur. On grimpe dans la montagne recouverte de foret avant de redescendre au milieu d’une sorte de garrigue (petits buissons et sol rocailleux) qui s’étend a perte de vue. C’est beaucoup plus sec et c’est tant mieux. L’humidité et la grisaille, y’en a marre. Aujourd’hui, c’est grand soleil ! Les conducteurs nous klaxonnent et nous saluent avec un grand sourire. L’alphabet redevient lisible ; plus de lettres a l’envers et de chiffres au milieu des mots. Au centre de chaque village le minaret remplace le clocher. Les chiens que l’on croise sont toujours aussi gros mais paisibles. Pourvu qu’ça dure !

A Kırklareli, c’est plus radical. La ville est en mouvement perpétuel. Il y a beaucoup de monde et surtout des hommes et des enfants en uniforme qui sortent de l’école. Les quelques femmes que l’on aperçoit sont, pour la plupart, voilées. Il y a une mosquée pour chaque quartier, ce qui fait un nombre de minarets impressionnant lorsqu’on arrive en ville. Il y a aussi plein d’odeurs qui nous attirent : celle des kebabs, des patisseries, des köfte (boulettes de viande cuites sur le grill) et du pain. Enfin du vrai pain, a profusion ! Vers 16h on entend pour la premiere fois l’appel a la priere du muezzin. Enfin, avant de repartir, on découvre le "çay" (thé), servi dans un petit verre en forme de tulipe, posé sur une soucoupe colorée. Un délice.

Les 3 nuits qui suivent sont assez douces. La température remonte progressivement et on trouve des endroits paisibles pour camper. Avant de se coucher, on partage un thé avec les voisins et on se fait réveiller par les troupeaux de vaches ou de moutons qui passent a proximité de la tente. A chaque repas un petit chat qui passe par la nous tient compagnie et on nous offre du thé, voire meme des gateaux. C’est pas désagréable.

En Turquie, plus on avance, moins on avance. A chaque fois que l’on s’arrete pour manger, prendre une photo, regarder la carte, faire des achats ou meme soulager nos besoins naturels, un turc s’approche pour discuter, pour nous offrir son aide (meme quand on n’en a pas besoin), pour nous saluer, nous offrir un thé ou a manger. Record battu non loin d’Istanbul : on reste 3/4 d’heure a discuter devant un petit magasin alors qu’on venait simplement acheter un bidon d’eau et un paquet de gateaux !

4 jours a Sultanahmet (quartier de l’ancienne ville Byzantine)

L’entrée dans la ville d’Istanbul (12 millions d’habitants) est un peu sportive mais on a tellement envie d’y etre que ça passe sans encombres. On se dirige tout droit vers Sultanahmet pour y trouver un petit hotel pas cher. On y croise 5 cyclos (2 néo-zélandais et 3 allemands) donc ça doit etre le bon endroit pour se loger au meilleur prix. On s’installe vite dans un dortoir pour profiter du coucher de soleil sur Istanbul depuis la terrasse de l’hotel. Le ciel est dégagé. On peut voir le Bosphore, le ballet des ferrys et des cargos, la mosquée bleue, la mosquée Sainte-Sophie et entendre le chant des muezzins. Voila, on est encore sur le continent européen, mais de l’autre coté du Bosphore se profile le continent asiatique. On est deja un peu en Orient.

Tout excités a l’idée meme d’etre a Istanbul, on part au hasard, sans réfléchir, dans les ruelles du quartier de Sultanahmet. C’est tres touristique, notamment aux abords des grandes mosquées et du grand bazar. Mais comme a Venise, des qu’on s’écarte un peu, c’est paisible ou bien agité, mais par la vie stambouliote et non pas a cause des bus entiers d’allemands ou de japonais déversés sur le pavé. Armés de leur caméra, de leur appareil photo et de leur téléphone portable, ils traversent a toute allure les mosquées sans meme les voir de leurs propres yeux. C’est hallucinant.

On traverse donc les quartiers marchands. Il y a le secteur du textile, celui des objets en plastique, des ceintures, des vélos, des appareils photo, de la papeterie, des foulards, des jouets made in China, etc. Au milieu des passants, des vendeurs ambulants de bananes, de pommes, de petits pains au sésame ainsi que des porteurs. Sur leur dos, des montagnes de vetements.

