L'Asie en Danseuse

Présentation

Roumanie 1 : "Drum bun !" (Bon voyage, bonne route !) (du 8 au 19 septembre 2007)

Retour dans le temps

Franchir la frontiere roumaine ne peut laisser indifferent. A peine quelques kilometres et on se retrouve plonge dans une autre atmosphere, une autre epoque. L’architecture sovietique (hideuse) de Satu Mare nous plonge dans les annees 70-80. La Dacia 1310 (soeur jumelle de la Renault 12) est partout et reste un temoignage de cette meme epoque.

Comme depuis une semaine, il fait gris, ce qui rajoute a l’ambiance glauque de cette ville. Pour finir, nous sommes samedi et tout est ferme. Seuls quelques corteges de mariage viennent "animer" le centre ville. L’un d’eux retient notre attention : au milieu des blocs de betons et des voitures delabrees debarque une file de berlines et de 4x4 enormes. Les chauffeurs sont en costume noir, lunettes noires, cheveux gomines. La mariee, elle, arrive en limousine. Dans un pays si pauvre c’est vraiment de la provoc’. On peut se demander d’ou vient cet argent et si ces gens la sont obliges de l’etaler de facon si vulgaire.

Inutile de preciser que nous ne tardons pas a quitter les lieux. La campagne nous attend, une autre epoque egalement. Les routes principales sont en piteux etat et les rues adjacentes ne sont pas goudronnees. On croise beaucoup de charettes tirees par des chevaux. Dans les cours, il y a des poules, des oies, un puits et au fond du jardin les toilettes (une cabane en bois avec un trou). Dans la maison, un poelle a bois en ceramique pour se chauffer, un en zinc dans la salle de bain pour chauffer l’eau. Nous voila donc au debut du siecle dernier. Seule l’electricite est arrivee, mais il ne faut pas regarder les installations de trop pres... Les vieux discutent sur les bancs installes devant leur maison. Les femmes portent un foulard sur la tete, une jupe et des bas epais.

Les oeuvres de Lord Voldemort

Des la premiere soiree, nous sommes entres dans le vif du sujet. Vasile, qui avai d’abord cru qu’on voulait lui vendre une tente, nous invite chez lui. Il est retraite (sa pension "s’eleve" a 45 euros par mois) et vit dans cette maison, qui etait celle de ses parents et qui n’a pas du changer beaucoup depuis. Sa femme est decedee suite a une maladie et l’un de ses deux fils est malade. L’autre est parti travailler au Luxembourg. Malheureusement, ce genre de situation est frequent, notamment dans le nord de la Roumanie. Comme il n’y a plus de travail et que les salaires sont tres bas, les hommes vont travailler a l’etranger (en Italie, en Espagne ou en France). Les femmes sont alors seules a la maison avec leurs enfants.

En ce qui concerne les maladies, les villes sont particulierement touchees. Satu Mare et Baia Mare sont des villes industrielles. Sous le regime de Ceausescu (entre nous on l’appelle Lord Voldemort, "celui dont on ne doit pas prononcer le nom" car les roumains ne le mentionnent jamais) les usines metallurgiques de Baia Mare relachaient du dioxyde de soufre et des particules de metal. Cette meme ville possede une mine d’or qui a ete a l’origine d’une des plus grandes catastrophes ecologique d’Europe. En janvier 2000, une digue ceda, laissant l’eau contaminee au cyanure se deverser dans la riviere et atteindre le Danube et la Mer Noire... L’eau et les poissons sont toujours impropres a la consommation et le resteront encore quelques annees. Vers l’ouest, Baia Sprie et Cavnic sont aussi des villes minieres, tristes et delabrees.

L’hospitalite roumaine

Ce tableau n’est vraiment pas rose, mais pourtant, les roumains savent prendre du bon temps et les occasions de boire de la tsuica (eau de vie de prune... ou de tout autre fruit) ne manquent pas. Chez Vasile, son frere et ses voisins nous ont rejoints pour passer une excellente soiree autour d’une montagne de sarmale (feuilles de chou farcies a la viande et au riz), de viande panee et d’une bouteille de tsuica faite maison. Ca commence pas mal... et ce n’est pas fini !

Le Maramures

Malgre la pluie, les jours suivants sont magiques. La campagne est tres verte (on a vite compris que la region etait humide...) et vallonnee, parsemee de meules de foin. La plupart des maisons sont en bois, les portails et portes de granges sont sculptes. Le clou de ce spectacle permanent, ce sont les eglises en bois. A l’interieur, les broderies, les fresques au mur et au plafond ainsi que les objets de culte creent une atmosphere chaleureuse. On passe une nuit au pied de celle de Plopis, au milieu des crocus et des meules de foin. Les voisins viennent nous voir pour discuter ou meme nous inviter a dormir. Mais tout est installe alors on les remercie. Les enfants restent un moment avec nous. Marius nous offre du raisin et Olympia cueille un petit bouquet pour Armelle. Celui-ci decorera Schmerber pendant quelques jours.

A Budesti, on croise quelques personnes qui portent encore l’habit traditionnel : les chaussures en peau avec des lacets de cuir qui entourent le pied et la cheville, la chemise en lin, le gilet en peau de mouton et le "clop" (chapeau de paille en forme d’entonnoir avec un ruban autour). Ici les traditions semblent encore bien vivantes et on aimerait en profiter pour rencontrer des musiciens et des danseurs. Mais il pleut sans arret, alors les gens sont chez eux. Il est difficile de rencontrer du monde. On est un peu decu car la region est vraiment magnifique. On aurait aime rester plus longtemps mais on va tenter de fuir la pluie.

