L'Asie en Danseuse

Présentation

La Bulgarie, un petit gout de reviens-y (du 4 au 15 oct. 2007)

La derniere nuit en Roumanie s’est un peu négociée a "l’arrache". On est arrivé un peu trop pres de la frontiere, galérant pour trouver un lieu pour dormir et on a fini au pied d’un motel, trop cher pour nous bien sur. Les réceptionnistes se fichaient bien de notre sort, nous laissant la, sur le pas de la porte. Il a fallu hausser un peu le ton pour finalement se voir offrir une place sous un préau, et meme une douche... La façon dont se déroulent les choses est parfois surprenante.

Ça commence en fanfare !

Premiere journée en Bulgarie. C’est... comment dire... comme un grand jeu de piste. Il faut commencer par déchiffrer l’alphabet cyrillique pour ensuite pouvoir déchiffrer les panneaux indicateurs. Trouver ainsi sa route, une boulangerie ou repérer le café sur un menu, ce n’est pas si simple au début. Et pour compliquer encore les choses, les bulgares hochent la tete de haut en bas pour dire non et de droite a gauche pour dire oui. C’est déroutant !

Autre choc : le look des femmes a Roussé nous laisse perplexe. La mode est aux grandes bottes a talons hauts avec des fioritures dorées, des fringues moulantes, en jean ou bien roses, des ceintures dorées. Elles ont les cheveux tres longs et se maquillent sans modération !

Apres une journée pleine de dénivelé, on tente de se faire comprendre pour installer notre campement. Pas facile. Une femme nous conseillera par exemple d’aller a Sofia pour y trouver un hotel. Mais il est 18h, on est a vélo et Sofia se trouve a 250 km... Merci madame ! Un vieux qui sort de son champ avec sa chevre nous répond oui... ou bien non... on ne sait pas trop avec ces hochements de tete, alors on passe notre chemin. On trouve finalement un petit parc bien agréable au coeur du village de Borovo. Un voisin, Peter, nous offre de l’eau, puis des figues, puis des pommes. Un autre nous propose de mettre les vélos dans son jardin, un autre encore nous apporte du raisin et des tomates. Une voisine vient discuter avec nous, accompagnée de sa petite fille. On passe la soirée chez Peter et sa femme. Ils nous offrent une douche chaude, des boulettes de viande et des saucisses, le tout arrosé de vin maison et de palinka. Armelle décline cette derniere offre car son estomac refuse tout alcool. Les quatre semaines passées en Roumanie lui ont été fatales. Gé aura quelques difficultés a rejoindre la tente par le plus court chemin. Le lendemain, une autre voisine nous offre des pommes, des coings et des tomates. Armelle repart avec 5 kg de fruits et légumes sur le porte-bagage !

Mais ce n’est pas fini ! Le deuxieme jour, alors qu’on reprend juste la route apres le déjeuner, quelqu’un nous appelle et nous arrete. Il vient discuter et nous demande ou on va dormir ce soir. Comme d’habitude, on n’en sait rien. Alors il nous invite chez lui, c’est sur notre route a 20 km de l’ici ! Elle est forte celle-la ! On a meme plus besoin de chercher maintenant ! On accepte l’invitation et on se retrouve une heure de route plus tard, chez lui, a Gorna Oryahovitsa. Yvaylo est assez exceptionnel. Il fait partie de l’équipe nationale de course d’orientation et a beaucoup voyagé pour participer a des compétitions internationales. Il est végétarien et mange de la gelée royale et du pollen, qu’il collecte lui-meme, pour assurer un apport de protéines. Il fait aussi du vélo, cultive un jardin pour produire des fruits et des légumes, et il vend le miel et le pollen qu’il collecte.

Il nous accueille donc dans l’appartement ou il vit avec sa mere. Sa petite amie nous rejoint pour le repas. Comme ils parlent bien anglais, on peut apprendre plein de choses sur la Bulgarie. Notamment que c’est un pays tres pauvre et que pour s’en sortir il faut avoir plusieurs cordes a son arc. Par exemple, sa mere qui était instit, et aujourd’hui a la retraite, touchait 150 euros par mois en fin de carriere ! Un prof d’université en gagne 180 !

Depuis notre entrée en Bulgarie, nous avons été nourris et meme logés, alors que la majorité des gens a du mal a vivre au quotidien. La générosité des habitants de Borovo ainsi que l’accueil d’Yvaylo et sa mere nous ont touchés.