Dans une petite rue en pente, au pied d’une petite mosquée en brique, on découvre un petit escalier. Comme on aime bien faire les fouines, on l’emprunte. Il débouche sur une petite cour avec des arbres. Il y a des petits vieux qui jouent au carte, au PMU ou a des machines a sou. L’ambiance est calme, agréable. Alors on se pose un moment dans le petit bar a thé, a l’écart de l’agitation de la rue. Ici le thé est a prix raisonnable et personne n’essaie de nous arnaquer malgré nos tetes de touristes. On reviendra passer un moment ici les jours suivants.

Bien sur on ne résiste pas a l’envie de trainer dans le grand bazar au milieu des bijoux, des loukoums, des tapis et des instruments de musique (entre autres). C’est beau, c’est vivant, ça donne envie de s’y perdre. Dans la partie la plus ancienne, un drapeau de la Turquie et un portrait d’Atatürk. Pour l’instant on ne sait pas bien ce qu’il représente mais on ne va pas tarder a le savoir.

Quelques moments insolites

La visite des toits de l’ancien bazar aux textiles. En haut d’un petit escalier, dans un batiment a l’abandon, Mehdi nous invite a visiter ce qui était un bazar avec des ateliers de confection et des boutiques de vetement. Aujourd’hui tout est vide. Il nous ouvre une porte permettant d’accéder au toit. La vue est incroyable ! On est en face du pont de Galata, une des arteres principales d’Istanbul. On peut voir aussi Yeni Camii (notre mosquée préférée), Suleymani Camii (la plus grande mosquée), le bazar aux épices, la tour de Galata, le Bosphore... Le hasard fait souvent bien les choses.

Le cours d’abdos dans la boutique d’un marchand de tapis du grand bazar. Lorsqu’on se ballade dans les quartiers commerçants et qu’on nous interpelle, on dit tout de suite qu’on voyage a vélo pour longtemps et qu’on est bien assez chargés. Ainsi, les commerçants n’insistent pas et la discussion peut s’ouvrir sur des choses "pas-commerciales". Alors on prend le temps de boire un thé, de s’installer pour parler. C’est comme ça qu’un marchand de tapis qui désire faire disparaitre sa bouée abdominale demande des conseils a Armelle. Elle essaye de répondre vaguement mais il insiste pour qu’elle lui montre des exercices d’abdos. Elle fini par faire une démonstration, sur les tapis, dans la boutique !

Le don d’une carte téléphonique a un joaillier de Sultanahmet. Au bazar de l’Arasta, pres de la mosquée bleue, c’est un joaillier qui prend le temps de discuter avec nous. Serdar est tres interessant, tres ouvert. On parle des problemes au Kurdistan, de notre voyage, de son travail, etc. Il vend des bijoux luxueux et collectionne les cartes téléphoniques. On en a une de la Roumanie qu’on lui apportera quelques jours plus tard, apres l’avoir retrouvée au fond de nos sacoches. Il est ravi et pourtant ce n’est pas grand chose... Il nous offre alors le thé et nous apporte son aide en nous donnant un contact en Iran qui pourra nous etre tres utile.

10 jours a Beşiktaş chez Yener et Onur

Grace a "CouchSurfing" un réseau d’hospitalité sur internet, on rencontre Yener et Onur. Ils nous accueillent dans leur petit appartement pendant 10 jours, le temps d’obtenir les visas pour l’Iran. Yener est aux petits soins. Il nous laisse sa chambre, nous fait des petits déjeuners délicieux, nous fait découvrir la musique et la gastronomie turques (les différents types de köfte, les baklavas et autres petites douceurs). C’est aussi grace a lui que l’on participera aux 8 km du marathon d’İstanbul. Mais la plupart du temps on se balade tous les deux. On ne veut pas lui faire perdre son temps avec nos achats et nos allers-retours a l’ambassade d’Iran.

Les quartiers de Beşiktaş et de Taksim sont beaucoup plus modernes. Les enseignes internationales se succedent dans les rues piétonnes, ainsi que les bars et les restaurants. Une foule se déplace en permanence dans İstikal Cadesi, la rue principale. On pourrait se croire dans n’importe quelle grande ville européenne. C’est beaucoup moins chaleureux qu’a Sultanhamet. Seule la petite rue située entre Taksim et le pont de Galata a un peu de charme. Il n’y a que des boutiques d’instruments de musique, modernes ou traditionnels.

Le pont de Galata enjambe la Corne d’Or (un estuaire qui servait autrefois de port pour İstanbul) et relie Sultanhamet et Beşiktaş. Il y a toujours du mouvement. Dessus, le trafic des voitures, des trams et des camions, les passants et les pecheurs a la ligne. Dessous, le va-et-vient des ferries, les restaurants de poisson, et les bars branchés. Au coucher du soleil, la vue sur les mosquées éclairées et le palais de Topkapi est magique. C’est ici qu’on a pris Mamie Denise en photo.