En quittant la region du Maramures, on croise Fred, un francais qui passe 3 semaines en Roumanie... mais il compte bien convaincre sa petite amie de le suivre pour un plus long periple. C’est tout ce qu’on lui souhaite !

Roms et Roumains

De l’autre cote du col de Prislop, c’est la Moldavie roumaine. Le soleil refait son apparition mais il faut quand meme sortir le coupe-vent et les gants pour la descente. Dans la vallee, on voit au bord de la riviere des campements de fortune faits de morceaux de bois et de bache plastique. Ce sont les "habitations" des roms (gitans) qui viennent pour la saison travailler pour les exploitants forestiers. Meme s’ils sont temporaires, ces logements ne sont vraiment pas decents.

Les roms ont le visage type, les hommes portent souvent un chapeau et un gilet noirs, et les femmes de longues jupes et un foulard colores. Les enfants sont souvent sales et insolents avec nous. Ils sont exclus de la societe roumaine : les enfants ne sont pas scolarises et le gouvernement ne les y incite pas. Un rom ne peut pas non plus acceder a un poste important. Il y a un veritable racisme et les roumains ne veulent pas etre assimiles aux roms, qui selon leurs dires donnent une mauvaise image d’eux a l’etranger. On nous mettra souvent en garde pour eviter les vols. Les villages ou ils vivent en majorite paraissent sales et inhospitaliers. On ne s’y sent pas a l’aise. Un ethnographe, rencontre a Odorheiu, a ecrit sur les gitans. Certaines castes vont recolter la nuit ce que les paysans ont cultive le jour. Certains ont des terres mais ils ne les exploitent pas. Pourtant ils construisent des maisons immenses pour toute la famille et roulent en mercedes...

On ne rencontrera qu’un groupe de gitans, avec les chapeaux et habits traditionnels, du cote de Sambata. On discute un moment avec eux et on prend une photo ensemble avant de reprendre la route.

La Moldavie Roumaine

Dans la montee du col de Mestecanis, on se dit qu’on va planter la tente dans les paturages, pres d’un refuge. Ce serait ideal. Mais un kilometre avant le col, on salue des jeunes en passant. Ils sont dehors devant une maison en bois et mangent ensemble. Gerald, pour plaisanter, leur fait signe qu’il vient manger avec eux. Bogdan nous invite aussitot avec plaisir. Cinq minutes apres on est assis a table avec Elena, Adrian, Daniela et Bogdan. On mange de la viande grillee et des pommes de terre en buvant du sprits (melange de vin et d’eau gazeuse). On installe vite la tente et Adrian prepare un feu. On passe une excellente soiree ensemble. Bogdan, qui est "a point", danse dans la nuit sur de la techno qui sort de son autoradio. Nous on discute, on boit, on discute, on boit... jusque tard dans la nuit. Ils nous proposent de rester avec eux une journee de plus. C’est toujours le meme dilemne : on est super bien ici, mais on a aussi envie d’avancer. Finalement, on repart le lendemain apres une "omelette au fromage" preparee avec amour par Bogdan. On est tous un peu triste de se quitter. Mais ils sont etudiants et on a des chances de se revoir a Bucarest debut octobre, lors de la rentree universitaire.

Un peu plus loin on visite deux monasteres peints de Bucovine du XVIe siecle : celui de Humor, a dominante rouge, et celui de Voronet, dont le bleu caracteristique porte le nom. Dans ces monasteres, les murs portent des fresques du jugement dernier, de la genese et d’autres episodes emblematiques de la bible. Celles-ci servaient a donner une education religieuse a la population illettree. Pour l’appel a la priere, les nones tapent sur une planche de bois suspendue a l’horizontale, avec des petits maillets en bois, de facon assez surprenante avant de faire sonner les cloches.

La vallee de la Bistritsa et Bicaz

Nous montons au col de Tarnitsa ou trone une ancienne exploitation miniere au milieu de la nature. Elle employait 7000 personnes et est maintenant a l’abandon...encore une. Puis dans la valle de la Bistritsa, ce sont les amas d’ordures dans la riviere qui gachent le paysage.

Il y a encore beaucoup de charettes en bois tirees par des chevaux et l’entretient des bas-cotes est assure par les vaches. Certaines maisons ne sont accessibles que par de longues passerelles en bois assez rudimentaires. Le tour du lac Bicaz avec une jolie vue sur le massif du Ceahlau est assez eprouvant car bien plus accidente et plus long que prevu. On poursuit notre route en passant par les gorges de Bicaz. Des falaises de 300m de haut, de chaque cote de la route... c’est impressionnant ! Puis la route s’incline soudainement jusqu’au Lacu Rosu. Ce fameux site touristique s’avere decevant, d’autant plus qu’on a du mal a trouver un endroit pour camper car il n’y a que des hotels et des pensions dans le secteur.

En direction du pays Szekler

La journee entre le Lacu Rosu et Odorheiu Secuiesc est surement la plus eprouvante depuis le debut de notre periple. 93km sous le vent, la pluie, le froid, avec deux cols a franchir sur des routes completement defoncees. Meme la descente est difficile car il faut choisir ou placer ses roues entre la boue, les trous, les flaques et les cailloux. Ici, il parait que c’est tres beau mais on ne voit rien car les nuages sont trop bas.

A notre arrivee a Odorheiu, nous sommes couverts de boue et nous avons les traits tires. Seul reconfort : on va passer une bonne nuit chez Gizi !

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