"Le Renouveau National"

Quelle surprise en arrivant a Arbanassi ! Il y a des monasteres, des maisons et des murs en pierre datant du 17eme et 18eme siecle (malheureusement, dans une bonne partie de la Roumanie, les batiments historiques avaient été balayés pour etre remplacés par du béton, terne et froid). Ces maisons chaleureuses sont faites de pierre et de bois, couvertes de tuiles et datent de l’époque du "Renouveau National". En 1762, le moine Paissi Hilendarski a écrit la premiere histoire du peuple bulgare. Il parcourut le pays, lisant leur histoire aux populations illettrées et fut ainsi a l’origine de la renaissance d’une véritanle identité nationale. Un style architectural se développa a cette époque. On le retrouve dans le centre de Veliko Tarnovo qui était la capitale du second empire bulgare au 12eme siecle. C’est aujourd’hui une ville universitaire et assez touristique car les sites historiques sont nombreux. Certains datent de 5500 av. J.C.

Comme il pleut, on profite de la ville pour aller sur internet et surtout pour parcourir ses ruelles escarpées. La ville est construite le long des gorges de la Iantra ce qui offre de nombreux points de vue, notamment sur l’immense forteresse de Tsarevets. C’est vraiment plaisant de se ballader dans un tel décor. C’est tellement dıfférent de ce que l’on a pu voir depuis l’İtalie.

Danse a la montagne

Les deux jours suivants sont un peu monotones. Il fait gris, il y a du brouillard et parfois meme de la pluie. Ça empire au fur et a mesure que l’on grimpe dans les montagnes. Mais apres avoir passé une nuit sous la pluie, pres d’une maison ou la télé est restée a fond toute la nuit (l’ancien était completement sourd), on arrive a Kotel, ou se trouve, perchée en haut du village, l’école nationale de danse traditionnelle P.Kotev. On y passe 24h pour découvrir cette école assez unique en son genre (cf rubrique "danses"). Les éleves se déplacent dans les batiments en jouant de la musique. Il y regne une atmosphere détendue.

On resterait bien plus longtemps dans cette école notamment pour assister a un cours de chant en fin d’apres-midi, mais on veut avancer. Les voix bulgares resteront un mystere ! On quitte l’école assez tard.

Motivés, motivés, il faut rester motivés !

Le paysage a l’air chouette mais le brouillard ne se levera jamais, nous laissant un peu sur notre faim... On ne fait qu’une courte étape et on s’arrete peu avant la tombée de la nuit. Un homme nous invite a le suivre "chez lui", seulement c’est a 5 km dans le sens opposé. Ça pourrait etre un bon plan alors on accepte de faire demi-tour... Ce qui est rare. Apres les 5 km a la tombée de la nuit dans le froid, on se retrouve dans le lieu le plus glauque qu’on n’ait jamais connu. On ne sait pas vraiment ou on est. Il y a une série de cabanes vides en préfabriqué, de dalles en béton et de silos au milieu d’un terrain vague tapi de chardons. Sympa pour planter la tente ! Mais il fait nuit et on n’a plus vraiment le choix... Le "gardien" de ce lieu bizarre dort dans une des cabanes (qu’y a-t-il a surveiller ?) et nous propose de prendre une douche. Bien sur on accepte, mais a l’ouverture de la porte de la salle de bain, on n’a plus du tout envie de se laver. C’est immonde. Le chiotte déborde, les murs sont marrons, ça pue, c’est sale. Il faut alors prendre sur soi, trouver LE clou sur la porte pour accrocher soigneusement ses affaires, chausser sa paire de tongs, recroqueviller les orteils, trouver un endroit pour poser le savon, et surtout, surtout ne rien laisser tomber sur le sol. Apres un pareil moment, on se rend compte a quel point la tente est douillette !

La Mer Noire et İstanbul seront nos leitmotiv pour avancer. On fait ensuite 108 km en une journée pour atteindre, malgré un gros coup de barre le matin, la Mer Noire, enfin !

Fin de saison sur la cote de la Mer Noire

Nous atteignons la Mer Noire a Slantchev Briag, rebaptisée "Sunny Beach". Que c’est original, et que ça sonne bulgare ! Cette station balnéaire est énorme. Il y a parait-il plus de 120 hotels et 30 000 lits et la ville s’agrandit encore. C’est un véritable chantier en périphérie. Nous avançons jusqu’a la promenade au pied des grands hotels de luxe et de leurs piscines biscornues et tape-a-l’oeil. On roule un peu sur la promenade... tout est fermé. Les derniers magasins ouverts ne le sont plus pour longtemps. Les commerçants déshabillent les mannequins de plastique et les alignent poitrine a l’air dans les vitrines. Personne ne se promene. La saison touristique est finie ! C’est une aubaine pour nous... On se trouve une terrasse de bar sur la plage, bien abritée du vent, pour y établir notre campement. On se réveille tot le lendemain pour contempler le lever de soleil sur la Mer Noire.