" Ne mutlu türküm diyene"

"Quel bohneur de pouvoir dire que je suis turc." Atatürk

Ravivé par les attaques armées du PKK (parti des travailleurs kurdes) dans le sud-est du pays, le patriotisme voire le nationalisme s’affiche a Istanbul. Les manifestations anti-terroristes se multiplient et s’amplifient. Les drapeaux rouges ornés de l’étoile et du croissant de lune sont légion. De plus, a l’occasion de la fete nationale qui aura lieu le 28 octobre (anniversaire de la proclamation de la république turque par Atatürk), la municipalité d’Istanbul en a installé plus de 3 millions dans toute la ville. Et c’est sans compter ceux que les gens accrochent a leur fenetre et a leur voiture. L’apothéose, c’est lors du marathon. Avant le départ des 8 km, des montagnes de drapeaux sont distribuées gratuitement a chaque participant. Chacun se sert, fierement. Puis une marche est diffusée et reprise en coeur par tout le monde. Ils la connaissent par coeur et la chantent automatiquement. On se demande s’ils en saisissent vraiment le sens. Cette manifestation sportive se transforme alors en un véritable défilé national. On a l’impression d’etre les seuls a courir... Apres avoir effectué ces 8 km, c’est l’overdose. On n’a qu’une envie : choisir notre tete de turc, au hasard, et lui faire bouffer son drapeau !

Il y en a un autre, qu’on ne peut plus encadrer, c’est Atatürk (le pere des turcs). Mustafa Kemal, de son vrai nom, a fondé la république turque en 1923. C’est LE héros national. Il ne faut surtout pas en dire du mal. Alors on l’appelle "Maurice" pour éviter que les passants se retournent sur notre passage lorsqu’on parle de lui. Sa statue est dans chaque ville, sur un rond-point, dans un square, un parc. Son portrait est dans toutes les écoles, dans toutes les salles de classe et une chanson a sa gloire est reprise en coeur par les éleves, tous les lundi matin et vendredi soir. C’est obligatoire ! Il est aussi dans chaque livre scolaire, dans les bars a thé, les batiments publics, les hotels, etc. A l’inverse de Caeucescu en Roumanie, dont personne ne parle, "Maurice" est partout et il commence déja a nous sortir par les yeux.

Le 10 novembre, on assiste a la célébration de sa mort. A 9h05, heure de sa mort, tout le pays s’immobilise pour faire une minute de silence. Les enfants enfilent leur uniforme et vont a l’école pour rabacher, une fois de plus, des poemes, des citations et des chansons a sa gloire. C’est un véritable bourrage de crane. Mais comment font-ils pour ne pas saturer ?

Ivan et Amélie

Devant nous, a l’ambassade d’Iran, deux jeunes demandent des renseignements concernant l’obtention du visa. Leur accent anglais trahit tout de suite leur véritable identité : c’est sur, ils sont français ! Apres avoir rempli les fastidieux formulaires ensemble, on part se ballader dans le quartier et prendre un thé, pour faire connaissance. Apparemment on est sur la meme longueur d’ondes et on doit rester a Istanbul pendant au moins 10 jours pour attendre les visas. Alors on échange nos mails pour se revoir.

Ces bretons sont jeunes mais déja bien engagés. Pour découvrir le monde ils ont choisi le vélo, avant tout parce que c’est écolo. Leur budget est serré mais ils sont débrouillards et souhaitent ainsi voyager le plus longtemps possible. İls ont fait pas mal de petits boulots avant de partir et jouent parfois de la musique dans la rue pour gagner un peu d’argent. Sur leur vélo, ils portent un violon et un concertina (petit accordéon). A cause d’eux Gérald a craqué : il a acheté un yukulele a Istanbul... et c’est Armelle qui le porte. On pourra ainsi "offrir" un peu de musique en retour de l’hospitalité. Avec eux on a joué et chanté pour la premiere fois dans les rues d’Istanbul et par la meme occasion, gagné quelques sous. Ce fut une bonne expérience et une belle occasion de feter l’obtention des visas.

Ces quelques jours a Istanbul nous ont rapprochés alors on décide de faire un bout de chemin ensemble. Direction le sud de la Turquie pour y trouver le soleil !

Hébergement OVH - Propulsé par SPIP - Aquarelles Reno MARCA - Conception & Réalisation : danslesvolcans.net