Nous quittons cette "ville-hotel" vide pour visiter Nessebar, la "perle de la mer noire", juste au sud. Cette presqu’ile mérite bien son nom. Au milieu des petites rues pavées et des maisons en pierre et en bois, on trouve des églises bizantines, faites de pierres blanches et de briques rouges. Il y a un petit port de peche avec des barques coloré. C’est calme. La encore on est heureux d’etre au mois d’octobre. Vu le nombre de boutiques de souvenirs et les prix qu’affichent les bars et les restaurants, la haute saison doit etre invivable !

Petites angoisses et autres désagréments

Avant d’atteindre Sozopol, une presqu’ile semblable a Nessebar, sans les églises byzantines, on passe a Bourgas, la grosse ville portuaire de la région. On en profite pour graver nos photos sur un DVD mais ça bidouille, on perd beaucoup de temps.

Il est tard, la nuit ne va pas tarder a tomber alors on est obligés de faire une bonne dizaine de kilometres sur une 2x2 voies a vive allure pour sortir de l’agglomération et trouver un petit coin pour planter la tente. Dans le premier petit village cotier on installe la moustiquaire sur une terrasse abritée, sur la plage. Cet été, ça devait etre un bar. A coté il y a un restaurant avec de l’eau et des toilettes a l’extérieur. Pratique. L’endroit semble idéal pour passer une bonne nuit. Mais alors qu’on est en train de manger, a la lueur de la bougie, une voiture passe, fait demi-tour, nous éclaıre, éteint ses phares et reste la pendant cinq bonnes minutes. C’est étrange. Vıngt minutes plus tard, le meme manege recommence. On s’inquiete pour de bon. La voiture repart. Pour se rassurer on se dit que ça doit etre le propriétaire du restaurant ou bien une de ses connaisances qui s’inquiete de notre présence. Pourtant on avait prévenu un des employés vant de s’installer... Alors on prend nos précautions pour la nuit : les frontales, le thermos plein d’eau bouillante et le douk-douk sont a portée de main et ... piege ultime... on dispose des coquilles de noisettes trouvées a proximité, tout autour de la tente. Lorsqu’on marche dessus, ça craquouille. Bon d’accord, ça vaut ce que ça vaut mais on fait ce qu’on peut pour se rassurer !

En fin de compte, on n’a presque pas dormi. D’abord parce qu’on était anxieux apres l’épisode de la veille mais surtout parce qu’il y a eu de la musique forte et insupportable jusqu’a 5h du matin dans le restaurant voisin. C’est vraiment dommage car cette petite plage était bien agréable. Petite consolation : a la sortie du village, une famille se préparant a distiller du raisin nous en offre une pleine pochette alors qu’on demandait juste notre chemin !

La nuit suivante on aura le choix entre une plage-décharge au milieu des hotels en bétons (qui ont remplacé le camping qui était indiqué sur notre carte) et une petite pension familiale accueillante, confortable et bon marché. On a sommeil, il commence a pleuvoir... le choix est vite fait.

Un petit gout de reviens-y

Dernier jour en Bulgarie. On quitte la mer noire pour se diriger vers la montagne ou se trouve le poste frontiere avec la Turquie. Il commence a faire froid (au petit matin la tente est givrée) et ça grimpe plus que prévu. Mais on est tout excités a l’idée d’atteindre Istanbul dans seulement quelques jours.

La Bulgarie nous laisse un peu sur notre faim. L’automne est bien la. La grisaille puis le froid, rendant les paysages un peu tristounets, nous ont empeché d’en profiter a fond.

Sur notre itinéraire se trouvaient quelques petites merveilles comme Arbanassi, Velıko Tarnovo, l’école de Kotel et Nessebar. Mais il y en a encore des dızaines a explorer, notamment dans le sud-ouest du pays, pres de la Grece. Il a fallu faire un choix car l’hiver approchait et il nous était impossible de faire le tour du pays, comme on l’a fait en Roumanie. 11 jours, c’est un peu rapide.

Enfin, a part les premiers jours ou les habitants de Borovo, Yvailo et les éleves de Kotel ont été adorables, on a fait peu de rencontres. D’ailleurs on peut le constater rapidement car notre carnet de vocabulaire est resté bien vide...

La Bulgarie mériterait bien quelques semaines supplémentaires de voyage, sous le soleil, avec pourquoi pas une petite prolongation vers la Grece, la Serbie, la Bosnie....

Signes particuliers

  • l’alphabet cyrillique... un vrai bonheur
  • pour dire non, les bulgares hochent la tete de haut en bas, pour dire oui, de droite a gauche... ça complique encore plus les choses !
  • 1 € = 1,95 lei
  • les chiens de berger qui nous font piquer quelques sprints
  • les petites routes désertes et souvent en tres bon état
  • les charettes tirées par des anes
  • le yaourt bulgare qui accompagne tous les plats et qu’on nous sert meme quand on demande du lait.
  • le ruban noir et l’affiche sur le portail portant la photo du défunt de la famille.

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